Parmi les nouvelles de la semaine en Abitibi-Témiscamingue, entre la tournée d’Halloween de Rouyn-Noranda et le coup d’envoi prochain du Festival du cinéma international, un dossier pèse plus lourd que les autres : celui des 108 résidents du Domaine des Pionniers, à Val-d’Or, à qui l’on annonce qu’ils devront quitter leur domicile d’ici un an. Derrière le titre, il y a un bâtiment fatigué, une gouvernance bousculée depuis l’été et, surtout, un projet de remplacement qui attend toujours son financement.
Un ancien motel arrivé au bout de son rouleau
Selon Radio-Canada, l’immeuble est <cite index="2-9,2-10">un ancien hôtel-motel construit en 1959, converti en résidence pour aînés dans les années 1990, auquel deux ailes ont été ajoutées en 2007</cite>. Des inspections commandées par la résidence elle-même, en février et en juin, ont conclu à <cite index="2-12">une dégradation importante de plusieurs composantes, tant dans le bâtiment d’origine que dans les ailes plus récentes</cite>.
Le rapport fait état, toujours selon Radio-Canada, <cite index="2-14">de nombreux signes d’infiltration d’eau, d’une structure de soutien extérieure installée de façon artisanale portant des fissures visibles, ainsi que d’une dégradation avancée du revêtement extérieur et de plusieurs balcons</cite>. Les photos qui accompagnent le reportage montrent aussi des dégâts aux fondations : <cite index="11-21">à certains endroits, le béton présente des fissures et l’armature d’acier est exposée</cite>.
La vétusté n’est pas le seul problème. Le directeur du Service de sécurité incendie de Val-d’Or, Éric Hébert, s’inquiète de la capacité d’évacuer des personnes dont plusieurs ont une mobilité réduite. Il rappelle qu’<cite index="11-17">une évacuation normale génère déjà des risques de 10 à 15 % de blessures</cite>, un risque qui augmente avec ce type de clientèle. Les pompiers ont alerté la Régie du bâtiment du Québec, qui <cite index="2-20">confirme avoir été informée de la situation le 17 juillet dernier et suivre le dossier depuis</cite>.
Des travaux d’urgence ont été réalisés pour tenir un an. Radio-Canada évoque <cite index="2-22">1,5 million de dollars investis dans la structure, le drainage, la plomberie et l’électricité</cite>, alors que TVA Abitibi-Témiscamingue parle plutôt d’<cite index="27-3">une enveloppe de 1,7 million de dollars, pour sécuriser les lieux pendant 12 mois seulement</cite>. L’écart entre les deux chiffres n’est pas expliqué dans les articles consultés. Dans les deux cas, le message est le même : il s’agit d’un sursis, pas d’une réparation.
Personne ne semble pouvoir se retourner contre quelqu’un. Le porte-parole de l’administration provisoire, Bruno Dion, affirme que <cite index="2-15">l’entrepreneur et l’architecte de l’époque ne sont plus dans les affaires</cite>, ce qui rend les recours impossibles.
Des signaux d’alarme qui datent
L’annonce de la fermeture n’est pas tombée de nulle part. Radio-Canada rappelle qu’<cite index="12-11">en 2022, l’Association québécoise de défense des droits de retraités avait signalé des infiltrations et d’autres problèmes avec la structure</cite>. Le syndicat, lui, dit avoir été tenu dans l’ignorance : le président du Conseil central de l’Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec (CSN), Félix-Antoine Lafleur, soutient que <cite index="29-9">lors de la dernière négociation, la demande de consulter les rapports d’inspection a toujours été refusée</cite>.
Le contexte de gouvernance n’aide pas. Depuis l’automne 2025, le Réseau québécois des OSBL d’habitation administre le Domaine des Pionniers, <cite index="22-6">après que la ministre de l’Habitation a destitué le dernier conseil d’administration</cite>. En juillet, des résidents ont dénoncé la qualité des repas et leurs relations avec la direction. Une déclaration commune du Réseau, de Santé Québec Abitibi-Témiscamingue et de la Société d’habitation du Québec (SHQ), diffusée le 22 juillet, a alors voulu rassurer les résidents. Un service de médiation a été mis en place, et TVA Abitibi-Témiscamingue a rapporté en août le <cite index="25-3">congédiement de l’ancienne directrice générale, confirmé par Bruno Dion</cite>.
Autrement dit, la résidence a traversé en quelques mois une crise de gestion, puis une crise immobilière. Les deux ne sont pas liées sur le plan technique, mais elles ont épuisé la confiance et la marge de manœuvre de l’administration en place.
Où loger 108 personnes dans une ville sans vacances?
C’est la question que tout le monde pose, et la réponse actuelle est inconfortable. Radio-Canada indique que <cite index="2-8">le taux d’inoccupation est de 0,7 % dans la région</cite>, et que, pour la ville, <cite index="1-19">les autres résidences pour aînés sont pleines</cite>. Le maire de Val-d’Or, Serge Allard, résume : <cite index="11-27,11-28">il n’y a pas d’endroit où envoyer les gens, et on ne peut pas les envoyer à Montréal</cite>.
Le public n’offre guère d’échappatoire. La Maison des aînés et alternative de Val-d’Or compte <cite index="10-4">48 places en chambre individuelle</cite>, et le délai d’attente pour y entrer peut aller, selon un répertoire de résidences, <cite index="10-6">jusqu’à 24 mois</cite>. Ce chiffre vient d’un site d’annuaire privé et doit être pris avec prudence, mais il illustre l’ordre de grandeur du problème.
