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Nigeria : la mort de 37 détenus arrêtés pour orpaillage illégal met à nu un système carcéral à bout de souffle

Trente-sept personnes interpellées dans le cadre d'une opération contre l'exploitation minière illégale sont mortes en détention dans l'État du Niger. Les autorités évoquent une maladie, d'autres sources parlent de surpopulation.

Nigeria : la mort de 37 détenus arrêtés pour orpaillage illégal met à nu un système carcéral à bout de souffle

Trente-sept personnes arrêtées dans le cadre de la répression de l'exploitation minière illégale sont mortes alors qu'elles se trouvaient sous la garde de l'État, dans le centre-nord du Nigeria. Les faits se sont produits dans un centre de détention de l'État du Niger, vaste territoire agricole et minier qui borde la capitale fédérale Abuja. Une enquête a été ouverte.

Comme l'a rapporté France 24, les autorités nigérianes et les défenseurs des droits humains ne racontent déjà pas la même histoire. Le Corps de sécurité et de défense civile du Nigeria (NSCDC), la force paramilitaire chargée notamment de la protection des infrastructures et de la lutte contre l'orpaillage clandestin, évoque une possible épidémie au sein du lieu de détention. Plusieurs comptes rendus de presse, eux, pointent la surpopulation et la mauvaise ventilation des cellules comme facteurs déterminants. Le gouvernement conteste cette version.

Une divergence qui n'est pas anodine

La distinction entre « maladie » et « conditions de détention » peut sembler technique. Elle est en réalité au coeur de la responsabilité juridique. Une épidémie présentée comme un accident sanitaire dédouane partiellement l'administration ; un entassement de dizaines de personnes dans des locaux non conçus pour les recevoir, sans air, sans eau propre et sans accès à un médecin, relève d'un manquement de l'État à son obligation de protéger la vie des personnes qu'il prive de liberté.

En droit nigérian comme en droit international, cette obligation est claire. La Constitution fédérale garantit le droit à la vie et encadre strictement la détention : une personne arrêtée doit être présentée à un juge dans un délai bref, généralement de vingt-quatre à quarante-huit heures selon la distance du tribunal. L'Administration of Criminal Justice Act de 2015 impose en outre aux services de police et assimilés de tenir un registre des détentions et de le transmettre régulièrement aux autorités judiciaires. Dans les faits, ces garde-fous sont massivement contournés, en particulier lorsque les arrestations sont massives et opérées par des corps paramilitaires plutôt que par la police.

Car c'est une autre question soulevée par ce drame : que faisaient ces personnes dans un centre de détention administré par le NSCDC, et non dans un établissement du Service correctionnel nigérian ? Les cellules de garde à vue des forces de sécurité sont conçues pour des séjours de quelques heures. Elles deviennent régulièrement des lieux de rétention prolongée, hors du regard des juges, des avocats et des inspecteurs.

Un système carcéral chroniquement saturé

Le contexte national est connu et documenté depuis des années. Selon les données compilées par le World Prison Brief, le Nigeria détient plusieurs dizaines de milliers de personnes pour une capacité officielle nettement inférieure, et la proportion de détenus en attente de procès dépasse largement la moitié de la population carcérale — un des taux les plus élevés au monde. Le Service correctionnel nigérian publie lui-même, sur son site, des chiffres qui confirment ce déséquilibre structurel entre effectifs et capacités.

Concrètement, cela signifie des personnes qui passent des mois, parfois des années, enfermées sans avoir été jugées, dans des bâtiments dont beaucoup datent de l'époque coloniale. La loi de 2019 sur le service correctionnel avait pourtant introduit une innovation notable : le pouvoir, pour le responsable d'un établissement saturé, de refuser de nouveaux détenus et d'en informer les autorités judiciaires. Cette disposition est très peu appliquée, faute de solutions de rechange.

Amnesty International documente depuis longtemps les décès en détention au Nigeria, les conditions insalubres, l'absence de soins et les allégations de mauvais traitements dans les lieux de garde à vue. L'organisation réclame régulièrement des enquêtes indépendantes, en soulignant que les commissions internes rendent rarement leurs conclusions publiques. C'est précisément le point d'achoppement : la crédibilité de l'enquête dépendra de son autonomie vis-à-vis du corps mis en cause.

Pourquoi tant d'arrestations liées aux mines

Le deuxième volet du dossier tient à la politique minière du pays. Le Nigeria, longtemps réduit à son pétrole du delta du Niger, tente depuis quelques années de structurer un secteur des minéraux solides : or, étain, plomb, zinc, et surtout lithium, dont la demande mondiale a explosé avec l'électrification des transports. Les États du Niger, de Nasarawa, du Kwara, de Zamfara et du Plateau concentrent une activité artisanale intense, largement informelle, où travaillent des centaines de milliers de personnes.

Pour reprendre le contrôle de cette économie souterraine — et des recettes fiscales qu'elle fait échapper au budget fédéral —, le ministère des Ressources minérales solides a créé en 2024 une unité spécialisée, les « Mining Marshals », rattachée au NSCDC. Sa mission : fermer les sites illégaux, saisir le matériel, interpeller les opérateurs, y compris des ressortissants étrangers. Les arrestations se comptent par centaines depuis sa création, et elles alimentent mécaniquement des lieux de détention déjà pleins.

Cette répression n'est pas sans justification. L'orpaillage clandestin finance des groupes armés dans le nord-ouest du pays, où le banditisme rural et les enlèvements de masse se sont installés. Il a aussi causé l'une des pires catastrophes sanitaires de l'histoire récente du Nigeria : l'empoisonnement au plomb de Zamfara, à partir de 2010, qui a tué des centaines d'enfants dans des villages où le minerai aurifère était broyé à même les habitations.

Mais la logique sécuritaire a une limite : elle traite comme des délinquants des populations dont l'orpaillage constitue souvent le seul revenu, dans des régions où l'État social est quasi absent. Arrêter massivement sans capacité d'accueil, sans juges disponibles et sans suivi médical revient à transformer une politique économique en risque létal.

Ce que la suite dira

Plusieurs éléments permettront de juger du sérieux de la réponse officielle. Le premier est l'identification des victimes et l'information de leurs familles : dans bien des cas de décès en détention au Nigeria, les proches apprennent la nouvelle par la presse, voire jamais. Le deuxième est la réalisation d'autopsies indépendantes, seule façon de trancher entre l'hypothèse infectieuse et celle de l'asphyxie ou de la déshydratation — les deux pouvant d'ailleurs se combiner, une promiscuité extrême favorisant la propagation d'une épidémie.

Le troisième est la publication du registre de détention : combien de personnes étaient enfermées, dans quelle superficie, depuis combien de jours, et sur quelle base légale. Le quatrième est l'implication de la Commission nationale des droits de l'homme, qui dispose au Nigeria d'un mandat d'enquête et de visite des lieux de privation de liberté, et dont les rapports pèsent davantage qu'une commission interne.

Enfin, la question politique reste posée : le gouvernement fédéral entend-il assortir sa reprise en main du secteur minier de règles sur le traitement des personnes interpellées ? Sans cela, chaque nouvelle vague d'arrestations sur les sites d'orpaillage reproduira les conditions du drame de l'État du Niger. Trente-sept morts en détention ne sont pas un incident isolé dans une trajectoire par ailleurs maîtrisée : elles sont le symptôme d'un appareil répressif dont la capacité d'arrêter a très largement dépassé la capacité de détenir, de juger et de soigner.