Capitale-Nationale

Olga Farman à la barre des villes portuaires du monde : une vitrine, et un test pour le port de Québec

La PDG du Port de Québec préside désormais l'AIVP, réseau mondial de villes portuaires. Un prestige réel, au moment où son port défend un projet de terminal de conteneurs contesté.

Olga Farman à la barre des villes portuaires du monde : une vitrine, et un test pour le port de Québec

Le Port de Québec n'a pas souvent l'occasion de fournir la présidence d'un réseau mondial. C'est pourtant ce qui vient de se produire à Dunkerque, dans le nord de la France, où une dirigeante de la région Capitale-Nationale a pris la tête de l'Association internationale Villes et Ports (AIVP). Un honneur réel, mais aussi une exposition accrue pour une organisation dont le principal dossier local demeure très disputé.

Ce qui s'est passé à Dunkerque

Selon Radio-Canada, Olga Farman, PDG du Port de Québec, a été nommée présidente de l'AIVP dans le cadre de la 21e Conférence mondiale Villes et Ports, qui se tient à Dunkerque jusqu'au 6 novembre. Elle occupait jusque-là le poste de vice-présidente. Elle succède à Édouard Philippe, ancien maire du Havre et premier ministre de la France de 2017 à 2020.

Le scrutin a eu lieu en deux temps. La Gazette France rapporte que Mme Farman a été élue la veille de l'ouverture de la conférence par le conseil d'administration. Le passage de témoin s'est ensuite fait en public, devant près de 400 participants de 40 nationalités. Le portail spécialisé Énergies de la mer précise que le conseil compte au plus 33 administrateurs, élus pour trois ans et renouvelés partiellement chaque année. Le mandat de la nouvelle présidente est de trois ans, selon la publication du Port de Québec relayée par son conseil d'administration.

Le choix de Dunkerque n'a rien d'anodin. Le directeur général de l'AIVP, Bruno Delsalle, a expliqué à La Gazette France que l'association tient sa conférence, les années de changement de présidence, dans le pays du président sortant. Fondée en 1988 par Lorient, Saint-Nazaire, Le Havre et Dunkerque, l'AIVP vivait donc un « retour aux sources », a souligné Mme Farman.

Une association discrète, mais influente

L'AIVP est une organisation non gouvernementale de droit français, régie par la loi de 1901 sur les associations. Elle regroupe trois collèges : des collectivités territoriales, des autorités portuaires et des professionnels. Chaque membre verse une cotisation annuelle et dispose d'un droit de vote en assemblée générale.

Son poids tient moins à un pouvoir de décision, qu'elle n'a pas, qu'à sa capacité de convoquer et de normaliser les pratiques. L'association compte près de 200 membres répartis dans 45 pays, d'après l'administration portuaire citée par Radio-Canada. La mairie de Lorient, qui vient d'y faire réélire son maire au conseil d'administration, cite parmi les membres des places comme Rotterdam, Montréal, San Diego, Buenos Aires ou Sydney. Son « Agenda 2030 » fixe dix engagements : adaptation au changement climatique, décarbonation, biodiversité, innovation et gouvernance partagée, selon la même source.

La présidence d'Édouard Philippe, élu en novembre 2021 pour six ans, avait donné à l'association une visibilité politique considérable. L'AIVP avait alors annoncé qu'il voulait notamment intensifier les relations avec les villes portuaires anglo-saxonnes et asiatiques, et créer un prix d'architecture portant le nom d'Antoine Rufenacht, son prédécesseur à la mairie du Havre. Mme Farman hérite donc d'un réseau déjà tourné vers l'international, mais dont la figure de proue était un homme politique de premier plan. Sa profil est différent : avocate de formation, spécialisée en droit de la santé et des sciences de la vie, elle est devenue en février 2025 la première femme à diriger le Port de Québec, comme le rapportait Infodimanche. Elle siégeait au conseil d'administration du port depuis 2020 et l'avait présidé en 2024.

Un lien déjà tissé avec Québec

Cette élection n'arrive pas de nulle part. En janvier 2026, l'AIVP a ouvert à Québec sa première représentation permanente en Amérique du Nord. Le lancement officiel s'est tenu le 15 janvier en présence du ministre responsable de la Capitale-Nationale, Jean-François Simard, du maire Bruno Marchand et de Mme Farman, alors vice-présidente. Selon l'AIVP, cette antenne doit animer le réseau nord-américain et promouvoir les cités portuaires au Canada, aux États-Unis, au Mexique et dans les Caraïbes. Elle est hébergée au Port de Québec et financée avec l'appui de la Ville, du Port et du gouvernement du Québec.

Le même jour, la Ville et le Port ont dévoilé une Vision Ville-Port 2026-2035. Le communiqué du Port présente cette feuille de route comme un moyen de faire de Québec un pôle portuaire et maritime durable et innovant, avec des mesures déjà en cours comme la réduction des limites de vitesse et le contrôle accru des véhicules lourds dans le secteur du Vieux-Port. Québec International y voit un investissement portuaire de 1,7 G$ sur dix ans.

