Montréal

Centres de données : la moitié des demandes d'électricité en attente à Hydro-Québec

Selon Hydro-Québec, la moitié des mégawatts en file d'attente proviennent de promoteurs de centres de données. Une carte interactive du Collectif NRS met en lumière l'ampleur du phénomène.

Centres de données : la moitié des demandes d'électricité en attente à Hydro-Québec

Les électeurs de la région de Montréal viennent de trancher une campagne électorale intense, mais un dossier moins spectaculaire, qui se joue dans les postes de transformation et les files d'attente d'Hydro-Québec, pèsera lourd sur les années à venir : celui des centres de données. Selon Hydro-Québec, rapporte Radio-Canada, la moitié des demandes de mégawatts actuellement en attente proviennent de promoteurs de centres de données, parmi lesquels des noms comme Google ou Keel.

Un chiffre qui change l'échelle du débat

La donnée, relayée par Radio-Canada dans le cadre de la présentation d'une nouvelle carte interactive des centres de données au Québec, mérite qu'on s'y arrête. Il ne s'agit pas de la moitié de l'électricité consommée aujourd'hui, mais de la moitié des demandes de puissance qui attendent d'être traitées. Autrement dit, c'est une photographie de la demande future, celle que le réseau devra, ou non, accommoder.

Cette nuance est essentielle. Une demande en attente n'est pas un contrat signé, ni une garantie de construction. Des promoteurs déposent parfois plusieurs demandes en parallèle, dans plusieurs territoires, avant de retenir le site le plus avantageux. Le total des mégawatts réclamés peut donc surestimer ce qui se matérialisera réellement. Mais même avec cette réserve, le fait que ces projets représentent à eux seuls la moitié de la file d'attente indique à quel point ce secteur est devenu un acteur central de la planification électrique.

Ce que dit le Collectif NRS

Pour Alexandre Theve, chargé de projets de recherche au Collectif Numérique, Responsable et Soutenable (NRS), cité par Radio-Canada, les gens ignorent à quel point les centres de données vont commander une large part de l'infrastructure électrique dans peu de temps. L'observation touche un point sensible : l'infrastructure numérique est perçue comme immatérielle, alors qu'elle repose sur du béton, des serveurs, des systèmes de refroidissement et, surtout, des lignes à haute tension.

La carte interactive dont parle Radio-Canada vise précisément à rendre visible cette réalité matérielle. Cartographier les installations, existantes ou projetées, permet de sortir le débat de l'abstraction. Quand on voit où se situent les projets, on comprend mieux quelles régions, quels postes et quelles ressources seront sollicités.

Pourquoi les centres de données consomment autant

Un centre de données est, pour l'essentiel, une immense salle de serveurs qui fonctionnent en continu. Deux postes de consommation dominent : l'alimentation des équipements informatiques eux-mêmes et le refroidissement, nécessaire pour évacuer la chaleur qu'ils dégagent. La montée en puissance de l'infonuagique et, plus récemment, des applications d'intelligence artificielle, qui exigent des processeurs très gourmands, a fait grimper les besoins de façon marquée.

Ce phénomène n'est pas propre à une région. Partout où l'énergie est abondante et relativement abordable, les promoteurs de centres de données cherchent à s'installer. Les réseaux électriques de nombreux pays doivent aujourd'hui composer avec des demandes de raccordement qui dépassent leur capacité à livrer rapidement de nouvelles infrastructures.

Des choix de société derrière un dossier technique

Le titre retenu par Radio-Canada, « les centres de données au cœur des choix », dit bien l'essentiel : l'électricité disponible n'est pas illimitée, et chaque mégawatt alloué à un usage est un mégawatt qui ne sert pas à un autre. Les arbitrages possibles sont nombreux :

  • Prioriser les usages : électrification des transports, du chauffage et de l'industrie, ou accueil d'infrastructures numériques.
  • Encadrer les conditions d'accès : exiger des engagements de sobriété, de récupération de la chaleur ou d'efficacité énergétique.
  • Planifier le réseau : décider où et à quel rythme construire les lignes et les postes qui desserviront ces projets.
  • Informer le public : rendre transparents les volumes demandés et les critères de sélection.
  • Aucun de ces choix n'est neutre. Accueillir un centre de données peut générer de l'investissement et de l'activité économique, mais les emplois permanents qu'il crée sont généralement peu nombreux comparativement à la puissance qu'il mobilise. À l'inverse, refuser ou différer des projets peut signifier renoncer à des retombées et voir les promoteurs aller ailleurs.

    Un enjeu de transparence

    L'intérêt de la démarche du Collectif NRS tient en grande partie à la transparence. Le public a rarement accès à une vue d'ensemble des projets de centres de données, de leur taille et de leurs besoins. Or ces décisions engagent des infrastructures publiques, financées collectivement, et influencent la trajectoire énergétique de toute une société.

    La déclaration d'Alexandre Theve sur l'ignorance du public face à ces enjeux peut se lire comme un appel au débat avant que les décisions ne soient prises, et non après. Une fois les lignes construites et les raccordements accordés, les marges de manœuvre se réduisent.

    Ce qu'il faut surveiller

    Plusieurs questions restent ouvertes, et les informations rapportées par Radio-Canada ne permettent pas d'y répondre à ce stade :

  • Quelle part des demandes en attente se concrétisera réellement ?

  • Selon quels critères les projets seront-ils priorisés ?

  • Quelles conditions seront imposées aux promoteurs en matière d'efficacité énergétique ?

  • Comment les besoins des ménages et des industries existantes seront-ils protégés ?

Ces réponses détermineront si les centres de données deviendront un moteur de développement bien encadré ou une pression difficile à gérer sur le réseau. Une chose est certaine : le sujet ne relève plus du seul domaine technique. Il engage des choix collectifs que la population gagne à connaître, et le travail de cartographie du Collectif NRS, tout comme le chiffre avancé par Hydro-Québec, contribue à poser les termes de ce débat.