Premières nations

Les chefs des Premières Nations retrouvent la table des premiers ministres, une première en vingt ans

Pour la première fois en 20 ans, les chefs autochtones sont invités à la table des premiers ministres, à Ottawa. Les sujets seront choisis par eux, sur fond de mécontentement envers le gouvernement Carney.

Les chefs des Premières Nations retrouvent la table des premiers ministres, une première en vingt ans

Dimanche soir, à Ottawa, des chefs de Premières Nations ont participé à une cérémonie traditionnelle en présence du premier ministre Mark Carney et de ses homologues provinciaux et territoriaux. Elle précède une rencontre dont l'étiquette « historique » n'a rien d'une formule creuse : lundi, les dirigeants autochtones siégeront à la table des premiers ministres, ce qui ne s'était pas produit depuis vingt ans, selon La Presse.

Une cérémonie avant la négociation

Selon Le Nouvelliste, la cérémonie de dimanche réunit les chefs, le premier ministre fédéral et les dirigeants des provinces et des territoires. Le choix de commencer par un rituel traditionnel n'est pas anodin. Il pose d'emblée que la rencontre de lundi ne sera pas une simple séance protocolaire où l'on invite des représentants autochtones à présenter un mémoire avant de les raccompagner à la porte.

Les réunions des premiers ministres sont pourtant un rouage central du fédéralisme canadien : on y négocie les transferts en santé, les grandes politiques économiques, le partage des compétences. Les peuples autochtones y ont été le plus souvent absents, ou relégués à des rencontres parallèles. Le dernier moment où les chefs ont été conviés à cette table remonte à environ vingt ans, comme le rappelle La Presse.

Un ordre du jour fixé par les Premières Nations

Le détail le plus significatif est peut-être celui que rapporte Radio-Canada : les sujets des échanges seront entièrement décidés par les représentants autochtones, une première. Habituellement, l'ordre du jour d'une rencontre fédérale-provinciale-territoriale est négocié entre gouvernements, et les invités se glissent dans les cases prévues. Cette fois, le cadre est inversé.

Cela ne garantit aucun résultat concret, mais cela déplace le rapport de force symbolique. Les chefs arrivent avec leurs priorités plutôt qu'avec une réponse à des priorités qui ne sont pas les leurs. Radio-Canada parle d'enjeux et d'attentes « de taille », sans que la liste exacte des sujets soit détaillée dans les éléments dont nous disposons au moment d'écrire ces lignes.

Le mécontentement comme toile de fond

L'invitation n'arrive pas dans un climat serein. La Presse précise que la rencontre se tient « sur fond de mécontentement envers le gouvernement Carney ». Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, mise néanmoins sur le dialogue à l'approche de lundi.

Dans un entretien rapporté par Radio-Canada, il résume le sentiment qui anime une partie des dirigeants autochtones : « Notre voix n'a pas été entendue. » Il réclame des rencontres régulières entre les Premières Nations, Ottawa et les provinces, c'est-à-dire un mécanisme permanent plutôt qu'un rendez-vous exceptionnel qui risquerait de rester sans lendemain.

C'est là le véritable enjeu de la journée. Une première rencontre en vingt ans peut être un tournant ou une parenthèse. Le titre de CBC, qui cite deux visions opposées — un « recommencement » ou « une fois pour toutes » —, traduit cette incertitude. Pour certains, il s'agirait de repartir sur de nouvelles bases ; pour d'autres, de régler enfin des dossiers qui traînent depuis des générations.

Pourquoi la présence à la table compte

Il faut comprendre ce que signifie, concrètement, être assis à cette table. Une grande part des politiques qui touchent les communautés des Premières Nations relève à la fois du fédéral et des provinces : services de santé, éducation, logement, services à l'enfance, accès à l'eau potable, partage des ressources et des territoires. Les décisions se prennent souvent dans des forums où les premiers concernés n'ont pas de siège.

La revendication d'une présence régulière repose sur un argument simple : lorsque les gouvernements négocient entre eux des enveloppes ou des responsabilités qui s'appliquent ensuite aux communautés autochtones, ces dernières veulent participer à la discussion, et non en subir les effets après coup.

Les éléments publics disponibles à cette heure ne permettent pas de dire quelles mesures précises seront annoncées, ni si des engagements chiffrés ou un calendrier de rencontres suivront. Toute prédiction sur l'issue de lundi serait prématurée.

Une dynamique qui dépasse un seul pays

Le cas canadien s'inscrit dans un mouvement plus large où les peuples autochtones cherchent à peser sur des décisions politiques et économiques qui touchent leurs terres. L'actualité de la même journée en offre des illustrations très variées. Al Jazeera rapporte l'inquiétude de communautés autochtones du Brésil quant aux conséquences de l'élection sur la protection de l'environnement. Le Times of India décrit, en Arunachal Pradesh, des manifestations violentes contre un projet hydroélectrique de 11 200 mégawatts, auquel s'opposent notamment des communautés autochtones, et l'envoi de renforts de forces de sécurité par le gouvernement central. Et à Genève comme à Erevan, où se tient la COP 17 sur la biodiversité jusqu'au 30 octobre, RFI met en lumière l'activiste tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, qui représente l'Association des femmes peules autochtones du Tchad.

Ces situations n'ont ni le même cadre juridique ni les mêmes acteurs. Elles ont toutefois un point commun : la question de savoir qui décide de l'avenir des territoires et à quelles conditions les peuples concernés sont consultés, voire associés. La rencontre d'Ottawa pose cette question dans le cadre d'un État fédéral, avec la particularité que les premiers ministres provinciaux seront eux aussi présents.

Ce qu'il faudra surveiller

Trois éléments permettront de mesurer la portée de la journée de lundi.

D'abord, l'existence ou non d'un mécanisme de rencontres régulières, la demande centrale de Francis Verreault-Paul. Sans suite institutionnalisée, la rencontre restera un jalon symbolique.

Ensuite, la manière dont les gouvernements répondront aux sujets que les chefs auront choisis. Le fait que l'ordre du jour appartienne aux Premières Nations crée une attente : celle que les interlocuteurs s'engagent sur le fond plutôt que de simplement écouter.

Enfin, le ton. Le mécontentement envers le gouvernement Carney évoqué par La Presse ne disparaîtra pas par la seule vertu d'une invitation. La cérémonie de dimanche peut adoucir le climat ; elle ne remplace pas des engagements vérifiables.

Un rendez-vous attendu, des résultats à démontrer

Que les chefs autochtones reprennent place à la table des premiers ministres après vingt ans d'absence est en soi un fait politique. Mais la question de fond demeure celle que pose CBC : s'agit-il d'un recommencement, ou d'un point de départ vers un règlement durable ? Lundi donnera les premières indications. Les semaines suivantes diront si cette porte, rouverte après deux décennies, reste ouverte.