Le coût, lui, pèse sur chacun. Le directeur de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) de Val-d’Or, Guylaine Charette, note que <cite index="31-9">même s’il y avait des appartements disponibles, ils seraient extrêmement chers et ces gens n’auraient pas les moyens de se les permettre</cite>. Un résident, Maurice Brault, a confié à Radio-Canada qu’il devrait <cite index="2-29">payer de 400 $ à 500 $ de plus</cite>. Pour plusieurs, rappelle le Regroupement des partenaires communautaires pour les aînés, la résidence est <cite index="13-10">leur dernier chez-soi</cite>.
Le projet d’Accès Patrimmo, seule piste réaliste
La solution la plus avancée repose sur l’organisme à but non lucratif Accès Patrimmo. Selon TVA Abitibi-Témiscamingue, il <cite index="27-5">souhaite transformer son projet initial de 110 logements, à l’intersection de la rue Giguère et du boulevard Forest, pour y accueillir les résidents autonomes et non autonomes du Domaine des Pionniers</cite>. Ce n’est pas un parfait inconnu du paysage : l’organisme <cite index="36-5">a commencé la construction d’un premier projet de 78 logements abordables sur ce même terrain</cite>. Le secteur a d’ailleurs reçu en juillet un appui des deux paliers de gouvernement. Mon Abitibi rapportait alors que pour le projet de la rue Giguère, <cite index="38-7,38-8">le fédéral offre 24,51 M$ par le Fonds pour le logement abordable et la SHQ 10 M$, Accès Patrimmo ajoutant 1,10 M$</cite>. Mais ce financement visait des logements abordables, pas une résidence pour aînés dont une partie des occupants a besoin de soutien.
C’est là que le dossier se complique. Le projet doit être adapté, et <cite index="34-6">son financement demeure incertain, indique la directrice générale, Lily-Katryne Comtois</cite>. L’organisme évalue, selon MédiAT, <cite index="35-11">le coût de 170 logements de type trois et demie entre 9 M$ et 17 M$</cite>, une fourchette large qui traduit l’incertitude sur la formule retenue. Le préfabriqué ou l’acier léger préfabriqué pourrait accélérer le chantier, estime Mme Comtois, mais il faut au moins <cite index="2-34">un financement intermédiaire pour débuter la construction</cite>. Les travaux devaient commencer le 21 septembre, avait-elle expliqué à Radio-Canada, pour terminer les fondations avant les Fêtes. Cette date est passée.
La SHQ, l’administration provisoire et Santé Québec <cite index="4-9">analysent différentes solutions pour reloger les occupants</cite>, tout en poursuivant <cite index="4-10">les démarches auprès de Maisons Canada</cite>. Mme Comtois affirme qu’<cite index="36-2">depuis environ trois mois, l’organisme évalue chaque semaine des scénarios avec la SHQ, Maisons Canada et l’administration provisoire</cite>. Le nouveau député d’Abitibi-Est, Stéphane Tremblay, assure de son côté être déjà au travail, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’<cite index="7-8">un dossier qui traîne depuis deux ou trois ans</cite>.
Une mise en garde s’impose : la gouvernance d’Accès Patrimmo avait elle-même soulevé des questions par le passé. Radio-Canada rapportait en 2025 que, selon l’ALOCAT, <cite index="39-14">il y avait apparence de conflit d’intérêts puisque l’organisme partageait son adresse avec l’entrepreneur, PBK Construction</cite>. Rien dans les articles consultés ne relie cette question au présent dossier, mais elle rappelle que le moindre montage public devra être transparent.
Une course contre la montre, et des voix qui s’élèvent
Pour la CSN, l’échéancier est irréaliste. Félix-Antoine Lafleur juge <cite index="31-6,31-7">peut-être utopique de penser qu’un nouveau bâtiment sera construit en 12 mois</cite>. Le syndicat réclame un engagement ferme à garder les résidents dans la région, un plan d’action et des mesures pour retenir les travailleurs, dont l’avenir est tout aussi incertain.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a de son côté demandé au premier ministre de <cite index="31-13">confirmer les sommes nécessaires sans attendre le financement fédéral, d’ici la fin novembre</cite>. Le maire Allard, lui, est direct : <cite index="32-11,32-12">le temps joue contre nous, et il devra y avoir des pressions politiques</cite>.
Le Réseau québécois des OSBL d’habitation tire une leçon plus large du cas. Selon Radio-Canada, il y voit autant <cite index="23-1">un manque de suivi dans l’entretien des infrastructures que l’incapacité du gouvernement à réagir en cas de crise</cite>. Radio-Canada ajoute que, interrogé sur le dossier, <cite index="23-7">le gouvernement n’a pas souhaité réagir</cite> au moment de la publication du premier reportage. Depuis, le discours officiel s’est précisé, mais sans engagement chiffré.
Ce qu’il faut surveiller
Trois choses détermineront l’issue du dossier dans les prochaines semaines.
- Le financement. Tant que Québec et Ottawa n’ont pas confirmé leur contribution au projet d’Accès Patrimmo, aucune pelletée de terre n’est possible, et l’hiver réduit déjà la fenêtre de construction.
- Le plan B. Si le chantier ne démarre pas à temps, il faudra un scénario de relogement graduel, en tenant compte des résidents autonomes comme de ceux qui ont besoin de soins. Santé Québec reconnaît qu’il est impossible, pour l’instant, de statuer sur le sort de ces personnes dans un an.
- La transparence. Résidents, familles, employés et syndicat réclament de l’information. Un climat déjà abîmé par les événements de l’été ne se rétablira pas sans communication claire sur l’état réel du bâtiment et sur le calendrier.
Pour les 108 aînés, la question n’est pas abstraite. Plusieurs affirment ne pas se préoccuper de l’état des murs et veulent d’abord rester chez eux. Dans une ville où l’on compte peu de logements libres et encore moins de places adaptées, le compte à rebours est lancé, et il court plus vite que les échéanciers de financement.
