Montréal

Zone sans cônes au centre-ville de Montréal : des ingénieurs jugent l'opération ratée

Créée l'été dernier par l'administration Martinez Ferrada, la « zone sans cônes» du centre-ville est un échec, selon une association d'ingénieurs. Les petits cônes y pullulent, dit le Journal de Montréal.

Zone sans cônes au centre-ville de Montréal : des ingénieurs jugent l'opération ratée

Un échec, selon des ingénieurs

L'idée avait de quoi séduire quiconque a déjà slalomé entre les barils orange d'un centre-ville en chantier : créer une « zone sans cônes», un périmètre où la signalisation de travaux serait allégée, plus sobre, moins envahissante. Lancée l'été dernier par l'administration Martinez Ferrada, la mesure est aujourd'hui sévèrement critiquée. Selon le Journal de Montréal, une association d'ingénieurs la juge tout simplement ratée. Le titre du quotidien résume le paradoxe : des « marées de petits cônes» dans une zone censée en être exempte.

À l'heure d'écrire ces lignes, c'est essentiellement par ce reportage que le dossier est documenté. Les chiffres détaillés de la Ville, les contrats ou les relevés de terrain ne sont pas à notre disposition ; nous nous en tenons donc à ce qui est établi et nous signalons clairement ce qui reste à vérifier.

Ce que l'on sait

D'après le Journal de Montréal, le constat des ingénieurs est sans appel : la « zone sans cônes» n'a pas tenu sa promesse. Les cônes de grande taille auraient en partie cédé la place à des modèles plus petits, mais en bien plus grand nombre. L'effet visuel recherché, un centre-ville dégagé et lisible, n'y serait pas. Le journal rapporte aussi que la mesure a été créée par l'administration de la mairesse Soraya Martinez Ferrada, et qu'elle visait le cœur du centre-ville.

À ce stade, il serait imprudent d'aller plus loin que le texte du quotidien. Nous ignorons notamment :

  • le périmètre exact de la zone et le nombre de chantiers concernés ;
  • la position officielle de la Ville face aux critiques ;
  • les données de sécurité, qu'il s'agisse de collisions, de quasi-accidents ou d'incidents touchant les travailleurs et les piétons.

Ces éléments seront décisifs pour trancher entre un simple raté de mise en œuvre et un problème plus profond de conception.

Pourquoi les cônes ne sont jamais un détail

Le cône orange est devenu, à Montréal comme ailleurs, le symbole d'une ville en travaux perpétuels. Mais derrière cet accessoire banal se cache un enjeu sérieux : la signalisation de chantier répond à des exigences de sécurité pour les travailleurs, les automobilistes, les cyclistes et les piétons. Alléger cette signalisation pour des raisons d'esthétique ou de fluidité pose donc une question délicate : jusqu'où peut-on simplifier sans accroître les risques ?

C'est probablement là que se situe le cœur du reproche des ingénieurs. Une signalisation qui se fait discrète, ou qui change de forme sans réduire le nombre d'éléments, peut brouiller les repères au lieu de les clarifier. Multiplier de petits dispositifs peut aussi, selon l'angle, donner l'impression d'un désordre plus grand que quelques gros cônes bien placés. Cette lecture reste toutefois une hypothèse de travail, qu'il faudra confronter aux explications de la Ville.

Un enjeu de gouvernance autant que de voirie

Au-delà de la technique, l'épisode illustre un défi courant pour les administrations municipales : la distance entre une annonce séduisante et son application concrète sur le terrain. Une zone « sans cônes» est un slogan efficace, facile à retenir et à communiquer. Sa mise en œuvre suppose en revanche de coordonner des dizaines d'intervenants : services municipaux, entrepreneurs, sociétés de services publics, responsables de la circulation. Si un seul maillon relâche, l'objectif affiché se dilue.

Pour une administration relativement nouvelle, l'enjeu est aussi politique. Un projet présenté comme une amélioration visible du quotidien devient, lorsqu'il échoue, une prise facile pour les critiques. Le fait que ce soit une association d'ingénieurs, plutôt qu'un parti d'opposition, qui porte le jugement donne au reproche un poids technique plus difficile à écarter d'un revers de main.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs questions devraient déterminer la suite :

1. La réponse de la Ville. Reconnaîtra-t-elle des ratés, corrigera-t-elle la mesure ou défendra-t-elle son bilan avec des données ?
2. Le bilan de sécurité. Si des chiffres existent, ils trancheront mieux que les impressions visuelles.
3. Le sort de la zone. Elle peut être resserrée, redéfinie, abandonnée ou reconduite avec des règles plus claires pour les entrepreneurs.
4. La cohérence avec les autres chantiers. Le centre-ville est traversé par de nombreux travaux, dont plusieurs relèvent de partenaires de la Ville et non de ses seuls services.

En attendant, les usagers du centre-ville constateront par eux-mêmes ce qu'il en est. La Presse, de son côté, propose un suivi quotidien de l'état du réseau routier et ferroviaire de la région aux heures de pointe, utile pour qui doit composer avec les entraves.

L'essentiel

L'affaire n'a rien d'une tempête nationale, mais elle dit quelque chose de la manière dont une grande ville négocie le compromis entre sécurité, lisibilité de l'espace public et image. Les gestes symboliques peuvent mobiliser l'attention ; ils ne dispensent pas de rigueur opérationnelle. Reste à voir si l'administration Martinez Ferrada saura transformer ce constat sévère en correctif concret, ou si la « zone sans cônes» restera un exemple de promesse que le terrain a rattrapée.

Cet article repose sur le reportage du Journal de Montréal ; il sera complété à mesure que des données officielles et la réponse de la Ville seront rendues publiques.