La rentrée de la Toussaint s'annonce tendue dans les lycées français. Au lendemain d'une troisième journée de manifestations nationales et au terme de deux semaines de vacances, le président du mouvement Les Lycéens !, Pierre Sourzat, a annoncé dimanche 1er novembre que les établissements seraient bloqués « dès lundi ». Un message qui résume l'état d'esprit d'une jeunesse que les concessions de Matignon, huit jours plus tôt, n'ont pas convaincue.
Un appel au blocus sans date de fin
Invité sur RMC, Pierre Sourzat a été sans ambiguïté. Selon <cite index="1-6">« Bien sûr qu'on appelle au blocus » et « les lycées seront bloqués, et ce dès lundi »</cite>, a-t-il déclaré, d'après France 24. Le responsable s'attend à des blocages dans certains établissements dès lundi 2 novembre, puis à une mobilisation plus massive mardi, rapporte Bénin Web TV. <cite index="5-10">Le but, dit-il, est de pouvoir bloquer dans la durée.</cite>
D'autres organisations se coordonnent. <cite index="1-7">L'Union syndicale lycéenne (USL) et l'Union étudiante ont appelé samedi à bloquer lycées et universités mardi, puis jeudi 5 novembre, journée de grève interprofessionnelle.</cite> Le mouvement ne s'est fixé aucune échéance : <cite index="3-20">la durée dépendra de la réponse du gouvernement, tout en reconnaissant que les blocages risquent d'entraîner du retard scolaire pour les élèves mobilisés.</cite> M. Sourzat parle d'un « sacrifice » consenti pour les générations suivantes.
Ce que le gouvernement a mis sur la table
La contestation dure depuis plus d'un mois. Le lundi 26 octobre, <cite index="8-5">les représentants des syndicats lycéens ont été reçus à Matignon par le premier ministre Sébastien Lecornu</cite>, puis les ministres Édouard Geffray (Éducation nationale) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) ont détaillé le paquet de mesures. Selon le site officiel info.gouv.fr, il comprend notamment :
- <cite index="7-2,7-3">un maximum de 28 élèves par classe de seconde à partir de la rentrée 2027, et un nouveau système d'admission pour remplacer Parcoursup en 2028</cite> ;
- <cite index="7-4,7-5">15 000 places supplémentaires en BTS, BUT et licence accès santé, ainsi que des bourses étudiantes indexées sur l'inflation à partir de la rentrée 2027</cite> ;
- <cite index="7-10,7-11">le plafond de 28 élèves appliqué d'abord dans la moitié des lycées les moins favorisés dès 2027, puis partout en 2028, grâce à 500 postes de professeurs</cite> ;
- <cite index="7-14,7-15">au moins une heure de pause déjeuner garantie dès la rentrée 2027 et 500 postes de psychologues, d'infirmiers et d'assistants sociaux</cite>.
Pour le bâti scolaire, Europe 1 rapporte que <cite index="10-6">l'État prévoit 4 milliards d'euros de prêts aux régions pour rénover écoles, collèges et lycées, et 1 milliard pour les universités.</cite> Le dispositif de remplacement de Parcoursup, lui, reste à écrire : selon Tendance Ouest, <cite index="11-12">ses contours seront définis par les parlementaires.</cite>
Pourquoi les jeunes jugent l'effort insuffisant
Les objections de M. Sourzat portent sur trois points. D'abord, <cite index="3-15">la réforme de l'admission post-bac laisserait entier le manque de places dans l'enseignement supérieur.</cite> Les organisations étudiantes en réclamaient 250 000, rappelle Tendance Ouest, contre 15 000 annoncées, concentrées en priorité en Île-de-France. L'Union étudiante ajoute que 10 000 places avaient été supprimées l'année précédente, selon le récapitulatif du mouvement tenu sur Wikipédia.
Ensuite, le plafonnement des effectifs. <cite index="1-11,1-12">Le plan est limité aux seules classes de seconde, alors que le mouvement demandait la mesure pour toutes les classes.</cite>
Enfin, le financement des travaux. Selon les propos rapportés par Yahoo Actualités, <cite index="2-4">plusieurs régions ont déjà indiqué qu'elles ne pourraient pas recourir aux prêts prévus, faute de marges financières après la réduction de leurs dotations.</cite> Le point est important : des prêts ne sont pas des subventions, et leur effet dépend de la santé budgétaire de ceux qui doivent les contracter. Quant au calendrier, l'Unef juge, selon Wikipédia, que la date de 2028 est hors de propos puisque <cite index="14-34">le gouvernement actuel ne sera plus en fonction.</cite> La présidentielle de 2027 plane en effet sur tout le dossier.
