Robotique

Robots humanoïdes : 7 000 unités vendues dans le monde en 2025, la réalité derrière le battage

La Fédération internationale de robotique chiffre à environ 7 000 le nombre de robots humanoïdes vendus en 2025 pour des usages industriels et professionnels. Un marché minuscule, très concentré en Chine.

Robots humanoïdes : 7 000 unités vendues dans le monde en 2025, la réalité derrière le battage

Sept mille. C'est le nombre de robots humanoïdes vendus dans le monde entier en 2025 pour des usages industriels et des services professionnels, selon des données compilées par la Fédération internationale de robotique (IFR) et rapportées par le média brésilien g1. Sept mille unités, à l'échelle de la planète, tous fabricants confondus.

Pour saisir l'ordre de grandeur, il faut poser ce chiffre à côté d'un autre, que la même fédération publie chaque année dans son rapport World Robotics : les installations annuelles de robots industriels classiques — bras articulés, robots de soudage, de palettisation, de manutention — se comptent, elles, autour du demi-million d'unités par an. Autrement dit, les humanoïdes représentent environ un à deux pour cent de un pour cent du marché robotique mondial. Une rounding error, comme diraient les analystes anglophones.

Un décalage spectaculaire entre le bruit et les livraisons

Ce contraste est d'autant plus frappant que rares sont les technologies à avoir généré autant de contenu visuel en si peu de temps. Depuis trois ans, les vidéos de robots bipèdes qui courent, plient du linge, chargent des bacs ou dansent en formation ont saturé les fils d'actualité. Tesla promet son Optimus, Figure a levé des milliards, Agility Robotics déploie Digit chez des clients logistiques, Boston Dynamics a remotorisé son Atlas en version entièrement électrique, et les chinois Unitree, UBTech et AgiBot enchaînent les démonstrations et les contrats pilotes.

Et pourtant : sept mille machines. Le chiffre de l'IFR ne mesure pas les intentions d'achat, les protocoles d'entente ni les commandes conditionnelles annoncées en conférence de presse. Il mesure des ventes. C'est précisément ce qui le rend utile : il sert de garde-fou contre une industrie qui, pour l'instant, se finance beaucoup plus par la promesse que par le chiffre d'affaires.

Il faut aussi lire ce que le chiffre ne couvre pas. L'IFR recense ici les usages industriels et les services professionnels. Les humanoïdes vendus comme produits de recherche, comme objets de démonstration ou comme jouets technologiques haut de gamme — un segment où Unitree s'est taillé une place avec des modèles vendus à quelques dizaines de milliers de dollars — relèvent d'une autre logique, celle du laboratoire et de la vitrine plutôt que celle de la production.

La Chine, à la fois marché et atelier

Le point que soulignent à la fois g1 et la fédération est la concentration géographique. La Chine est de loin le premier marché de ce secteur naissant, et elle en est aussi le premier atelier. Pékin a inscrit la robotique incarnée parmi ses priorités industrielles, avec les financements publics, les zones pilotes et les commandes d'État qui vont avec. Des constructeurs automobiles et des fabricants d'électronique chinois accueillent des humanoïdes dans leurs usines, souvent dans des configurations très encadrées : une station, une tâche, un cycle répétitif.

Cette concentration crée une asymétrie que les acteurs européens vivent comme une urgence. L'Usine Nouvelle a consacré un portrait à Agile Robots, la licorne munichoise issue du Centre allemand pour l'aéronautique et l'astronautique (DLR), qui a déjà racheté une douzaine d'entreprises allemandes et mise désormais sur l'humanoïde. Son pari est industriel plutôt que spectaculaire : s'appuyer sur ses acquisitions pour disposer de composants, de savoir-faire mécatronique et de liens directs avec les grands donneurs d'ordres du continent. Face à des rivaux chinois capables de comprimer les coûts de fabrication, la stratégie européenne consiste moins à gagner la course à la démonstration qu'à occuper la chaîne d'approvisionnement.

