Capitale-Nationale

Tramway de Québec : Patrick Paquet maintient sa « règle de trois » face à CDPQ Infra

Le député conservateur Patrick Paquet persiste : selon lui, le coût du tramway a été établi par simple proportion. CDPQ Infra le conteste, et la querelle s'envenime en pleine campagne de proximité.

Tramway de Québec : Patrick Paquet maintient sa « règle de trois » face à CDPQ Infra

Le dossier du tramway de Québec, déjà chargé de plusieurs années de débats, de reports et de révisions de coûts, vient de se relancer par un angle inattendu : celui du calcul. Selon le député conservateur Patrick Paquet, le coût du projet aurait été établi à l'aide d'une « simple règle de trois ». CDPQ Infra, maître d'œuvre du réseau structurant, soutient le contraire. Et l'élu, lui, n'en démord pas.

Ce qui s'est passé

Lundi, selon Radio-Canada, Patrick Paquet a confirmé ses propos : « J'avais dit que j'arriverais avec des documents pour prouver mes dires », a-t-il lancé, en promettant de produire des pièces à l'appui de sa thèse. Dans son reportage, Olivier Lemieux précise que le député maintient que l'estimation du coût du tramway aurait reposé sur une extrapolation proportionnelle, et ce, malgré les démentis de CDPQ Infra.

Le ton s'est durci dans la journée. TVA Nouvelles rapporte que M. Paquet a accusé CDPQ Infra de « faire de la politique à la demande du maire Marchand ». L'accusation est lourde : elle ne vise plus seulement une méthode de calcul, mais l'impartialité d'une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui pilote le projet, ainsi que sa proximité avec l'hôtel de ville.

Radio-Canada a également consacré une analyse de Louise Boisvert à la séquence, intitulée « Paquet et Lachance sur la défensive après des attaques contre le tramway ». Le titre est révélateur : le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Stéphane Lachance, se retrouve lui aussi sous pression, preuve que le sujet déborde le seul cas du député conservateur.

Une « règle de trois », de quoi parle-t-on ?

La règle de trois est une méthode de proportionnalité : si un élément coûte tant pour une quantité donnée, on en déduit le coût d'une quantité différente par simple produit en croix. Appliquée à un projet de transport collectif, l'image est claire pour tout le monde : on prendrait le coût d'un tracé de référence, on le rapporterait au kilomètre, puis on le multiplierait par la longueur du tracé québécois.

C'est précisément ce que M. Paquet reproche, en substance, à l'estimation. Or une telle approche est, en théorie, légitime à un stade très préliminaire d'un projet : les comparaisons au kilomètre servent souvent de premier repère avant qu'une estimation détaillée soit produite. Le problème surgit lorsque cette logique est présentée comme une estimation ferme, sans tenir compte des particularités du terrain, des expropriations, de la nature des sols, des services publics à déplacer ou de l'insertion urbaine.

Il faut toutefois être prudent : à ce jour, les médias consultés rapportent la position du député et le démenti de CDPQ Infra, mais les documents annoncés par M. Paquet restent à examiner. Tant qu'ils n'auront pas été rendus publics et analysés, la question de savoir si le calcul relève de la proportion sommaire ou d'une estimation détaillée demeure ouverte. Le présent article ne tranche pas ce point.

Pourquoi le dossier s'enflamme maintenant

Plusieurs éléments convergent pour expliquer la nervosité du moment.

D'abord, le chantier est devenu visible. Les travaux sur l'avenue Laurier, par exemple, ont des effets concrets : Radio-Canada rapporte que le restaurant Chez Victor ferme ses portes et invoque une importante diminution d'achalandage liée au chantier. Un tel exemple nourrit les critiques sur les coûts, y compris les coûts indirects supportés par les commerçants.

Ensuite, la circulation. TVA Nouvelles annonce de la congestion « considérable » à prévoir mercredi sur le chemin Saint-Louis en raison de travaux à la tête des ponts de Québec. Ce chantier-là n'est pas celui du tramway, mais pour l'automobiliste coincé dans les embouteillages, la distinction est ténue : la perception d'une ville en chantier permanent alimente le débat général sur les transports.

Enfin, le climat politique. Radio-Canada rapporte que des membres du conseil de la Communauté métropolitaine de Québec ont dénoncé une banalisation des insultes envers les élus, à la suite de l'épisode des « tuques injurieuses » visant notamment le maire Marchand et le maire de Lévis, Steven Blaney. Appeler à « relever le débat » dans ce contexte donne une résonance particulière aux accusations échangées sur le tramway : plus le ton monte, plus la ligne entre critique légitime d'un projet public et attaque personnelle devient difficile à tracer.

Les enjeux de fond

Au-delà de la joute, trois questions se dégagent.

La transparence des estimations. Un projet de cette ampleur repose sur des chiffres qui évoluent à chaque étape : études préliminaires, avant-projet, appels d'offres. Les citoyens et les élus ont le droit de savoir à quel stade se situe chaque chiffre et sur quelles hypothèses il repose. Si M. Paquet détient des documents démontrant une méthode simpliste, ils méritent d'être examinés avec rigueur. Si, au contraire, CDPQ Infra peut documenter une estimation détaillée, la divulgation de la méthode clarifierait le débat.

Le rôle de CDPQ Infra. Qualifier l'organisme de « politique » revient à contester sa position d'expert. Or c'est précisément son expertise, en matière de montage et de réalisation de grands projets de transport, qui a justifié son rôle dans le dossier. Mettre en doute son impartialité sans preuve publique est un pari politique ; y répondre par des données précises serait la réponse la plus efficace.

Le coût politique pour tous les acteurs. L'analyse de Radio-Canada sur un Patrick Paquet et un Stéphane Lachance « sur la défensive » rappelle que ce sujet peut se retourner contre ceux qui l'attaquent, comme contre ceux qui le défendent. Un projet de cette envergure expose chacun à des questions : sur les coûts, sur les délais, sur les retombées pour les quartiers touchés.

Ce qu'il faut surveiller

La suite dépend d'abord de la publication des documents promis par le député. Si ces pièces sont rendues publiques, deux scénarios se dessinent : soit elles étayent l'idée d'une estimation par simple proportion, et la pression montera pour obtenir des précisions sur la méthode ; soit elles s'avèrent partielles ou mal interprétées, et l'épisode fragilisera la crédibilité de leur auteur.

Il faudra aussi observer la réponse de CDPQ Infra. Un démenti général a moins de poids qu'une explication détaillée de la façon dont les coûts ont été bâtis. Les prochains jours diront si l'organisme choisit de documenter sa méthode ou de laisser la polémique s'essouffler.

Enfin, la tenue du débat lui-même est en jeu. Entre les accusations de politisation, les insultes dénoncées par les élus métropolitains et la fatigue des commerçants touchés par les chantiers, la discussion sur le tramway risque de se réduire à un affrontement de postures. Or ce que les contribuables attendent, ce sont des chiffres vérifiables, une méthode claire et des échéanciers crédibles.

En résumé

Patrick Paquet persiste : le coût du tramway aurait été calculé par règle de trois. CDPQ Infra dit non. Entre les deux, une seule chose est établie à ce stade : des affirmations contradictoires, et des documents à venir. Tant que ces pièces n'auront pas été examinées, la prudence s'impose, et c'est sur la transparence des estimations que se jouera, pour l'essentiel, la suite de ce dossier.