D'où vient ce mouvement
Le mouvement ne date pas d'hier et n'est pas né à Paris. D'après la synthèse de Wikipédia, <cite index="14-7,14-8">la mobilisation débute à Mayotte le 31 août, dans le lycée du Nord à Acoua, bloqué pendant cinq semaines, puis gagne la métropole le 18 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil.</cite> Le point de départ était une grève de professeurs, dans un établissement où plusieurs postes n'étaient pas pourvus.
Le contexte matériel est documenté. Le syndicat SNES a publié le 9 septembre une enquête selon laquelle <cite index="14-10">au moins un professeur manque dans 53 % des collèges et des lycées publics.</cite> Les revendications se sont ensuite élargies : moyens, remplacement des enseignants, état des bâtiments, effectifs, emplois du temps et abrogation de Parcoursup, la plateforme d'accès au supérieur en place depuis 2018.
Sur ce dernier point, la contestation s'appuie sur un constat déjà posé par les institutions. Un rapport parlementaire de février 2026 a recommandé de supprimer la mention du lycée d'origine dans les dossiers, <cite index="15-6">en alertant sur un risque de biais discriminatoire.</cite> Le même rapport juge la plateforme « techniquement réussie mais politiquement ratée », selon la Banque des Territoires, qui relève aussi que, pour plusieurs organisations étudiantes, <cite index="16-8">la question centrale n'est pas l'algorithme mais le nombre de places disponibles.</cite> Autrement dit, le débat dépasse la technique de sélection : il porte sur la capacité d'accueil du supérieur.
Une colère qui déborde l'école
Les lycéens ne sont plus seuls dans la rue. Le samedi 31 octobre, <cite index="12-2">des centaines de milliers de personnes ont défilé pour un troisième samedi consécutif lors de l'« acte III » d'une mobilisation contre la vie chère</cite>, selon Radio-Canada, avec des violences en fin de journée dans plusieurs villes, dont Paris. Les autorités ont compté 320 000 manifestants, dont 70 000 à Paris, tandis que l'intersyndicale de la jeunesse en revendique près d'un demi-million.
La fréquentation baisse toutefois d'une semaine à l'autre. Franceinfo rappelle que <cite index="13-6">le ministère de l'Intérieur dénombrait 320 000 personnes le 31 octobre, contre 550 000 le 17 octobre et 410 000 le 24 octobre.</cite> Ce tassement peut nourrir deux lectures. Pour le gouvernement, c'est le signe d'un essoufflement, dans la ligne du président Emmanuel Macron qui, selon Bénin Web TV, <cite index="3-17">avait appelé jeudi à une reprise des cours dans le calme, considérant que les demandes de la jeunesse avaient été entendues.</cite> Pour les organisations, c'est une raison de durcir le ton en misant sur le blocage des établissements et sur la grève interprofessionnelle du 5 novembre.
La presse spécialisée perçoit cette bascule. Dans sa revue de presse du 1er novembre, Les Cahiers pédagogiques notent que la mobilisation des lycéens se poursuit avec les étudiants et que les revendications contre la vie chère s'y ajoutent, tandis que les réponses apportées sont, écrivent-ils, « peu comprises ».
Des organisations qui ne parlent pas d'une seule voix
Le mouvement n'est pas monolithique. D'après Wikipédia, il est qualifié d'autonome, accompagné d'organisations politiques et de syndicats lycéens et étudiants. Les Lycéens !, l'USL, Renouveau lycéen et l'Union étudiante ont chacun leur calendrier, et leurs relations avec l'exécutif ont varié : le 15 octobre, M. Sourzat annonçait que son organisation ne se rendrait plus aux réunions avec le ministre pour exiger de rencontrer le premier ministre, ce qui a fini par être obtenu.
Cette dispersion est à la fois une force et une fragilité. Elle permet une multiplication des points d'entrée, des blocus locaux à la grève générale. Elle rend aussi plus difficile toute négociation globale : une concession acceptée par une organisation peut être rejetée par une autre, comme l'ont montré les réactions du 26 octobre.
Ce qu'il faut surveiller cette semaine
Trois indicateurs diront si la rentrée marque un second souffle ou un reflux. Le premier est le nombre d'établissements bloqués lundi et mardi, à comparer aux 1 027 établissements concernés recensés le 1er octobre, selon Wikipédia. Le deuxième est la participation à la grève interprofessionnelle de jeudi, qui dira si la jonction avec le monde du travail prend. Le troisième est la réaction des régions sur le financement des rénovations, car de leur réponse dépend la crédibilité du volet bâti scolaire.
Au fond, le dossier oppose deux calendriers. Les mesures annoncées s'étalent de 2027 à 2028, à l'horizon d'un autre quinquennat. Les élèves, eux, parlent de leurs conditions d'études de cette année. Tant que ce décalage ne sera pas comblé, par des engagements plus rapides ou des garanties de financement, l'appel au blocus de Pierre Sourzat a des chances de trouver un écho.
