Côte-Nord

Le Drakkar amorce sa 30e saison : Baie-Comeau veut retrouver son port d'attache

Trois décennies après son arrivée sur la Côte-Nord, le club de hockey junior de Baie-Comeau repart à zéro avec un nouvel entraîneur et un groupe rajeuni, après une année sous les attentes.

Le Drakkar amorce sa 30e saison : Baie-Comeau veut retrouver son port d'attache

Il y a des anniversaires qui tombent au mauvais moment. Celui du Drakkar de Baie-Comeau arrive alors que l'équipe sort d'une saison à oublier, et c'est précisément ce qui rend la rentrée intéressante. Trente ans après avoir planté son drapeau sur la Côte-Nord, le club de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) rouvre ses portes avec un nouvel entraîneur-chef derrière le banc, une poignée de recrues à intégrer et une obligation tacite envers sa ville : ne pas rater la saison du trentième.

Radio-Canada, qui a couvert le lancement de la campagne dans sa section Côte-Nord, résume la situation sans détour : après une saison difficile, l'organisation mise sur un changement de direction sportive et sur l'arrivée de jeunes joueurs pour relancer la machine. Ce sont les deux leviers classiques d'une équipe junior en repositionnement. Ils sont aussi, dans un marché comme Baie-Comeau, les seuls véritablement disponibles.

Une équipe née d'un déménagement

Le Drakkar n'est pas une franchise d'expansion créée de toutes pièces. Comme plusieurs clubs de la LHJMQ, il est le produit d'une relocalisation : la concession s'est installée à Baie-Comeau pour la saison 1997-1998, dans une ville industrielle d'environ 20 000 habitants qui n'avait jamais eu d'équipe junior majeur. Le pari était loin d'être évident. Les distances sont considérables, le bassin démographique est mince, et les visiteurs doivent composer avec des trajets d'autobus qui figurent parmi les plus longs du circuit, surtout depuis que la ligue s'étend jusqu'à l'Île-du-Prince-Édouard et au Cap-Breton.

Trente saisons plus tard, le club est toujours là. C'est en soi la statistique la plus parlante. Plusieurs franchises de la LHJMQ ont changé de ville, de nom ou de propriétaire pendant cette période; le Drakkar, lui, est resté amarré au Centre Henry-Leonard, un aréna de quelques milliers de places qui se remplit les soirs de match et qui structure, l'hiver venu, une bonne partie de la vie sociale baie-comoise.

Le sommet de 2014, et ce qu'il a laissé

L'histoire sportive du club a son point culminant : la conquête de la Coupe du Président au printemps 2014, au terme d'une saison où le Drakkar a dominé le circuit. Ce titre a valu à l'équipe une participation à la Coupe Memorial, le tournoi national du hockey junior canadien, une vitrine rarissime pour une ville de cette taille. Pour une génération de partisans nord-côtiers, c'est l'événement de référence, celui auquel on compare implicitement chaque saison depuis.

Entre-temps, l'organisation a aussi servi de tremplin. Des joueurs formés ou développés à Baie-Comeau se sont rendus à la Ligue nationale de hockey, ce qui contribue à la réputation du club auprès des recruteurs et des familles qui doivent accepter d'envoyer un adolescent vivre à plusieurs centaines de kilomètres de la maison. Cet argument-là, dans les négociations avec les espoirs, vaut de l'or : un marché éloigné doit constamment démontrer qu'il ne freine pas une carrière.

Pourquoi une saison difficile fait mal ici

Dans un grand marché, une mauvaise année se dilue. À Baie-Comeau, elle se voit dans les gradins, dans les commerces du centre-ville les soirs de match, dans les conversations. Le hockey junior y fonctionne comme une petite économie parallèle : billetterie, restauration, hébergement des équipes visiteuses, commandites de PME locales, emplois saisonniers, familles de pension qui hébergent les joueurs. Quand l'équipe perd et que l'affluence s'effrite, l'effet se propage vite.

Il y a aussi une dimension plus difficile à chiffrer. La Côte-Nord vit depuis des années avec des indicateurs démographiques défavorables : population vieillissante, départs de jeunes vers les grands centres, dépendance à des secteurs industriels cycliques comme l'aluminium, la forêt et l'hydroélectricité. Dans ce contexte, une institution qui dure trente ans et qui met la région sur les tableaux d'affichage de Halifax, Moncton, Gatineau ou Rimouski prend une valeur symbolique disproportionnée par rapport à son chiffre d'affaires.

Un nouvel entraîneur, un vestiaire à reconstruire

Le changement derrière le banc est le geste le plus visible posé par la direction. Dans le junior majeur, l'entraîneur-chef occupe une fonction hybride : il enseigne, il discipline, il gère des jeunes de 16 à 20 ans en plein développement, et il doit produire des résultats assez rapidement pour que le public suive. Une nouvelle voix change souvent la dynamique d'un vestiaire plus vite qu'un échange de joueurs.

L'autre levier, ce sont les recrues. Chaque été, les clubs de la LHJMQ intègrent leurs choix de repêchage et leurs joueurs invités au camp. Une équipe qui a connu une année pénible se retrouve généralement avec de meilleurs choix au repêchage — la contrepartie logique d'une mauvaise saison — et donc avec un afflux de talent brut. Le défi est ailleurs : faire cohabiter des adolescents de 16 ans avec des vétérans de 19 ou 20 ans dont c'est la dernière chance de se faire remarquer, et bâtir une identité de jeu cohérente avant que le calendrier ne devienne impitoyable.

Car le calendrier de la LHJMQ ne fait pas de cadeau aux équipes en reconstruction. Une soixantaine de matchs de saison régulière, des séquences de déplacements de plusieurs jours dans les Maritimes, des retours de nuit en autobus sur la 138 : l'endurance compte autant que le talent. Pour un club nord-côtier, la gestion de la fatigue est une compétence stratégique.

Ce que 30 saisons signifient concrètement

Au-delà du chiffre rond et des chandails commémoratifs, un trentième anniversaire offre à une organisation une occasion rare : reparler d'elle-même autrement que par le classement. On peut ramener d'anciens joueurs, rouvrir les archives, faire le pont entre les partisans de 1997 et ceux qui n'ont connu que l'après-2014. C'est un outil de marketing, mais c'est aussi une manière de rappeler aux commanditaires et aux bailleurs de fonds que le club fait partie du patrimoine régional.

Le risque est évident : un anniversaire mal accompagné sur la glace peut souligner le déclin plutôt que la longévité. D'où l'importance, pour la direction, d'aligner le discours et les résultats. Un jeune club qui progresse de match en match et qui joue avec du caractère peut vendre une saison de transition; une équipe éteinte, non.

À surveiller cet hiver

Trois indicateurs mériteront d'être suivis. D'abord l'affluence au Centre Henry-Leonard : c'est le thermomètre le plus fiable de la santé de la franchise. Ensuite, la progression individuelle des recrues, qui déterminera si la reconstruction dure une saison ou trois. Enfin, la capacité du nouvel entraîneur à imposer un style identifiable, ce qui, dans le junior, se mesure souvent dès les premières semaines.

Trente ans après son arrivée, le Drakkar n'a plus à prouver qu'une équipe de hockey junior majeur peut survivre à Baie-Comeau. Il doit maintenant démontrer qu'elle peut y prospérer une décennie de plus. La saison qui s'ouvre ne réglera pas cette question à elle seule, mais elle en donnera une bonne indication.