Un drame qui met l'école ougandaise face à ses failles
Deux élèves ont perdu la vie dans l'incendie qui a ravagé la Hami Junior School, en Ouganda. À la suite de cette tragédie, le député de la municipalité de Nansana, Zambali Bulasio Mukasa, a réclamé des mesures urgentes pour freiner la multiplication des incendies dans le pays, rapporte le Nile Post, repris par le fil éducation d'AllAfrica. Son message tient en une idée : on ne peut plus se contenter de constater les dégâts après coup, il faut inspecter les établissements avant que le feu ne se déclare.
À l'heure où nous publions, les informations publiques disponibles sur cet événement restent limitées. Les circonstances exactes de l'incendie, son point de départ, l'âge des deux victimes et le déroulement de l'évacuation n'ont pas fait l'objet, à notre connaissance, d'un rapport officiel rendu public. Nous nous en tenons donc à ce qui est établi : un incendie a touché l'école, deux élèves sont morts, et un élu national exige des inspections de sécurité.
Ce que demande l'élu
Zambali Bulasio Mukasa, qui représente Nansana, municipalité située dans la grande banlieue de Kampala, plaide pour une réponse structurelle plutôt que pour des gestes symboliques. Son appel s'inscrit dans une logique de prévention : vérifier l'état des installations électriques, la présence et la qualité des extincteurs, le nombre et le dégagement des issues de secours, ainsi que la préparation du personnel et des élèves à une évacuation rapide.
Ce type de contrôle est au cœur des politiques de sécurité scolaire dans de nombreux pays. Il repose sur trois piliers : des normes de construction claires, des inspections régulières menées par une autorité identifiable, et des sanctions ou des fermetures temporaires lorsque les exigences ne sont pas respectées. Le défi, partout, est de s'assurer que ces règles existent non seulement sur papier, mais aussi dans la pratique quotidienne des écoles, y compris les plus modestes.
Un enjeu de contrôle autant que de moyens
Le cas ougandais illustre une difficulté commune à de nombreux systèmes éducatifs en forte expansion. Lorsque le nombre d'établissements, publics comme privés, grandit plus vite que la capacité de l'État à les contrôler, la sécurité devient tributaire de la vigilance de chaque direction d'école. Les dortoirs, les cuisines à flamme nue, le câblage improvisé ou les bâtiments agrandis au fil des ans sans plan d'ensemble font partie des facteurs de risque généralement évoqués dans ce genre de drame.
Il serait toutefois imprudent d'attribuer à l'incendie de la Hami Junior School l'une ou l'autre de ces causes sans enquête. Seule une investigation technique permettra d'établir ce qui s'est réellement passé. C'est précisément ce que réclame, en filigrane, la démarche de l'élu : que la tragédie serve de point de départ à un examen sérieux, et non à un simple moment d'émotion collective.
Le rôle des élus dans la prévention
L'intervention d'un député sur un drame scolaire local rappelle que la sécurité des écoles est aussi une question de redevabilité politique. Les parlementaires peuvent interpeller les ministères concernés, demander des rapports, exiger un calendrier d'inspections et suivre la mise en œuvre des recommandations. Ce travail de suivi est souvent plus décisif que la réaction du premier jour, car c'est lui qui détermine si les promesses se traduisent en actes.
Un mécanisme comparable est observable ailleurs sur le continent. Au Libéria, selon le Liberian Observer relayé par AllAfrica, la Chambre des représentants a ordonné à la ministre de l'Éducation de déposer, dans un délai de deux semaines, un rapport d'évaluation du secteur décrivant les principaux défis auxquels font face les écoles et les mesures envisagées pour y répondre. Les deux situations n'ont pas la même nature, mais elles montrent un même réflexe parlementaire : utiliser le pouvoir de contrôle pour obliger l'exécutif à rendre des comptes sur l'état des écoles.
Pourquoi cette tragédie compte au-delà de l'Ouganda
Les incendies en milieu scolaire frappent régulièrement des pays très différents, riches comme pauvres, et leurs leçons se ressemblent. Les drames les plus lourds surviennent généralement quand plusieurs maillons de la chaîne de sécurité cèdent en même temps : détection tardive, évacuation difficile, issues obstruées, absence d'exercices réguliers, intervention des secours ralentie. À l'inverse, des établissements où les exercices d'évacuation sont fréquents et où les issues sont dégagées limitent considérablement les pertes humaines.
La prévention est aussi la dimension la moins visible et la moins coûteuse politiquement de la sécurité scolaire, ce qui explique qu'elle soit souvent négligée jusqu'au drame. Une inspection qui ne révèle rien ne fait pas la une des journaux, alors qu'elle est précisément celle qui protège. Plaider pour des inspections systématiques, c'est donc demander aux autorités d'investir dans quelque chose que personne ne remarquera si cela fonctionne.
Ce qu'il faudra surveiller
Plusieurs points détermineront si cet appel débouche sur des changements concrets. D'abord, la publication éventuelle des conclusions de l'enquête sur les causes de l'incendie, qui permettrait de savoir quelles failles sont en cause. Ensuite, la réponse des autorités éducatives et des services de secours : annonce d'une campagne d'inspections, calendrier, critères retenus, moyens humains alloués. Enfin, la place laissée aux écoles privées et communautaires, souvent les moins bien outillées pour se conformer à des normes exigeantes.
La question du financement sera également centrale. Équiper des écoles en détecteurs, en extincteurs et en issues de secours conformes représente un coût réel, que les établissements les plus modestes ne peuvent pas absorber seuls. Sans soutien public ou sans échéancier réaliste, des normes plus strictes risquent soit de rester lettre morte, soit de pénaliser précisément les écoles qui accueillent les élèves les plus vulnérables.
Une exigence simple, un chantier long
L'appel de Zambali Bulasio Mukasa a le mérite de la clarté : inspecter pour prévenir. Mais entre l'exigence et sa mise en œuvre, le chemin est long. Il suppose des inspecteurs formés, des critères publics, des suites données aux constats et, surtout, une volonté politique qui dure plus longtemps que l'attention médiatique. Pour les familles des deux élèves disparus, aucune mesure ne comblera la perte. Mais la seule manière de donner un sens à ce drame est de s'assurer qu'il ne se reproduira pas dans une autre cour d'école.
