Lanaudière

Taxes municipales impayées : Louis-Charles Thouin sur une liste de défaut de paiement à Québec, à la veille du vote par anticipation

Le député caquiste et candidat dans Lanaudière figure sur une liste de contribuables en défaut pour les taxes 2025 de son condo à Québec. Voici ce qui est établi et ce qui reste à éclaircir.

Taxes municipales impayées : Louis-Charles Thouin sur une liste de défaut de paiement à Québec, à la veille du vote par anticipation

À quelques jours du vote par anticipation, un dossier aussi prosaïque qu’un compte de taxes s’invite dans la campagne électorale lanaudoise. Selon Mon Joliette, le député et candidat de la Coalition Avenir Québec (CAQ) Louis-Charles Thouin s’est retrouvé en défaut de paiement de ses taxes municipales pour l’année 2025, relativement à un condo qu’il possède à Québec. Son nom a été inscrit sur une liste de contribuables en défaut.

L’affaire n’a rien d’une accusation criminelle ni d’une infraction électorale. Elle soulève néanmoins une question que les électeurs posent souvent à ceux qui sollicitent leur confiance : un élu qui vote des budgets et supervise des fonds publics tient-il ses propres affaires en ordre ?

Ce qui est établi

Les faits rapportés par Mon Joliette, dans un article publié le 24 septembre, tiennent en trois éléments.

D’abord, l’année visée : il s’agit des taxes municipales de 2025, et non d’un arriéré ancien ou cumulé sur plusieurs années, du moins selon ce qui a été publié.

Ensuite, la propriété concernée : un condo situé à Québec. Il ne s’agit donc pas de sa résidence dans sa circonscription de Lanaudière. Pour un député, la possession d’un pied-à-terre dans la capitale, où siège l’Assemblée nationale, est une situation courante.

Enfin, l’inscription de son nom sur une liste de contribuables en défaut de paiement, survenue quelques jours ou semaines avant la publication de l’article, selon le média lanaudois.

Le titre de Mon Joliette parle d’un député « encore dans l’embarras », ce qui laisse entendre que M. Thouin a déjà fait face à d’autres difficultés médiatisées. Actu.Québec n’a toutefois pas été en mesure de vérifier de façon indépendante la nature de ces épisodes antérieurs et s’abstient donc de les détailler ici.

Que signifie une telle inscription ?

Au Québec, les municipalités disposent de mécanismes de recouvrement lorsque les taxes foncières demeurent impayées. Parmi eux figure la publication de listes d’immeubles dont les propriétaires sont en défaut, une étape qui peut mener, en dernier recours, à une vente pour non-paiement de taxes.

Dans la pratique, une grande partie des propriétaires inscrits règlent leur dû avant que la procédure n’aille à son terme : le paiement du solde, des intérêts et des frais suffit généralement à faire retirer l’immeuble de la procédure. L’inscription constitue donc un signal de retard de paiement, pas la preuve d’une insolvabilité ni d’une intention de se soustraire à ses obligations.

C’est précisément ce que la présomption de bonne foi commande de garder à l’esprit. Un oubli, un changement d’adresse de facturation, un paiement mal acheminé ou une contestation d’évaluation peuvent tous expliquer un retard. Les sources consultées ne permettent pas, à ce stade, de trancher entre ces hypothèses.

La version de M. Thouin et de la CAQ

C’est le principal angle mort de ce dossier. Au moment de rédiger ces lignes, Actu.Québec n’a pu repérer, dans des sources publiques vérifiables, aucune déclaration de Louis-Charles Thouin ni de la Coalition Avenir Québec expliquant les circonstances de ce défaut de paiement, ni précisant si la somme a depuis été acquittée.

Plusieurs questions restent donc sans réponse publique documentée :

  • Le solde de 2025 a-t-il été réglé, et à quelle date ?
  • Le retard découle-t-il d’une erreur administrative, d’un litige avec la municipalité ou d’une autre cause ?
  • Le parti était-il au courant de la situation avant sa médiatisation ?

En l’absence d’explications, il serait hasardeux de tirer des conclusions sur la gestion financière personnelle du député. Il serait tout aussi inexact de minimiser un fait documenté : son nom figure bel et bien sur une liste publique de défaut de paiement.

Un député bien implanté dans Lanaudière

Louis-Charles Thouin représente à l’Assemblée nationale la circonscription de Rousseau, dans le sud-ouest de Lanaudière, un territoire à la fois rural et en croissance démographique, qui englobe notamment Saint-Lin–Laurentides. Élu pour la première fois en 2018 sous la bannière caquiste, il sollicite de nouveau la confiance des électeurs lors du scrutin général de 2026.

Mon Joliette consacre d’ailleurs, pendant cette campagne, une série de portraits aux candidats des circonscriptions lanaudoises, de L’Assomption à Masson, afin de faire connaître aux électeurs les personnes qui briguent leur suffrage au-delà des chefs de partis. Le dossier des taxes impayées s’ajoute, pour Rousseau, à cette présentation.

Un calendrier électoral qui amplifie l’enjeu

Le moment de la révélation n’est pas anodin. Comme le rappelle Mon Joliette, le vote par anticipation se déroule le dimanche 27 et le lundi 28 septembre, de 9 h 30 à 20 h, dans des bureaux accessibles aux personnes à mobilité réduite. Une part croissante de l’électorat choisit de voter lors de ces journées, avant le jour du scrutin général.

Concrètement, une partie des électeurs de Rousseau exprimera son choix avant même que M. Thouin ou son parti n’aient, le cas échéant, fourni une explication publique. C’est ce qui donne à cette affaire, somme toute modeste sur le plan financier, un poids politique réel.

Probité, vie privée et jugement de l’électeur

Faut-il juger un élu sur un compte de taxes ? Le débat oppose deux logiques légitimes.

D’un côté, la gestion des finances personnelles d’un député relève en grande partie de sa vie privée. Un retard de paiement n’a, en soi, aucun lien avec l’exercice de sa fonction législative, et de nombreux contribuables vivent des situations semblables sans que leur intégrité soit mise en cause.

De l’autre, les élus sont appelés à adopter des lois fiscales, à défendre des budgets et à exiger des citoyens qu’ils respectent leurs obligations. Pour bien des électeurs, l’exemplarité fait partie du contrat moral : celui qui demande à la population de payer son dû devrait lui-même être irréprochable. Les taxes municipales financent en outre des services concrets, du déneigement à l’eau potable.

Entre ces deux pôles, c’est la transparence qui fera souvent la différence. Une explication claire, accompagnée d’une preuve de règlement, suffit généralement à désamorcer ce genre de dossier. Le silence, à l’inverse, laisse le champ libre aux interprétations, surtout lorsqu’un média évoque des embarras antérieurs.

Ce qu’il faut surveiller

D’ici le jour du scrutin, trois éléments permettront aux électeurs de Rousseau de se faire une opinion éclairée : une éventuelle déclaration de M. Thouin sur les circonstances du retard, la confirmation que la somme due a été payée, et la position officielle de la CAQ sur son candidat.

D’ici là, les faits vérifiables se résument ainsi : un défaut de paiement des taxes municipales de 2025, un condo à Québec, une inscription sur une liste publique. Le reste, y compris le jugement politique à porter sur l’affaire, appartient aux électeurs de la circonscription, qu’ils votent ce week-end ou le jour du scrutin.