Hong Kong pourrait relever une fois de plus sa prévision de croissance pour 2026. Le secrétaire aux Finances, Paul Chan, a déclaré samedi que l'économie de la ville s'oriente vers sa meilleure performance annuelle en cinq ans, selon le South China Morning Post. L'expansion a atteint 5,1 % au premier semestre, portée par la vigueur des exportations, et la fourchette officielle pour l'ensemble de l'année a déjà été rehaussée à 3,5 %-4,5 %. M. Chan laisse entendre qu'une nouvelle révision est possible.
Ce que dit le grand argentier
Le chiffre de 5,1 % pour le premier semestre est nettement supérieur à la borne haute de la prévision annuelle. Cet écart s'explique de deux façons. D'abord, le rythme d'expansion devrait mécaniquement ralentir au second semestre, la comparaison avec 2025 devenant moins favorable. Ensuite, les autorités cultivent traditionnellement la prudence : la fourchette est ajustée par paliers, au fil des publications trimestrielles, plutôt que d'un seul coup.
Le message de Paul Chan est donc double. Il signale que la reprise est plus solide que prévu au départ, et il prépare le terrain à un possible rehaussement lors de la prochaine mise à jour officielle. Il ne s'agit pas d'une annonce chiffrée : l'expression « pourrait revoir à la hausse » reste conditionnelle, et c'est le département des statistiques et le gouvernement qui trancheront lorsque les données du troisième trimestre seront connues.
Une croissance tirée par le commerce
Au cœur de cette performance se trouve la vigueur des exportations, que le South China Morning Post cite comme principal moteur du premier semestre. Hong Kong est une économie extrêmement ouverte : son commerce de biens et de services, largement en transit avec la Chine continentale, pèse plusieurs fois son PIB. Lorsque les échanges mondiaux s'animent, la ville en profite par ses ports, son aéroport, ses services logistiques, financiers et d'assurance.
Cette dépendance est à la fois la force et la faiblesse du modèle. La force, parce qu'un rebond du commerce se traduit rapidement en revenus pour tout un écosystème d'intermédiaires. La faiblesse, parce que la ville subit de plein fouet les tensions commerciales, les décisions tarifaires des grandes puissances et les variations de la demande mondiale, sur lesquelles elle n'a aucune prise.
Un point mérite d'être précisé : une croissance forte n'équivaut pas à une prospérité également partagée. Les secteurs exposés à l'international, la finance et la logistique en tête, avancent plus vite que le commerce de détail local, encore sensible à la consommation des ménages et aux habitudes de dépenses des résidents, dont une partie traverse la frontière pour faire ses achats à Shenzhen.
Des signaux de consommation et de tourisme
D'autres nouvelles de la journée donnent une idée de l'ambiance. Selon le South China Morning Post, les exploitants de bars et de restaurants du quartier de Lan Kwai Fong s'attendent à des ventes en hausse de plus de 50 % par rapport à l'an dernier pour la soirée du 31 octobre, qui tombe un samedi. Cette hausse conclut le premier « mois de l'Halloween » organisé par l'Office du tourisme de Hong Kong, une campagne qui visait justement à prolonger la saison touristique et à animer la vie nocturne.
Il faut se garder d'y voir un indicateur macroéconomique : une soirée de fête dans un quartier de bars ne mesure ni la consommation nationale ni la santé de l'ensemble du commerce. Mais l'initiative illustre une stratégie assumée des autorités, qui multiplient les événements, festivals et campagnes pour faire revenir les visiteurs et inciter les résidents à dépenser sur place plutôt qu'au-delà de la frontière.
Ce qui pèse sur le tableau
La bonne tenue des chiffres ne doit pas faire oublier plusieurs dossiers qui rappellent les défis de la ville.
Le premier est le logement et l'entretien du parc immobilier. Toujours selon le South China Morning Post, Paul Chan a indiqué samedi que le futur organisme de supervision des travaux de rénovation, le Building Maintenance Support and Services Council, pourrait envisager des subventions plus généreuses pour les propriétaires d'immeubles vieillissants situés dans des quartiers anciens ou comptant une forte proportion de personnes âgées. Cet organisme est conçu pour limiter les pratiques abusives dans le secteur de la rénovation. Le sujet est d'autant plus sensible que le rapport complet sur l'incendie du Wang Fuk Court, à Tai Po, vient d'être publié près d'un an après la tragédie, qui a fait 168 morts. Le chef de l'exécutif, John Lee, a présenté des excuses et annoncé des réformes, et le responsable du logement a démissionné, rapporte le quotidien. La sécurité des bâtiments anciens et la qualité des chantiers de rénovation sont désormais un enjeu de gouvernance autant que d'économie.
Le deuxième est la cybersécurité. L'Autorité hongkongaise des examens et de l'évaluation a indiqué que les données personnelles d'environ 16 900 élèves de Chine continentale, ayant postulé à deux examens internationaux par son intermédiaire, avaient fuité après la compromission de son système d'information. Noms, dates de naissance et adresses courriel sont concernés. L'incident est limité, mais il rappelle que la fonction de plaque tournante de la ville, qui repose sur la confiance dans ses institutions, expose aussi ses infrastructures numériques.
Le troisième est la fraude. Une habitante de 66 ans a perdu 2,7 millions de dollars de Hong Kong (environ 344 000 dollars américains) après un appel d'un faux enquêteur affirmant que son compte bancaire était lié à du blanchiment d'argent. Ces arnaques par téléphone, qui visent particulièrement les personnes âgées, sont devenues une préoccupation récurrente des forces de l'ordre locales.
Le contexte mondial
La trajectoire de Hong Kong se lit aussi à l'aune de ce qui se passe ailleurs. Le Financial Times rapporte cette semaine que les investisseurs restent nerveux à l'approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, et que la victoire inattendue de Lula au Brésil a fait chuter le réal, avec des répercussions sur les prix des produits agricoles de base. Ces secousses rappellent que les marchés mondiaux demeurent sensibles aux échéances politiques, un facteur d'incertitude pour une économie de commerce comme celle de Hong Kong.
Pour la place financière, la question est de savoir si l'embellie commerciale se maintiendra lorsque ces incertitudes se préciseront. Le cadre de la prévision officielle, une fourchette de 3,5 % à 4,5 %, reflète d'ailleurs cette prudence : même si le premier semestre a été excellent, rien ne garantit que le second le sera autant.
Ce qu'il faut retenir
L'annonce de Paul Chan est un signal encourageant, mais elle reste conditionnelle. Trois éléments permettront de juger de sa portée.
Le premier est la publication des chiffres du troisième trimestre, qui dira si l'élan des exportations tient. Le deuxième est la capacité de la demande intérieure, consommation et tourisme, à prendre le relais d'un commerce extérieur par nature volatil. Le troisième est la capacité des autorités à traiter les dossiers de fond que révèlent l'incendie de Tai Po, la fuite de données et la multiplication des fraudes : la confiance dans les institutions est aussi un actif économique.
Pour l'heure, Hong Kong peut se féliciter d'un rebond qui dépasse ses propres attentes. La question n'est plus de savoir si la ville a retrouvé de la vigueur, mais si cette vigueur repose sur des bases assez larges pour durer.
