Capitale-Nationale

Colisée de Québec : la déconstruction s'organise, et le site attise déjà les convoitises

La Ville de Québec a lancé jeudi un appel de qualification pour déconstruire le Colisée, de décembre 2027 à septembre 2029. Le terrain d'ExpoCité attire déjà un projet de stade de la LCF.

Colisée de Québec : la déconstruction s'organise, et le site attise déjà les convoitises

Il aura fallu plus d'une décennie de tergiversations, mais la machine administrative est enfin lancée. Jeudi, la Ville de Québec a publié un appel de qualification sur le Système électronique d'appel d'offres du gouvernement du Québec (SEAO) pour trouver l'entreprise qui déconstruira l'ancien Colisée, fermé depuis septembre 2015. Le geste est technique, mais il referme un chapitre emblématique de la capitale et en ouvre un autre, bien plus incertain : celui de ce que l'on bâtira à la place.

Ce qui a été annoncé

Selon Radio-Canada, les travaux doivent démarrer en décembre 2027 et s'étaler sur environ deux ans. L'échéancier précisé par le communiqué municipal, repris par Le Soleil et Le Carrefour de Québec, prévoit l'octroi du contrat en juillet 2027 et une fin de chantier en septembre 2029.

La Ville opte pour un contrat clés en main : l'entrepreneur retenu serait entièrement responsable de la planification, de la conception des méthodes de travail et de l'exécution, indique Mon Limoilou en citant l'appel de qualification. L'approche se veut aussi collaborative, afin de mobiliser l'expertise des partenaires dès les premières étapes et de mieux gérer les risques, précise Portail Constructo.

Pourquoi attendre décembre 2027? Parce que l'édifice n'est pas vide. Il sert actuellement d'entrepôt pour les équipements des Jeux du Canada d'hiver de 2027, qui se tiendront à Québec en février. La déconstruction ne peut donc commencer qu'une fois ces installations retirées.

Une facture qui reste floue

Le point le plus délicat est sans doute le coût. Radio-Canada rappelle que les dernières estimations chiffraient les travaux à 20 millions de dollars en 2020 et qu'elles n'ont pas été mises à jour depuis. Or, l'inflation dans la construction est passée par là. Selon le résumé de l'histoire du bâtiment que publie Wikipédia, la firme d'ingénierie EMS évaluait que les coûts de ce type de projet avaient augmenté de 25 à 50 % et que la facture pourrait s'approcher de 30 millions. L'organisme Docomomo Québec, qui défend le patrimoine moderne, évoque lui aussi ce chiffre de 30 millions.

La conseillère municipale Mélissa Coulombe-Leduc l'admettait d'ailleurs dès février 2025 dans Le Devoir : le prix de la démolition « a augmenté très certainement », et il faudra le mettre à jour. Elle y voyait même une conséquence directe des atermoiements : plus on attend, plus ça coûte cher.

Le chantier s'annonce aussi plus long et plus complexe qu'une simple démolition. La Ville avait indiqué que la présence de plomb et d'amiante justifiait à elle seule deux ans de travaux, rapporte Le Devoir. D'où la mention, dans l'annonce de jeudi, de « meilleures pratiques » de déconstruction écoresponsable.

Récupérer avant de démolir

La Ville veut privilégier le réemploi, le recyclage et la revalorisation des matériaux. Une partie de ce travail est déjà faite. Selon Le Carrefour de Québec, des arénas de Québec ont récupéré des milliers de sièges, et les villes de Chandler, de Baie-Saint-Paul et de Princeville en ont acquis. Le Séminaire Saint-François a acheté la baie vitrée que la Ville qualifie d'emblématique, et l'ensemble des systèmes de réfrigération a été démantelé et récupéré. Des discussions sont en cours avec des organismes à but non lucratif pour leur céder des biens et des meubles.

C'est une manière de transformer la démolition en geste de mémoire partagée : les fauteuils où des générations ont vu jouer les Nordiques, les Remparts ou des têtes d'affiche du rock se retrouvent dispersés dans des arénas de la région et d'ailleurs.

Pourquoi on ne pouvait plus conserver le bâtiment

La décision de démolir n'est pas nouvelle. Elle a été annoncée en février 2025, après des années d'hésitation. L'ouverture du Colisée remonte à décembre 1949, et il a été agrandi en 1980. Or, selon Le Devoir, la structure de 1980 est solidaire de celle de 1949 : enlever la première pour sauver la seconde aurait demandé un chantier si lourd qu'il aurait dénaturé la valeur patrimoniale de l'ensemble. La Commission d'urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ) a conclu, d'après Le Soleil, qu'une démolition partielle n'était pas envisageable et qu'un retour à la version originale était « impossible ».

