Montérégie

Hasbro quittera le parc industriel de Longueuil : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore encore

Selon le Journal de Montréal, le fabricant de jouets Hasbro prévoit quitter ses installations de Longueuil. Plusieurs questions demeurent sans réponse, au moment où la Rive-Sud tourne aussi la page d'une campagne électorale.

Hasbro quittera le parc industriel de Longueuil : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore encore

Une nouvelle économique est tombée en marge d'une semaine politique chargée sur la Rive-Sud : le fabricant de jouets Hasbro prévoit quitter ses installations du parc industriel de Longueuil. L'information, rapportée lundi par le Journal de Montréal et reprise par FM 103,3, a de quoi inquiéter une agglomération qui compte sur ses parcs industriels pour maintenir un tissu d'emplois diversifié. Mais, à ce stade, les faits publiquement établis restent minces, et il importe de le dire clairement.

Ce que rapportent les médias

Selon FM 103,3, qui cite le Journal de Montréal, Hasbro « prévoit quitter ses installations du parc industriel » de Longueuil. Le texte repris par la station radiophonique est tronqué dans le fil dont nous disposons : nous n'avons donc pas accès, au moment d'écrire ces lignes, aux éléments qui permettraient de mesurer l'ampleur du dossier.

Ces éléments sont pourtant déterminants : à quelle échéance le départ est-il prévu? Combien d'employés sont touchés, et s'agit-il d'un déménagement vers un autre site ou d'une réorganisation plus large? Les activités de distribution, d'entreposage ou de bureau sont-elles toutes concernées? Quelle serait la destination de ces activités? Ni FM 103,3 ni les extraits du Journal de Montréal que nous avons pu consulter ne répondent à ces questions. Nous préférons ne pas combler ces vides par des suppositions.

Pourquoi ce dossier compte pour Longueuil

Même sans chiffres précis, la portée potentielle de l'annonce se comprend par ce que représente un grand locataire industriel pour une ville. Un départ de cette nature touche d'abord les travailleurs et leurs familles. Il touche ensuite la valeur et l'occupation des bâtiments, puis les revenus de taxation foncière non résidentielle, qui contribuent aux finances municipales. Il pose enfin la question de la relève : qui occupera les espaces libérés, et à quelles conditions?

Le marché de l'immobilier industriel et logistique de la grande région de Montréal est réputé tendu depuis plusieurs années, en raison de la demande liée au commerce en ligne et à la distribution. Si ce contexte se confirme pour Longueuil, de grandes surfaces libérées pourraient trouver preneur. Nous n'avons toutefois pas de données officielles récentes sur le taux d'inoccupation dans ce parc industriel précis, et nous ne les avancerons pas sans source.

Une autre inconnue tient au cadre de la décision. Les grandes entreprises multinationales prennent souvent ce type de décision dans le cadre de plans de restructuration de leurs chaînes d'approvisionnement, dont les motifs relèvent de la stratégie d'entreprise plutôt que du site lui-même. Rien dans les informations dont nous disposons ne permet d'attribuer le départ de Hasbro à un facteur local particulier, qu'il s'agisse de coûts, de taxes, de main-d'œuvre ou de logistique. Il serait trompeur de laisser entendre le contraire.

Une nouvelle dans une semaine dominée par le scrutin

Le moment de l'annonce est à signaler. La Montérégie sort d'une soirée électorale qui a redessiné la carte politique de la Rive-Sud. Selon FM 103,3, le Parti Québécois a repris Marie-Victorin et Verchères, ainsi que Taillon, où Sandra Hernández a été élue avec 31,98 % des voix. Le même média indique que le PQ a délogé la Coalition Avenir Québec dans Borduas et Chambly, où l'ancien ministre de la Langue française Jean-François Roberge, qualifié par TVA Nouvelles de l'un des derniers vétérans de la CAQ, a été battu. Dans La Pinière, le Parti libéral a conservé son siège avec 50,34 % des voix, selon FM 103,3, et il est aussi devenu porteur des dossiers de La Prairie, au terme d'une lutte serrée avec le candidat péquiste Frédéric Côté.

Cette recomposition a une conséquence pratique pour le dossier Hasbro : les dossiers économiques régionaux changent de mains. Les nouveaux élus de la Rive-Sud devront composer avec des enjeux de maintien d'emplois et de développement industriel sans avoir, pour la plupart, de lien préexistant avec les décideurs concernés. Les élus municipaux de Longueuil demeurent, eux, les interlocuteurs de première ligne, notamment par l'entremise des organismes de développement économique de l'agglomération.

Il faut toutefois éviter de confondre deux ordres de choses. Rien n'indique que le résultat électoral ait un lien avec la décision de Hasbro, et rien ne permet d'affirmer que la décision de l'entreprise relève d'un enjeu de politique provinciale. Les deux nouvelles se croisent dans le calendrier, pas dans la causalité.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs éléments permettront de juger de la portée réelle du dossier dans les prochaines semaines.

La confirmation officielle. Hasbro n'a pas, à notre connaissance, publié de communiqué détaillé accessible au public sur ce départ. Une déclaration de l'entreprise, ou une confirmation de la Ville de Longueuil, permettrait de fixer les faits : calendrier, nombre de postes, plan pour les employés.

Le sort des travailleurs. C'est la question la plus sensible. Les modalités de départ, les offres de reclassement ou de transfert, le cas échéant, et l'accompagnement par les services d'emploi de la région détermineront l'effet concret sur les ménages touchés.

L'avenir du site. La réaffectation des bâtiments, qu'elle prenne la forme d'une relocation à un autre occupant industriel ou d'une transformation, dira si ce départ laisse une friche durable ou un simple changement de locataire.

Le message envoyé aux autres entreprises. Un départ isolé n'est pas une tendance. Si d'autres fermetures ou relocalisations étaient annoncées dans le même parc industriel ou dans des secteurs voisins, le portrait changerait. Pour l'instant, rien dans notre documentation ne permet de parler de phénomène.

Faire le point

L'essentiel tient en peu de mots : un grand nom du jouet prévoirait de quitter Longueuil, selon un reportage du Journal de Montréal repris par FM 103,3. C'est un fait qui mérite d'être suivi de près, car il touche des emplois et un parc industriel qui compte dans l'économie de la Rive-Sud. Mais l'honnêteté commande de reconnaître que les détails permettant d'en évaluer l'impact, soit l'échéance, le nombre d'employés touchés et les motifs, ne figurent pas dans les éléments que nous avons pu recouper.

Nous reviendrons sur le dossier dès que des données vérifiables seront disponibles auprès de l'entreprise, de la Ville de Longueuil ou des organismes de développement économique concernés.