Le résultat est net, presque brutal par sa symétrie : à Laval, les six circonscriptions ont élu une députée ou un député libéral lors du scrutin du 5 octobre. Pourtant, ce n'est pas le Parti libéral du Québec (PLQ) qui formera le prochain gouvernement. Selon L'Écho de Laval, les électeurs québécois ont plutôt porté au pouvoir un gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ). Laval, troisième ville du Québec par sa population, se retrouve donc avec une représentation entièrement rouge dans une Assemblée nationale où le PLQ occupera, selon le Courrier Laval, le rôle d'opposition officielle.
Une rafle sans partage
Média Laval le résume ainsi : Caroline De Guire, Marie-Claude Fournier, Madeleine Féquière, Virginie Dufour, Cécile Tremblay et Louis Ialenti ont été élus sous la bannière libérale dans les six circonscriptions lavalloises. Le Courrier Laval avait d'ailleurs rapporté, dès l'ouverture des bureaux de vote, la prédiction d'« une rafle libérale » formulée par l'ancien député de Vimont-Auteuil Jean Rousselle, qui a représenté la circonscription pendant trois mandats, de 2012 à 2022.
Le portrait détaillé, circonscription par circonscription, montre toutefois des victoires de natures très différentes.
- Laval-des-Rapides : Caroline De Guire, ex-PDG de la Chambre de commerce et d'industrie de Laval, a obtenu 12 034 votes, soit 36,4 % des suffrages, devançant la péquiste Fatima Aboubakr (22,7 %), selon le Courrier Laval.
- Sainte-Rose : la Dre Cécile Tremblay a récolté 14 013 votes. Le ministre régional sortant, Christopher Skeete, a terminé quatrième, rapporte le même média.
- Fabre : Marie Claude Fournier, qui a dirigé l'Association de la construction du Québec (ACQ) Laval-Laurentides pendant 15 ans, l'a emporté « haut la main », avec environ 6 000 voix d'avance sur la péquiste Catherine Dansereau-Redhead au moment où 80 % des urnes étaient dépouillées. Elle succède à la caquiste Alice Abou-Khalil.
- Chomedey : Madeleine Féquière a obtenu 45,8 % des votes dépouillés dans 72 % des boîtes un peu avant 22 h, devançant le conservateur Leon Der Stepanian d'environ 5 400 voix. Elle succède à la députée indépendante sortante Sona Lakhoyan Olivier.
- Mille-Îles : la libérale sortante Virginie Dufour décroche un deuxième mandat, avec une avance d'environ 5 000 voix sur le péquiste Mathieu Trottier-Kavanagh au moment où le Courrier Laval l'a constaté.
- Vimont-Auteuil : Louis Ialenti a délogé la caquiste sortante Valérie Schmaltz, distancée de plus de 9 200 voix. Il a doublé les suffrages du péquiste Amin Ouazragh-Marchand, deuxième avec quelque 6 600 voix.
On notera que, dans ces circonscriptions, le principal adversaire des libéraux n'est pas le même d'un endroit à l'autre : le PQ domine la deuxième place dans plusieurs d'entre elles, tandis que le Parti conservateur du Québec s'impose comme deuxième force à Chomedey.
L'effondrement de la CAQ
Si la vague rouge est le fait saillant lavallois, l'autre moitié de l'histoire est l'effondrement de la Coalition avenir Québec. Le Courrier Laval écrit que la CAQ a été « littéralement balayée de la carte du Québec » et rappelle qu'il y a quatre ans, la formation avait fait élire 90 députés dans l'ensemble de la province. Le même média souligne qu'elle risque d'être complètement écartée de l'Assemblée nationale.
À Laval, cela se traduit par la perte des sièges que le parti détenait. Le cas le plus symbolique est celui de Sainte-Rose, où le ministre régional sortant, Christopher Skeete, a terminé en quatrième position. Les candidats caquistes lavallois « ne s'en cachent pas », écrit le Courrier Laval : la soirée a été difficile et il faudra beaucoup de temps pour s'en remettre.
Dans Vimont-Auteuil, la députée sortante Valérie Schmaltz se trouvait, alors qu'il restait quatre boîtes à dépouiller, troisième ex aequo avec le candidat conservateur Mackenley Raphael. Pour un parti qui avait fait de Laval un terrain de conquête en 2018 et en 2022, la chute est spectaculaire.
Un vote lavallois à contre-courant… ou presque
Le constat le plus intéressant est peut-être celui-ci : Laval a voté libéral, mais le Québec a, dans l'ensemble, voté péquiste. Le Courrier Laval en fait lui-même le titre d'un reportage : « Laval est rouge, mais les péquistes célèbrent la victoire de leur parti ». Les militants péquistes de la région, selon le même média, étaient enchantés que leur formation prenne le pouvoir, l'un d'eux affirmant : « Ce soir, c'est une victoire du Parti québécois, en fait ».
