Les bureaux de vote ont ouvert ce mardi 27 octobre en Israël, pour des élections législatives que plusieurs médias, dont The Guardian, présentent comme les plus déterminantes de l'histoire du pays. Après des années de règne de Benjamin Netanyahou, les électeurs doivent trancher entre la poursuite de son mandat et une alternance que la plupart des sondages jugent désormais possible.
Un scrutin sous haute tension
Selon The Guardian, la majorité des sondages indiquent que la coalition du premier ministre perdrait sa majorité à la Knesset, le Parlement israélien. L'opposition est menée, dans cette course, par Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major de l'armée devenu figure politique. Le South China Morning Post décrit un pays « embourbé dans des guerres non résolues », encore marqué par l'attaque du Hamas de 2023 et profondément divisé sur la nature même de l'État et sur la personne qui doit le diriger.
Le système israélien rend toute lecture hâtive périlleuse. Le pays vote à la proportionnelle intégrale, dans une circonscription unique : les électeurs choisissent une liste, et les sièges de la Knesset, au nombre de 120, sont répartis en conséquence. Aucun parti n'a jamais gouverné seul. Le véritable enjeu n'est donc pas de savoir qui arrive en tête, mais quel bloc parviendra à réunir 61 sièges. Un parti qui échoue de peu à franchir le seuil d'entrée au Parlement peut faire basculer cet équilibre, ce qui explique l'attention portée à chaque point de participation dans les derniers jours.
Une participation record
Selon le Times of India, qui cite les premiers chiffres de la journée, le taux de participation à ce stade est le plus élevé enregistré depuis 1996 à la même heure. Ce signal est ambigu : une forte mobilisation peut traduire autant l'appétit d'alternance que la volonté de défendre la coalition sortante. The Guardian rapporte par ailleurs que des dizaines de milliers d'Israéliens vivant à l'étranger ont fait le voyage pour voter, une particularité du système, puisque le pays n'offre pas de vote par correspondance ouvert à tous les citoyens expatriés.
La tempête qui touche le sud du pays pourrait peser sur cette participation. Le Jerusalem Post signale que la route 40, près de Mitzpe Ramon, a été fermée en raison du risque de crues soudaines dans le Néguev, l'Arava, le désert de Judée et la région de la mer Morte, et appelle le public à rester éloigné des lits de cours d'eau. Dans des localités périphériques où l'accès aux bureaux de vote est déjà plus difficile, les conditions météorologiques pourraient peser sur le taux de participation, avec des effets variables selon les bastions de chaque camp.
Fraude présumée et climat de défiance
La journée s'ouvre aussi dans un climat de méfiance. Le Times of India fait état de signalements de tentatives de fraude et de bulletins manquants. Gadi Eisenkot a averti que d'éventuelles manipulations de scrutin pourraient nuire à l'équité du vote. À ce stade, ces informations relèvent de signalements rapportés par des médias : elles n'ont pas fait l'objet, dans les sources consultées, d'une confirmation officielle de la Commission électorale centrale. Il convient donc de les traiter avec prudence, d'autant que les jours d'élection sont propices aux rumeurs.
Le Jerusalem Post rapporte un autre signalement troublant : des citoyens arabes israéliens affirment avoir reçu un appel les invitant à voter, avec un message enregistré au nom de Sousan Sultan, une fillette dont la sœur, Susan, a été tuée en avril 2025, et dont le père, Ziad, a été assassiné en août 2026. L'utilisation de cette voix à des fins de mobilisation pose des questions éthiques évidentes, que le quotidien relaie sans en établir l'origine. L'épisode rappelle une réalité plus large : la communauté arabe d'Israël, qui représente environ un cinquième de la population, fait face à une vague de violence criminelle et reste un électorat que tous les camps cherchent à mobiliser, ou à décourager de voter.
Washington dans la campagne
La dimension internationale de la campagne est au cœur du scrutin. Selon The Independent, Benjamin Netanyahou a affirmé, à la veille du vote, que le président américain Donald Trump était prêt à aller plus loin contre l'Iran, mais à condition que lui-même reste au pouvoir. Ce message, qui associe directement la sécurité nationale au maintien du premier ministre, est un argument de campagne classique pour un dirigeant qui présente son expérience comme un rempart.
Il n'est toutefois pas certain qu'il suffise. Le même journal rapporte que les marchés de paris anticipent une défaite surprenante du premier ministre, malgré l'appui affiché de Donald Trump. Il faut prendre ces indications pour ce qu'elles sont : des anticipations de marché, souvent volatiles, qui ne remplacent ni les sondages ni les résultats. Les sondages d'opinion, eux, ont déjà été démentis par le passé dans un système où quelques milliers de voix peuvent déplacer un siège.
Ce qui se joue vraiment
Au-delà de la personne du premier ministre, plusieurs questions de fond sont posées aux électeurs. La première est celle de la guerre : le pays est engagé dans des conflits que le South China Morning Post qualifie de non résolus, et la conduite des opérations comme la question des otages et de l'après-guerre divisent profondément l'opinion. La deuxième est institutionnelle : le débat sur le rôle de la Cour suprême, sur l'équilibre des pouvoirs et sur la nature de l'État, juif et démocratique, a fracturé la société israélienne bien avant l'attaque de 2023. La troisième touche aux relations avec les États-Unis, allié indispensable dont l'appui, militaire comme diplomatique, est un thème central de chaque camp.
C'est cette convergence qui pousse The Guardian à parler du scrutin le plus déterminant de l'histoire du pays, une formule forte qu'il faut relativiser : chaque élection israélienne récente a été présentée en des termes comparables. Mais le contexte, celui d'une guerre longue, d'un dirigeant au pouvoir depuis des années et d'une participation inhabituelle, donne à cette formule une portée réelle.
Et maintenant
Les bureaux fermeront en soirée, et les premières projections des chaînes de télévision suivront aussitôt. Mais la soirée électorale ne dira pas qui gouvernera. Le résultat officiel prendra plusieurs jours, et c'est ensuite le président de l'État qui chargera le candidat le mieux placé pour former une coalition de tenter de réunir 61 sièges. Les négociations qui suivent durent souvent des semaines, et peuvent échouer, comme l'ont montré les cycles électoraux à répétition des dernières années.
Une défaite de la coalition sortante ne signifierait donc pas automatiquement une alternance rapide, pas plus qu'une victoire ne garantirait la stabilité. Ce qui est certain, c'est que le résultat dictera la manière dont Israël poursuivra ses guerres, tiendra ses engagements avec Washington et tranchera ses débats internes. Les prochains jours, voire les prochaines semaines, diront si les Israéliens ont choisi de tourner la page ou de prolonger un règne que même ses partisans décrivent comme historique.
