Le procès criminel de Russell Brand s'est ouvert cette semaine devant la Southwark Crown Court, à Londres. Selon Variety, l'ancien acteur et humoriste britannique y est arrivé pour le début des audiences, face à sept chefs d'accusation : trois de viol, trois d'agression sexuelle et un d'attentat à la pudeur. Ces poursuites ont été engagées par le Crown Prosecution Service (CPS), l'autorité de poursuite d'Angleterre et du pays de Galles, comparable, souligne le média américain, à un procureur de district aux États-Unis.
Il faut le rappeler d'emblée : à ce stade, il s'agit d'accusations. M. Brand a nié les allégations formulées contre lui, et la présomption d'innocence s'applique pleinement jusqu'à un éventuel verdict. Ce procès sera, justement, le lieu où les faits seront débattus et tranchés, et non les plateaux de télévision ou les réseaux sociaux.
Ce que l'on sait de l'ouverture du procès
Les informations publiquement confirmées, à l'heure où nous écrivons, sont limitées, et c'est normal : un procès pénal s'ouvre par une phase très encadrée, durant laquelle l'accusation expose sa version des faits au jury, puis la défense y répond au fil des témoignages. Variety rapporte l'arrivée de l'accusé au tribunal et la nature des sept chefs retenus. Nous ne détaillerons pas ici les allégations précises ni l'identité des plaignantes : en Angleterre et au pays de Galles, les plaignants dans les affaires d'infractions sexuelles bénéficient d'un anonymat à vie, et il serait imprudent de spéculer sur des éléments que nous ne pouvons pas vérifier de façon indépendante.
La Southwark Crown Court est l'une des juridictions londoniennes où se tiennent les procès les plus lourds. Dans le système britannique, ce sont douze jurés, citoyens tirés au sort, qui décident de la culpabilité sur la base des preuves présentées en audience, sous la direction d'un juge qui encadre le droit et la procédure. Les procès de cette nature s'étirent généralement sur plusieurs semaines. Il serait donc prématuré de dire quoi que ce soit de l'issue.
Un procès encadré par des règles strictes
Le droit britannique protège de façon particulièrement stricte l'équité des procès pénaux. Le contempt of court, l'outrage au tribunal, interdit aux médias de publier des éléments susceptibles de compromettre l'impartialité du jury. C'est pourquoi la couverture d'un procès en cours au Royaume-Uni est volontairement sobre, bien plus que dans d'autres systèmes judiciaires : on rapporte ce qui se dit en audience, sans commentaire sur la culpabilité ou l'innocence, sans extrapolation sur des faits non jugés.
Cette retenue n'est pas une frilosité de la presse. Elle répond à un principe : un verdict doit reposer sur les preuves entendues par les jurés, pas sur une opinion publique forgée à l'avance. Elle explique aussi pourquoi les comptes rendus d'audience, dans les semaines à venir, seront probablement factuels et dépouillés, même pour un accusé aussi connu.
Pourquoi cette affaire dépasse le cas d'un seul homme
Russell Brand a fait carrière dans l'humour, à la télévision, à la radio et au cinéma, avant de se réinventer en figure de la parole dissidente en ligne. Le fait qu'un personnage public de cette envergure se retrouve devant un jury place forcément le dossier sous les projecteurs. Mais l'enjeu culturel de fond n'est pas la célébrité de l'accusé : c'est la manière dont les industries du spectacle, et les institutions qui les entourent, traitent les allégations de violences sexuelles visant des personnes influentes.
Depuis le mouvement #MeToo, plusieurs affaires visant des figures du divertissement ont fini devant les tribunaux, avec des issues très diverses : condamnations, acquittements, abandons de poursuites. Cette diversité rappelle une évidence souvent perdue dans le débat public : chaque dossier se juge sur ses propres éléments de preuve. Une affaire ne vaut pas pour une autre, et un verdict, quel qu'il soit, ne prouve rien sur les dossiers voisins.
Une industrie qui continue de tourner
Le procès s'ouvre au moment où le milieu audiovisuel international se réunit à Cannes pour le marché Mipcom, grand rendez-vous de la vente de contenus de télévision. The Hollywood Reporter observe que les acheteurs y trouvent des thrillers d'espionnage, des romances royales et une épopée zouloue, dans un secteur bousculé par la vidéo verticale, l'intelligence artificielle et YouTube. Le contraste est frappant : d'un côté, les affaires de commerce et de catalogues, de l'autre, un tribunal londonien où se joue, pour des plaignantes comme pour un accusé, une question de vérité judiciaire.
Le rapprochement n'a rien d'artificiel. Les diffuseurs, producteurs et plateformes savent désormais que la gestion de leur relation avec des talents visés par des allégations graves est un enjeu de réputation, mais aussi de responsabilité. Les politiques de signalement, les clauses contractuelles et les protocoles de protection sur les plateaux ont gagné en importance depuis dix ans. Le procès de Londres n'en est pas la cause, mais il en sera, quelle qu'en soit l'issue, un point de référence.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs éléments structureront la suite. D'abord, le déroulé des témoignages : dans ce type de procès, la crédibilité des déclarations et leur cohérence avec les autres éléments de preuve sont déterminantes, et la défense dispose du droit de contre-interroger chaque témoin. Ensuite, les éventuelles décisions du juge sur l'admissibilité de certains éléments, qui peuvent infléchir la teneur des débats. Enfin, la durée du procès : un calendrier long suppose une couverture médiatique étalée, avec le risque de lecture fragmentaire pour le public.
Pour le lecteur, la règle la plus utile est sans doute de distinguer trois choses : ce qui est établi par le tribunal, ce qui est allégué par l'une ou l'autre partie, et ce qui relève du commentaire. Tant que le jury n'a pas rendu son verdict, seule la deuxième catégorie existe vraiment, et c'est précisément pour cela que le procès a lieu.
L'essentiel
Le procès de Russell Brand à Londres est avant tout une affaire judiciaire, avec des plaignantes, un accusé qui nie, un jury et un juge. Son retentissement culturel viendra, le cas échéant, après le verdict. D'ici là, la prudence s'impose : la justice britannique a ses règles, et elles existent pour que la vérité soit établie dans une salle d'audience, non dans l'opinion.
