Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Murdochville perd sa seule résidence pour aînés : huit résidents devront quitter la ville

La résidence Aventure fermera le 31 mars 2027. Pour huit aînés dont plusieurs vivent à Murdochville depuis plus d'un demi-siècle, la fermeture signifie un déracinement forcé.

Murdochville perd sa seule résidence pour aînés : huit résidents devront quitter la ville

Quand une résidence pour aînés ferme dans une grande ville, les résidents peuvent souvent déménager à quelques coins de rue. À Murdochville, il n'y a pas de coin de rue où aller. La résidence Aventure, seule ressource d'hébergement pour aînés de la municipalité, fermera définitivement ses portes le 31 mars 2027, comme l'a rapporté Radio-Canada, qui a consacré une discussion à la question dans son émission Plein phare. Pour les huit résidents actuels, le choix est brutal : quitter leur logement, et avec lui la ville où plusieurs ont passé plus d'un demi-siècle.

Un déracinement plus qu'un déménagement

Selon les informations diffusées par Radio-Canada, la nouvelle est tombée la veille de la diffusion. Elle a la particularité de toucher peu de personnes, huit, mais de toucher profondément chacune d'elles. Ces aînés ne perdent pas seulement un toit : ils perdent leur voisinage, leurs habitudes, les visages familiers du commerce du coin, parfois la proximité de leurs proches restés sur place.

C'est là toute la différence entre la fermeture d'une résidence en milieu urbain et celle d'une résidence en milieu isolé. Lorsqu'une ville compte plusieurs établissements, la relocalisation est un casse-tête administratif et émotif. Lorsque la municipalité n'en compte qu'un seul, elle devient un arrachement géographique : l'offre de remplacement se trouve forcément ailleurs, souvent à plusieurs dizaines de kilomètres.

Murdochville, située à l'intérieur de la péninsule gaspésienne, est une ville née de l'exploitation minière. Son histoire, marquée par la mine de cuivre, explique en partie le profil de sa population : des travailleurs arrivés jeunes, qui y ont fondé leur famille et y sont restés jusqu'à l'âge avancé. Les résidents de la résidence Aventure incarnent cette génération attachée à un lieu qui s'est construit autour d'une industrie.

Que se passe-t-il concrètement après une fermeture?

La question posée par Radio-Canada, « Qu'arrive-t-il aux aînés en cas de fermeture de leur résidence? », ne se résume pas à une procédure. Elle renvoie à plusieurs réalités qui s'enchaînent, et qu'il vaut la peine de distinguer.

D'abord, la fermeture d'une résidence privée pour aînés oblige les résidents à trouver un nouveau milieu de vie dans un délai fixé par le préavis. Ici, la date du 31 mars 2027 laisse en principe un peu de temps, ce qui est un élément non négligeable : un déménagement précipité est l'une des pires situations pour une personne âgée, notamment en cas de perte d'autonomie.

Ensuite, l'accompagnement. Dans le réseau de la santé, ce sont généralement les équipes de soutien à domicile et d'évaluation des besoins qui interviennent pour orienter les personnes vers une ressource adaptée à leur degré d'autonomie : autre résidence privée, ressource intermédiaire, ou hébergement public pour celles dont les besoins sont plus lourds. Le mode d'accompagnement précis proposé aux huit résidents de Murdochville n'a toutefois pas été détaillé dans les éléments dont nous disposons, et il serait imprudent de le présumer.

Enfin, il y a la question que personne ne contrôle : la disponibilité des places. Le choix d'un nouveau milieu de vie dépend moins des préférences de l'aîné que de ce qui est libre, à un coût abordable, à une distance raisonnable. Dans une région étendue et peu peuplée comme la Gaspésie, cette contrainte pèse davantage qu'ailleurs.

Une région où chaque service compte

La fermeture de la résidence Aventure s'inscrit dans un contexte régional où le maintien des services de proximité est un enjeu constant. Radio-Canada rapporte par exemple que la Ville de Percé a voté une résolution pour appuyer les demandes de ses citoyens concernant les services de santé offerts au CLSC local. Les deux dossiers n'ont pas le même objet, mais ils traduisent la même inquiétude : voir s'éroder, un établissement à la fois, l'offre de services accessible près de chez soi.

Cette inquiétude a une dimension politique. Au lendemain d'une élection qui a produit un gouvernement minoritaire, Radio-Canada souligne que la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine ont élu exclusivement des députés du Parti québécois, lequel devra composer avec l'un ou l'autre des partis d'opposition pour faire avancer son programme. Plusieurs dossiers régionaux restent en suspens, selon le reportage. Les services aux aînés, l'hébergement et la santé en région font partie de ces enjeux que les élus de la région pourront porter, sans qu'on puisse à ce stade présumer de leur issue.

Ce que la fermeture révèle

Il faut éviter de tirer de ce cas précis des conclusions trop larges. Les raisons exactes de la fermeture de la résidence Aventure, notamment la part qui revient à la rentabilité, au recrutement du personnel, à l'état du bâtiment ou à la décision de ses propriétaires, ne ressortent pas des éléments rapportés, et nous nous gardons de les deviner.

Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que ce type de situation met en lumière une fragilité structurelle des petites communautés isolées : lorsqu'un établissement unique ferme, il n'existe pas de solution de rechange locale. Le vieillissement de la population est un phénomène bien documenté dans les régions éloignées, où la part des aînés est souvent plus élevée qu'en milieu urbain, et où les ressources d'hébergement sont rares. Chaque fermeture y a donc un effet disproportionné.

Elle pose aussi une question de dignité. Vieillir dans sa communauté, entouré de gens qui nous connaissent, est un objectif largement partagé dans les politiques publiques liées au vieillissement. Quand l'hébergement disparaît, cet objectif devient inatteignable pour ceux qui n'ont plus la capacité de vivre seuls. Le droit de rester chez soi se heurte alors à une réalité simple : sans ressource adaptée, il n'y a plus de « chez soi » possible.

Ce qui reste à clarifier

Plusieurs questions demeurent ouvertes, et il serait malhonnête de prétendre y répondre à partir des seules informations publiques disponibles. Où iront concrètement les huit résidents? Qui les accompagnera dans cette transition, et avec quels moyens? Des solutions locales, par exemple une reprise de l'établissement ou une formule d'hébergement alternative, sont-elles envisagées d'ici mars 2027? Et la municipalité, comme les élus de la région, entendent-ils intervenir?

Ces réponses détermineront si la fermeture se traduit par une transition accompagnée ou par une rupture subie. Le délai accordé, près de six mois selon la date d'annonce rapportée, laisse une marge pour agir. C'est durant cette fenêtre que se jouera l'essentiel : trouver pour chacun un milieu adapté, le plus près possible de ce qu'il connaît.

Pour Murdochville, la perte de la résidence Aventure n'est pas qu'un dossier d'hébergement. C'est un test de la capacité d'une petite ville isolée à garder ses aînés, ceux qui l'ont bâtie. La suite dira si ce déracinement annoncé peut encore être adouci.