L'enchaînement est cohérent : l'AIVP s'installe à Québec, puis la dirigeante du port local en prend la présidence. Pour l'association, c'est un ancrage nord-américain qui lui manquait. Pour le Port de Québec, c'est une tribune.

Ce que Mme Farman dit chercher

La nouvelle présidente affirme que ce mandat permettra de faire rayonner le leadership de Québec à l'international, mais aussi de s'inspirer des meilleures pratiques de ses partenaires. Elle a d'ailleurs multiplié les rencontres en marge de sa mission à North Sea Port, une zone portuaire transfrontalière de 60 km entre les Pays-Bas et la Belgique, de Vlissingen à Gand, un modèle de gestion partagée entre pays voisins, rapporte Radio-Canada.

L'exemple n'est pas banal : la relation ville-port, centrale dans la mission de l'AIVP, est précisément ce qui coince à Québec.

Le dossier qui attend à la maison : le terminal de QSL

Le contraste est frappant. Le jour même où la nouvelle de Dunkerque circulait, Radio-Canada publiait un explicatif sur le projet de terminal de conteneurs de QSL, dans le secteur de la baie de Beauport. Selon ce texte, le terminal pourrait traiter à terme 200 000 conteneurs par année, soit environ 6 % du volume des marchandises conteneurisées du corridor du Saint-Laurent d'ici une décennie. Les chambres de commerce et le milieu des affaires y voient un maillon logistique important.

La résistance vient des quartiers voisins. Toujours selon Radio-Canada, le projet pourrait ajouter 123 passages de camions lourds par jour, du lundi au samedi, ainsi que trois à quatre passages de trains par semaine. Des inquiétudes ont été soulevées sur la qualité de l'air, la sécurité liée au camionnage et le bruit. QSL vise une répartition de 80 % du transport par train et de 20 % par camion, selon les chiffres présentés lors d'une assemblée publique couverte par Mon Limoilou.

L'historique pèse lourd. Le projet Laurentia, porté par le Port lui-même, visait un quai de 610 mètres dans le fleuve et a été rejeté par l'Agence d'évaluation d'impact du Canada en 2021, rappelle Radio-Canada. Le terminal de QSL, environ trois fois plus petit en volume que Laurentia selon le même média, ne prévoit pas de quai supplémentaire dans le fleuve. Les opposants n'en jugent pas moins le risque sanitaire réel : l'Agence avait conclu en 2021 que le secteur était déjà saturé de contaminants atmosphériques.

L'enjeu de gouvernance, lui, est au cœur du débat. Radio-Canada a rapporté que l'évaluation est menée par le Port de Québec lui-même, dans le cadre de son Processus d'évaluation et d'atténuation des impacts. Des groupes citoyens et des organismes comme l'Association québécoise des médecins pour l'environnement jugent que le Port, ouvertement favorable au projet, n'est pas impartial, et réclament une intervention du BAPE et de l'Agence d'évaluation d'impact du Canada. Le même reportage souligne que, sur près de 400 projets évalués par le Port selon ce processus, aucun n'a été refusé à ce jour. Lors d'une assemblée publique tenue au Cégep Limoilou, la vaste majorité des interventions, à deux exceptions près, exprimaient du scepticisme envers le promoteur.

Une présidence qui oblige

Il serait abusif de lier directement l'élection de Mme Farman et le terminal de QSL : l'AIVP n'a aucun rôle dans ce dossier. Mais le rapprochement est inévitable, parce que l'association s'est construite sur l'idée que les ports doivent composer avec leurs voisins. Sa mission, rappelée par Radio-Canada, est d'améliorer les relations entre les villes et les ports en plaçant le citoyen au cœur de l'action.

Pour une présidente en exercice, cela crée une exigence de cohérence que les observateurs ne manqueront pas de relever. À Montréal, par exemple, l'AIVP rappelait en 2023 que le Port s'était engagé à investir 10 millions de dollars, soit 1,5 % de son budget, dans l'interface ville-port au profit des communautés voisines. La comparaison est instructive : elle montre que des outils concrets existent dans le réseau que Mme Farman préside désormais.

À l'inverse, la présidence peut aussi servir le Port de Québec. Elle lui offre un réseau de pairs confrontés aux mêmes tensions entre activité portuaire et qualité de vie urbaine, de Rotterdam à San Diego. Elle fait aussi de Québec un point de passage pour les délégations nord-américaines de l'association. Reste à voir si cette visibilité se traduira par des pratiques de consultation plus ouvertes sur le terrain.

Ce qu'il faut retenir

Le mandat de trois ans de Mme Farman ne changera pas, à lui seul, le cours des dossiers portuaires de la région. Il place en revanche la Capitale-Nationale sur la carte d'un réseau d'une cinquantaine de pays, et il met le Port de Québec devant ses propres principes. Les prochains mois, avec l'évaluation du terminal de QSL toujours en cours, diront si la vitrine internationale et la réalité locale peuvent se rejoindre.