Cette dissociation entre le vote local et le résultat national s'explique en partie par la géographie électorale de la ville. Laval compte une forte population issue de l'immigration, notamment à Chomedey, longtemps un bastion libéral, où la logique de vote diffère de celle de bien des régions francophones. Le fait que le Parti conservateur du Québec ait terminé deuxième à Chomedey, selon le Courrier Laval, témoigne aussi d'un électorat dont les choix ne se superposent pas à la dynamique PQ-CAQ qui structure le reste de la province. Il reste que cette lecture est une hypothèse : les médias consultés rapportent les résultats, sans proposer d'analyse sociologique détaillée du vote lavallois.
Deux éléments factuels nuancent toutefois l'idée d'un Laval « fermé » au PQ. D'abord, le parti arrive deuxième dans plusieurs circonscriptions, dont Laval-des-Rapides, Fabre, Mille-Îles et Vimont-Auteuil. Ensuite, des militants péquistes étaient réunis dans les locaux de l'OBNL AVC-Aphasie Laval, à Fabreville, dans une ambiance qualifiée d'« optimiste prudent » par le Courrier Laval, signe d'une organisation locale bien présente même sans victoire de circonscription.
Des visages venus de la société civile
Le profil des élus libéraux mérite aussi qu'on s'y arrête. Caroline De Guire dirigeait la Chambre de commerce et d'industrie de Laval, Marie Claude Fournier était à la tête de l'ACQ Laval-Laurentides depuis 15 ans, Cécile Tremblay est médecin. Ces élus arrivent avec un réseau économique ou professionnel local, un atout dans une ville dont le tissu économique est dense et diversifié. Louis Ialenti reprend quant à lui Vimont-Auteuil, circonscription que Jean Rousselle avait représentée pendant une décennie avant la vague caquiste de 2022 : le Courrier Laval parle d'un retour de la circonscription aux libéraux.
Le Courrier Laval note aussi que, dans un restaurant sportif de l'ouest montréalais, environ 250 partisans libéraux ont acclamé chaque victoire de leur camp au point de laisser croire que le gouvernement leur reviendrait, alors que le parti hérite du statut d'opposition officielle. Cette « deuxième place à saveur de victoires », pour reprendre le titre du média, résume bien la situation : les libéraux de Laval gagnent tout, mais dans un Parlement où ils ne gouvernent pas.
Une mobilisation qui s'annonçait forte
Le taux de participation final à Laval n'est pas détaillé dans les sources consultées. On dispose en revanche d'un indice sur la mobilisation : selon le Courrier Laval, 70 734 Lavallois avaient déjà voté avant l'ouverture des bureaux, le jour du scrutin, ce qui représente 21,6 % des 327 975 électeurs inscrits. Ce chiffre tient compte du vote par anticipation, qui s'est étalé sur deux journées, et d'autres modes de vote devancé. Il s'agit d'un taux partiel, qui ne dit pas combien d'électeurs se sont ensuite rendus aux urnes, mais il montre qu'une part importante de l'électorat avait déjà fait son choix avant le jour J.
Ce qui change pour Laval
Le maire de Laval, Stéphane Boyer, a félicité le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon sur les réseaux sociaux, relève le Courrier Laval, et a dit avoir « très hâte de travailler avec son équipe ». Le message est intéressant : il s'adresse au parti qui gouvernera, non à celui dont les élus siégeront pour la ville. Laval se retrouve ainsi avec six députés dans l'opposition officielle et un gouvernement dont aucun membre n'est issu de la région, du moins à la lumière des résultats rapportés.
Concrètement, cela change la nature de la relation entre la ville et Québec. Sous le précédent gouvernement, la région comptait un ministre régional, Christopher Skeete, désormais défait. Avec un gouvernement minoritaire péquiste, les députés lavallois n'auront pas de siège au Conseil des ministres, mais le caractère minoritaire du pouvoir leur donne, comme à tout élu de l'opposition, une marge de manœuvre accrue sur les votes et les amendements. Reste à voir quelles priorités lavalloises, des transports collectifs à la santé, parviendront à s'imposer dans les négociations parlementaires. Aucune des sources consultées ne détaille encore le programme du gouvernement sur ces dossiers : il faudra attendre les premières annonces pour mesurer l'écart entre la promesse électorale et la réalité du pouvoir.
Une chose est certaine : Laval a envoyé un message clair, par le nombre et par l'unanimité. Les prochaines semaines diront si ce message, émis dans un Parlement dont les équilibres lui échappent, pèsera sur les décisions à venir.
