Un changement de visage au sommet du dossier lavallois
C'est le député des Plaines et titulaire du ministère des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, Dieudonné Ella Oyono, qui agira désormais à titre de ministre responsable de la région de Laval. Selon le Courrier Laval, le nouveau ministre péquiste a été assermenté hier à l'Assemblée nationale. Il succède à l'ex-ministre et député caquiste de Sainte-Rose, Christopher Skeete.
Le passage de témoin n'est pas qu'une affaire de personnes. Il traduit un changement de couleur politique à la tête de la région : la responsabilité de Laval passe d'un élu caquiste, ancré dans la circonscription de Sainte-Rose, à un élu du Parti québécois, qui représente une autre circonscription de l'île Jésus. Pour une région de plus de 440 000 habitants, la troisième ville du Québec par sa population, la question de savoir qui porte sa voix au Conseil des ministres n'a rien d'anodin.
Les informations dont nous disposons à ce stade proviennent de la couverture du Courrier Laval. Nous n'avons pas été en mesure de confirmer, au moment d'écrire ces lignes, le détail des priorités que M. Ella Oyono compte mettre de l'avant pour la région ni la composition de son équipe. Nous évitons donc de lui prêter des intentions qu'il n'a pas exprimées publiquement.
Ce que fait, concrètement, un ministre responsable de région
Le titre peut prêter à confusion. Un ministre responsable d'une région administrative n'est pas un maire, ni un préfet. Il agit comme relais entre le gouvernement et le territoire : il rencontre les élus municipaux, les organismes, les acteurs économiques et communautaires, transmet leurs demandes aux ministères concernés et veille à ce que les annonces gouvernementales tiennent compte des réalités locales. Il dispose d'un pouvoir d'influence plus que d'un pouvoir propre, car les budgets et les décisions restent entre les mains des ministères sectoriels.
Ce rôle prend une couleur particulière quand le titulaire cumule un portefeuille exigeant. M. Ella Oyono pilote déjà les Relations internationales, la Francophonie et le Commerce extérieur, un ministère qui l'amène régulièrement à l'extérieur du pays. La charge de ministre régional s'ajoute donc à un agenda déjà dense, ce qui posera la question de sa disponibilité sur le terrain lavallois. C'est un enjeu de gouvernance courant : plusieurs ministres régionaux cumulent les fonctions, et la qualité du lien avec la région dépend alors beaucoup du travail de leur cabinet et de leurs équipes.
Un élément joue néanmoins en sa faveur : la dimension économique et internationale de son ministère n'est pas étrangère à Laval. La ville compte un tissu d'entreprises exportatrices, des parcs industriels et un pôle de sciences de la vie et de technologies. Un ministre du Commerce extérieur peut, en théorie, y trouver des leviers naturels. Reste à savoir s'ils seront activés.
Des dossiers qui l'attendent dès les premiers jours
La semaine écoulée donne un aperçu de la diversité des enjeux qui se présentent au nouveau responsable de la région.
Le monde du travail et la syndicalisation
Le Courrier Laval rapporte que la Cour supérieure du Québec a rejeté, dans un jugement rendu le 16 octobre, la demande de pourvoi en contrôle judiciaire déposée par Amazon. L'entreprise contestait la légalité d'une décision du Tribunal administratif du travail rendue le 22 octobre 2024 dans le dossier de la syndicalisation des 230 employés de l'entrepôt DXT4, à Laval. Il s'agit d'un nouveau revers judiciaire pour le géant du commerce en ligne. Le dossier relève d'abord des tribunaux et du droit du travail, mais il place Laval au cœur d'un débat plus large sur la syndicalisation dans les entrepôts, un secteur en forte croissance.
Le milieu communautaire sous pression
Ce mercredi 21 octobre, environ 150 travailleuses et travailleurs ont marché dans les rues du quadrilatère Montmorency, en plein centre-ville de Laval, dans le cadre du mouvement Le communautaire à boutte, rapporte le Courrier Laval. C'est la seconde manifestation du genre organisée par la cellule lavalloise de cette initiative militante. Le message est clair : le secteur communautaire réclame un meilleur financement et de meilleures conditions. Pour un ministre régional, c'est une demande directe, qui touche à la capacité des organismes d'offrir des services de proximité.
Logement et itinérance
Le Barreau de Laval participe cette semaine, les jeudi 22 et vendredi 23 octobre, au Marathon juridique, consacré cette année au logement et à l'itinérance, selon le Courrier Laval. Pendant ces deux jours, des avocates et des avocats offrent de l'information juridique gratuite. Le texte souligne que près de deux Québécois sur trois ne sauraient pas vers qui diriger un proche à risque de perdre son logement. L'initiative illustre un besoin que les pouvoirs publics ne comblent pas entièrement et qui s'inscrit dans un contexte de tension sur le marché locatif.
Santé et services de proximité
Santé Québec Laval a inauguré le 16 octobre un lieu d'accueil et d'accompagnement au Centre intégré de cancérologie de Laval. Nommée Cycle, cette ressource gratuite s'adresse aux personnes touchées par le cancer et à leurs proches, qui y trouvent écoute, soutien et information, d'après le Courrier Laval. Ce type de service complète l'offre de soins et rappelle que la santé demeure l'un des premiers sujets d'attente des citoyens envers leurs élus.
Une transition qui se joue aussi à l'hôtel de ville
Le changement de ministre régional survient alors que l'administration municipale connaît elle aussi des mouvements. Le Courrier Laval indique que Sébastien Vallée a retrouvé hier la Ville de Laval pour prendre la direction du Service de la culture, des loisirs, du sport et du développement social. Il succède à Michel Allen, qui avait tiré sa révérence à la mi-juillet après sept ans aux commandes. Ce renouvellement à la tête d'un service important coïncide avec un moment où Laval cherche à consolider son offre culturelle et sportive.
La vitalité culturelle de la ville se voit d'ailleurs cette semaine. Média Laval annonce que le Mix Film Festival de Laval présentera, du 23 au 27 octobre à la salle Claude-Potvin, près de 50 films provenant de plus de 30 pays, avec panels, rencontres professionnelles et remise de prix, pour sa troisième édition. Un tel événement, par sa dimension internationale, rejoint d'ailleurs, sur le plan symbolique, le portefeuille de M. Ella Oyono.
Ce qu'il faut surveiller
Quelques questions méritent d'être suivies dans les prochaines semaines.
- La disponibilité du ministre. Combinera-t-il efficacement ses responsabilités internationales et son rôle régional ? Les rencontres avec les élus et les organismes lavallois en diront long.
- Le dialogue avec la Ville. La relation entre le ministre régional et l'administration municipale sera un indicateur précoce de la qualité du lien avec le territoire.
- Les réponses aux demandes concrètes. Financement du communautaire, logement, services de santé : ce sont les décisions, plus que les nominations, qui mesureront l'effet de ce changement.
- Le contexte politique. Le passage d'un ministre caquiste à un ministre péquiste reflète l'équilibre des forces à l'Assemblée nationale et pourrait influencer la manière dont les dossiers lavallois sont portés.
Pour l'heure, la nomination est un signal d'organisation plus qu'une annonce de politique. Elle donne à Laval un interlocuteur de plus haut calibre sur le plan des fonctions, mais dont l'agenda s'annonce chargé. C'est au fil des premières semaines, dans les rencontres et les décisions, que l'on saura si la région gagne un véritable porte-voix au sein du gouvernement.
