Économie

Bruxelles refuse tout assouplissement budgétaire face à la crise énergétique

Le commissaire Valdis Dombrovskis rejette la demande de la Grèce et de l'Italie : desserrer les règles de dépense au nom de l'énergie minerait leur crédibilité, juge-t-il.

Bruxelles refuse tout assouplissement budgétaire face à la crise énergétique

Le message est venu de Bruxelles et il est sans ambiguïté : les règles budgétaires européennes ne seront pas desserrées pour amortir le choc énergétique. Selon le quotidien espagnol Expansión, le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a rejeté la demande présentée par la Grèce et l'Italie, qui souhaitaient une marge de manœuvre supplémentaire pour absorber la flambée des coûts de l'énergie. Son argument tient en une phrase : accorder davantage de flexibilité minerait la crédibilité des règles de dépense, et la soutenabilité des finances publiques constitue, selon lui, « un actif vital ».

La décision paraît technique. Elle touche pourtant à l'une des questions les plus sensibles de la politique économique européenne : jusqu'où les États peuvent-ils s'endetter pour protéger ménages et entreprises sans fragiliser l'édifice commun?

Ce que demandent Athènes et Rome

D'après les informations rapportées par Expansión, la Grèce et l'Italie réclament que les dépenses liées à la crise énergétique soient traitées avec davantage de souplesse dans l'application du cadre budgétaire de l'Union européenne. Concrètement, il s'agirait de tolérer, ou de neutraliser dans le calcul des trajectoires de dépenses, les mesures de soutien destinées à contenir les factures d'électricité et de gaz.

Ces deux pays ont des raisons évidentes de plaider en ce sens. Ils figurent parmi les économies de la zone euro dont la dette publique rapportée au produit intérieur brut est la plus élevée, ce qui réduit leur capacité à financer des aides massives sans alourdir un fardeau déjà considérable. En même temps, leurs gouvernements font face à une pression politique réelle : quand l'énergie coûte plus cher, ce sont les ménages modestes et les petites entreprises qui encaissent le choc en premier, et les électeurs attendent une réponse.

L'argument de la crédibilité

La réponse de Valdis Dombrovskis repose sur une logique que Bruxelles défend depuis la réforme du pacte de stabilité et de croissance. Le cadre actuel repose sur des trajectoires de dépenses nettes négociées pays par pays, censées offrir une certaine souplesse tout en garantissant que la dette baisse de façon crédible à moyen terme. Y ajouter de nouvelles exceptions, plaide la Commission, reviendrait à vider ces règles de leur substance.

Le raisonnement n'est pas sans fondement historique. Les règles budgétaires européennes ont longtemps souffert d'un déficit de crédibilité : trop souvent contournées, rarement sanctionnées, elles ont fini par être jugées inapplicables. La réforme adoptée ces dernières années visait précisément à les rendre plus réalistes afin de les rendre plus respectées. Rouvrir la porte à des dérogations thématiques, une crise après l'autre, ferait renaître le risque d'un cadre à géométrie variable, où chaque gouvernement obtiendrait des assouplissements en fonction du moment politique.

Il y a aussi un enjeu de marché. La confiance des investisseurs envers la dette des pays les plus endettés dépend en partie de la perception qu'ils ont de la discipline collective. Un signal de laxisme pourrait se traduire par des primes de risque plus élevées, donc par un coût de financement accru, ce qui irait exactement à l'encontre de l'objectif poursuivi par Athènes et Rome.

Un débat qui dépasse la Grèce et l'Italie

Le refus de Bruxelles s'inscrit dans un contexte où les gouvernements européens cherchent tous un équilibre délicat entre soutien aux ménages et rigueur budgétaire. En Allemagne, par exemple, l'hebdomadaire Die Zeit déplore que le gouvernement fédéral se réjouisse d'une croissance timide tout en multipliant les mesures coûteuses, citant notamment la remise sur les carburants, au détriment d'un discours plus franc sur les réformes nécessaires. Le diagnostic est celui d'un éditorial, donc d'un point de vue, mais il illustre la tension qui traverse plusieurs capitales : l'attrait des aides ponctuelles face à l'exigence de transformations structurelles plus ingrates.

Cette tension est d'autant plus vive que les marchés restent nerveux. Le Handelsblatt notait ce jeudi que l'indice allemand Dax, après trois séances de gains, subissait de nouveau des pressions, les investisseurs se tournant vers les données sur les exportations, le marché de l'emploi américain et les déclarations de banquiers centraux. Dans un tel climat, un relâchement perçu de la discipline budgétaire européenne serait scruté de près.

Deux lectures possibles

Le camp de la fermeté y voit une condition de stabilité. Selon cette lecture, la crise énergétique, aussi douloureuse soit-elle, ne justifie pas de remettre en cause un cadre qui vient tout juste d'être consolidé. Les États qui souhaitent aider leurs ménages peuvent le faire, mais dans les limites des trajectoires convenues, quitte à arbitrer entre priorités.

Le camp de la souplesse répond que l'énergie n'est pas une dépense comme les autres. Un choc de prix subi simultanément par tout un continent, qui frappe l'industrie comme les foyers, relève selon lui d'une circonstance exceptionnelle, comparable à celles qui avaient motivé la suspension temporaire des règles pendant la pandémie. Refuser toute flexibilité, c'est, dans cette optique, prendre le risque d'un ajustement brutal qui pèserait sur la croissance et nourrirait le mécontentement populaire.

Aucun des deux arguments n'est négligeable, et c'est ce qui rend le dossier épineux. La position de la Commission a au moins le mérite de la clarté : les règles sont les règles, et leur valeur dépend de leur constance.

Ce qui reste à trancher

La décision de Valdis Dombrovskis ne clôt probablement pas le débat. Les gouvernements grec et italien peuvent continuer de plaider leur cause auprès des autres États membres, et la question pourrait revenir sur la table lors des prochaines discussions entre ministres des Finances, notamment si les prix de l'énergie ne refluent pas. Les informations disponibles à ce stade, issues principalement du compte rendu d'Expansión, ne permettent pas de savoir si d'autres pays se joindront à la demande ni si des compromis, par exemple des mesures ciblées plutôt que générales, sont envisagés.

Ce qui est acquis, en revanche, c'est le signal envoyé : pour la Commission, la crédibilité du cadre budgétaire passe avant la souplesse conjoncturelle. Reste à savoir si cette ligne tiendra face à des tensions sociales qui, elles, ne se règlent pas par des trajectoires de dépenses. Dans une Europe où l'énergie reste un sujet politiquement explosif, la fermeté affichée à Bruxelles sera mise à l'épreuve non pas dans les tableaux, mais dans les urnes.