Des voix patrimoniales déplorent néanmoins cette issue. Docomomo Québec souligne que, derrière l'enveloppe métallique des années 1980, se cache une structure de béton armé jugée remarquable, et y voit l'illustration d'un effacement progressif du patrimoine moderne.

La Ville, elle, plaidait surtout l'impossibilité de reconvertir l'édifice. Les chiffres cités en 2024 donnaient la mesure du dilemme : environ 17 millions pour démolir, 20 millions pour mettre l'édifice aux normes et 40 millions pour le reconvertir complètement, selon Le Carrefour de Québec.

Le terrain : un enjeu stratégique à ExpoCité

Le terrain visé fait partie du secteur nord-est d'ExpoCité, dans l'arrondissement de La Cité-Limoilou. Il couvre 48 275 mètres carrés, stationnements adjacents compris, selon Radio-Canada. Il est voisin du Centre Vidéotron et du Grand Marché, ce qui en fait un emplacement très convoité.

Une consultation publique, tenue de novembre 2023 à mai 2024, avait dégagé deux orientations : consolider le pôle événementiel d'ExpoCité ou évoluer vers un secteur mixte. Le maire Bruno Marchand a toujours dit vouloir du logement sur ce site. La Ville avait aussi lancé, en février 2026, un appel d'offres pour obtenir un concept d'aménagement, dont le rapport final était attendu en novembre 2026, d'après Radio-Canada.

L'annonce de jeudi ne dit rien de ce qui suivra. Le texte de l'appel de qualification parle d'un terrain « prêt à accueillir un projet de développement », sans en préciser la nature.

Le stade de la LCF, la pièce qui change l'équation

C'est là qu'un autre dossier s'invite. Depuis septembre, plusieurs médias rapportent qu'une équipe de la Ligue canadienne de football (LCF) pourrait s'installer à Québec. Le promoteur William Trudel, du Groupe Trudel, piloterait le projet, selon Le Soleil. D'après RDS, qui cite l'animateur Sylvain Bouchard du FM93, les gouverneurs de la ligue auraient voté à l'unanimité pour poursuivre l'analyse d'une équipe dans la capitale.

Le commissaire Stewart Johnston a confirmé à TSN avoir eu des discussions productives avec un groupe sérieux. Selon le FM93, le projet comprendrait un stade d'environ 25 000 places, au coût d'environ 350 millions de dollars, érigé sur le site du Colisée. Le promoteur verserait en outre au moins 25 millions à la ligue pour obtenir la franchise. Ces informations proviennent de sources médiatiques : ni la Ville, ni le promoteur n'ont confirmé les détails publiquement.

Le calendrier pose toutefois problème. Le Soleil rapporte, de source proche du dossier, que la fin de la construction du stade serait ciblée pour 2031, alors que certains avancent un premier match dès 2030. Or, la déconstruction ne se termine qu'en septembre 2029. Le titre du quotidien est éloquent : la démolition du Colisée met de la pression sur le projet de stade.

Le financement demeure la grande inconnue. Selon TVA, le maire Marchand appuie l'idée, mais estime que le montage financier sera déterminant. Une idée qui devra aussi cohabiter avec l'objectif de logements que défend l'administration depuis des années.

Le voisinage, premier à se faire entendre

Dans le quartier Lairet, l'enthousiasme est mitigé. Son conseil de quartier, présidé par Lukasz Michalski, a exprimé plusieurs réserves, rapporte Caucus Football. Il rappelle que seule une quinzaine de participants aux consultations de 2024 imaginaient une vocation sportive. Sa crainte principale : la circulation, le bruit et le stationnement dans les rues résidentielles avec 25 000 spectateurs.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs jalons se profilent. D'abord, la sélection des entreprises qualifiées, puis l'octroi du contrat en juillet 2027, après le retrait des équipements des Jeux du Canada. Il faudra aussi savoir si la Ville met à jour son estimation de 20 millions, vieille de six ans, avant que les soumissions ne tombent. Enfin, la question la plus structurante reste ouverte : quel projet occupera le terrain, et qui le paiera?

Pour l'instant, la Ville se contente de libérer le terrain. Le vieux temple du hockey de Québec disparaîtra, morceau par morceau, d'ici l'automne 2029. Ce qui le remplacera, logements, stade ou formule mixte, reste à trancher, et c'est ce choix qui définira l'ExpoCité des prochaines décennies.