Un contrat qui change le statut du projet
Le mercredi 4 novembre, la société australienne Viridis Mining and Minerals a annoncé un accord contraignant de fourniture à long terme avec Solvay, selon le quotidien brésilien Folha de S.Paulo. Le pacte garantit un débouché à la majeure partie de la production prévue du projet Colossus, à Poços de Caldas, dans le sud de l'État du Minas Gerais. Folha le décrit comme une étape importante pour permettre le financement et la construction de l'installation.
Le contrat a été conclu avec Rhodia Operations, une société du groupe Solvay, et porte sur du carbonate mixte de terres rares, selon TipRanks. Il couvre sept éléments, dont les quatre terres rares magnétiques que sont le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium. Le site spécialisé Small Caps précise que les volumes minimaux contractuels de ces quatre éléments représentent environ 64 % de la production prévue sur la période d'engagement de six ans.
Pour une minière qui n'a pas encore bâti sa mine, un tel document pèse lourd. Le projet n'est pas en production : selon Finimize, la mise en service est visée en 2028. D'ici là, c'est le contrat, et non la production, qui sert de garantie aux banquiers.
Ce que dit le contrat
Selon TipRanks, l'entente prévoit des engagements de type « take-or-pay » (l'acheteur paie même s'il ne prend pas livraison) et des prix planchers pour les quatre principales terres rares magnétiques. Ces planchers offrent une protection à la baisse tout en laissant la minière profiter de prix de marché plus élevés. Finimize évalue le revenu minimal à 915 millions de dollars américains, en se fondant sur ces planchers.
Les sources divergent légèrement sur le calendrier. Finimize indique que le contrat court de la première production jusqu'en décembre 2034, tandis que Grafa situe les engagements ferme de 2029 à 2034, ce qui correspond à la montée en puissance du projet. Retenez donc la fourchette plutôt qu'une date unique.
L'accord s'accompagne d'un cadre de licences et de services techniques fournis par Solvay, toujours selon Grafa. Le directeur général de Viridis, Rafael Moreno, a déclaré que très peu de groupes occidentaux de séparation offrent une voie crédible vers le marché, ce qui fait de Solvay un partenaire qui réduit un risque commercial majeur.
Pourquoi Solvay est l'acheteur qui compte
Le carbonate mixte n'est pas un produit fini : il faut ensuite séparer chaque élément. C'est là que se trouve le goulot d'étranglement mondial. Solvay exploite à La Rochelle, en France, une usine qui sépare des terres rares depuis 1948. Selon l'entreprise elle-même, c'est l'un des plus grands sites de séparation hors de Chine et l'un des rares au monde capables de traiter tous les éléments à l'échelle industrielle.
L'usine a longtemps servi surtout aux catalyseurs. Selon Belga, une nouvelle ligne a été inaugurée en avril 2025 pour produire des matériaux destinés aux aimants permanents, ces composants des moteurs de véhicules électriques, des éoliennes et des systèmes de défense. Solvay vise 30 % de la demande européenne en terres rares de qualité aimants d'ici 2030, en phase avec le règlement européen sur les matières premières critiques.
Le dossier révèle aussi une prudence commerciale. Le PDG de Solvay, Philippe Kehren, avait déclaré au quotidien belge De Tijd, cité par Belga, que la Chine peut approvisionner le monde à un prix inférieur au sien, et qu'il n'existait pas encore de véritable marché pour ses terres rares. L'entreprise n'investissait alors que quelques millions d'euros. Le contrat avec Viridis s'inscrit donc dans une stratégie de sécurisation de la matière première, qui manquait à l'usine française.
Un détail technique compte : selon les informations rapportées par Peculiar Materials, Solvay a approuvé en juillet 2026 un investissement de 15 à 20 millions d'euros pour une ligne de séparation du dysprosium et du terbium, attendue à l'automne 2026. Ce sont précisément les éléments lourds les plus rares hors de Chine, et ceux que contient le gisement de Poços de Caldas.
Des lettres d'intention au contrat ferme
Le chemin a été court mais pas linéaire. Viridis et Solvay avaient signé une lettre d'intention non contraignante le 1er juin 2026. Selon Kalkine Media, la minière visait alors un accord ferme au troisième trimestre, une échéance qui avait été dépassée. La transformation est donc intervenue avec quelques semaines de retard sur le calendrier initial.