Pourquoi le déploiement reste si lent

La forme humanoïde n'est pas un caprice esthétique : elle vise à insérer une machine dans des environnements conçus pour des humains, sans avoir à refaire les escaliers, les poignées ou les allées. Mais c'est exactement là que la difficulté commence.

Le contrôle du corps entier reste un problème ouvert. TechXplore rapportait récemment des travaux sur des humanoïdes capables de franchir des passages étroits et des obstacles grâce à un contrôle corps entier piloté par l'IA — le genre de capacité qui paraît triviale chez un humain et qui mobilise des équipes de recherche entières. Se faufiler, se pencher, absorber une poussée imprévue : ces gestes conditionnent la présence d'un robot dans un entrepôt encombré ou un couloir d'hôpital.

La collaboration physique avec des personnes est un autre verrou. Des travaux publiés sur arXiv portent sur le transport collaboratif humain-robot — déplacer à deux un objet lourd ou encombrant — en cherchant à rendre le robot proactif plutôt que simplement réactif, afin de réduire réellement l'effort de l'utilisateur. Tant que la machine impose son rythme, elle reste une contrainte de plus sur la ligne de production.

S'ajoute la question, rarement abordée dans les démonstrations, de l'évaluation. Une autre étude sur arXiv propose un cadre interdisciplinaire pour mesurer les performances de robots déployés dans des lieux publics — nettoyage de parc, entretien d'un passage souterrain piéton, interaction en bibliothèque — en partant du constat que les métriques de laboratoire ne disent presque rien du comportement réel en opération. Un robot qui réussit quatre-vingt-quinze pour cent de ses essais en environnement contrôlé peut devenir ingérable dès que le décor bouge.

Une nouvelle surface d'attaque

La génération actuelle d'humanoïdes repose de plus en plus sur des modèles de langage et des modèles vision-langage utilisés comme planificateurs de haut niveau. Cela apporte de la souplesse — comprendre une consigne orale, adapter une séquence — mais ouvre aussi un front de sécurité inédit.

Deux travaux récents sur arXiv en donnent la mesure. StepTrigger décrit des attaques par porte dérobée déclenchées par un état de contact précis chez des robots à pattes pilotés par modèle vision-langage : le planificateur se comporte normalement la plupart du temps, puis modifie sa cible lorsqu'un déclencheur caché est activé. Silent Sabotage explore un mécanisme voisin, fondé sur l'état interne du système. Dans les deux cas, la logique est la même : un robot compromis n'a pas besoin de tomber en panne pour causer un dommage, il lui suffit de choisir discrètement la mauvaise action au mauvais moment. Sur une chaîne d'assemblage ou dans un espace public, la différence entre une défaillance visible et une déviation silencieuse est considérable.

Ce que le chiffre change vraiment

Les sept mille unités de 2025 ne signifient pas que la robotique humanoïde est une impasse. Elles situent le secteur à un stade précis : celui du prototype industrialisé, vendu en petites séries à des clients qui financent en partie l'apprentissage du fournisseur. C'est la phase que la robotique mobile autonome a traversée au début des années 2010 avant de s'imposer dans la logistique.

La vraie question n'est donc pas de savoir si le marché va croître — il croîtra —, mais à quelle vitesse et sur quelles tâches. Les prévisions les plus enthousiastes évoquent des centaines de milliers d'unités d'ici la fin de la décennie. Elles supposent une baisse rapide du coût des actionneurs, une fiabilité multipliée et des règles de sécurité qui n'existent pas encore pour des machines bipèdes travaillant au contact de personnes. Aucun de ces trois verrous n'est résolu.

D'ici là, le chiffre de l'IFR reste le meilleur thermomètre disponible. Il rappelle que, dans ce secteur, la distance entre une vidéo virale et un bon de livraison se mesure encore en années.