Entre-temps, le financement s'est étoffé. Selon la Gazeta de Varginha, Viridis a obtenu des engagements d'investissement allant jusqu'à 120 millions de dollars américains, dont jusqu'à 75 millions de la gestionnaire One Investment Management, pour atteindre environ 154 millions de dollars en capitaux propres identifiés. L'entreprise estime à 449 millions de dollars l'investissement total nécessaire. En septembre, la banque publique de développement BNDES a en outre approuvé, selon Reuters, un prêt de 77,5 millions de reais pour le centre de recherche et la planta pilote. Le crédit court sur 16 ans, à un coût indicatif d'environ 4,8 % par an, selon le BNDES cité par plusieurs médias brésiliens.
Reste la pièce maîtresse : la dette senior. Reuters rapportait début septembre que Viridis disposait d'un appui préliminaire de prêteurs pour la quasi-totalité d'une dette de 314 millions de dollars. Le contrat d'achat était la condition qui manquait pour passer des intentions aux propositions finales des banques. Selon des informations compilées par Peculiar Materials, la décision finale d'investissement est visée pour le quatrième trimestre de 2026, et la construction devrait commencer en 2027.
Le contexte : la Chine tient toujours le robinet
Ce contrat arrive dans un marché profondément déformé. Depuis avril 2025, la Chine exige une licence d'exportation pour sept terres rares moyennes et lourdes, dont le dysprosium et le terbium, selon la synthèse de Rare Earth Investing. Un ensemble de mesures plus large, annoncé en octobre 2025, est suspendu jusqu'au 10 novembre 2026, une date qui tombe dans six jours. Washington affirme que la trêve a été prolongée jusqu'au 10 janvier 2027, mais Pékin n'avait pas publié de texte correspondant en octobre, selon la même source.
L'écart de prix résultant est considérable. Selon les données de Fastmarkets, l'oxyde de dysprosium se négociait fin août à 1 250-1 675 dollars le kilo à Rotterdam, contre 270-330 dollars FAB Chine. Par ailleurs, selon les chiffres d'Argus cités par The Oregon Group, les exportations chinoises d'yttrium, de dysprosium et de terbium restaient environ 50 % sous leur niveau d'avant les contrôles.
Les prix planchers du contrat Viridis-Solvay s'inscrivent dans cette logique : puisque le prix chinois n'est pas un repère fiable pour un acheteur occidental, il faut des références contractuelles propres. Le groupe américain USA Rare Earth, qui a acquis le producteur brésilien Serra Verde, a déjà un contrat à planchers pour le dysprosium et le terbium, selon Tech Times.
Une course serrée dans le Minas Gerais
Viridis n'est pas seule à Poços de Caldas. Selon Econosur, le Brésil compte un seul producteur commercial d'argiles ioniques, Serra Verde, dans le Goiás, et plusieurs projets avancés, dont Colossus de Viridis, Caldeira de Meteoric et Carina d'Aclara. Meteoric a terminé son étude de faisabilité définitive le 31 juillet 2026. Le 1er octobre, Lynas a annoncé un accord ferme pour acquérir Meteoric, selon un communiqué de Rare Earths Americas relayé par Yahoo Finance. Le district attire donc les consolidateurs, et les gros acheteurs.
Dans ce paysage, Viridis a choisi de se lier à un séparateur européen plutôt qu'à un acteur américain. Selon la page d'Econosur, ces projets dessinent des voies différentes vers les marchés américain, européen, coréen ou un éventuel traitement brésilien. Viridis conserve aussi, via une coentreprise avec Ionic Rare Earths, l'ambition d'une raffinerie locale à Poços de Caldas.
Ce qu'il faut surveiller
Le contrat ne fait pas de Colossus une mine. Plusieurs étapes restent à franchir : la dette senior, la licence d'installation et la décision finale d'investissement. Les engagements de soutien de crédit à l'exportation étaient, selon Peculiar Materials, au stade de lettres d'appui ou d'intérêt, pas de promesses fermes.
L'autre inconnue est du côté de l'acheteur. Selon Europesays, Solvay a confirmé des discussions avec OneIM, le même gestionnaire qui investit dans Viridis, au sujet d'un partenariat stratégique possible dans son activité de terres rares de La Rochelle. Rien n'est conclu, et le site relève que l'enjeu est de savoir si les capacités de séparation européennes se concrétisent réellement. Un changement de propriétaire ou de financement pourrait affecter les plans industriels, même si Solvay continue d'exploiter l'usine.
Enfin, la dépendance reste structurelle. Selon Silmaril Media, la Chine contrôle environ 90 % du traitement mondial des terres rares et 99 % de la séparation du dysprosium et du terbium. Un contrat de 915 millions de dollars sur six ans ne change pas cette arithmétique. Il montre, en revanche, que les acheteurs occidentaux acceptent désormais de payer pour une chaîne d'approvisionnement parallèle, de l'argile du Minas Gerais jusqu'au laboratoire de La Rochelle.
