Politique

Le PQ désamorce la question référendaire et mise sur l'appétit de changement en région

À une dizaine de jours du scrutin, Paul St-Pierre Plamondon présente le vote comme un choix entre la CAQ et le changement. Selon Jean-Marc Léger, la région de Québec déterminera si le gouvernement sera majoritaire.

Le PQ désamorce la question référendaire et mise sur l'appétit de changement en région

À moins de deux semaines du scrutin du 5 octobre, le Parti québécois (PQ) a choisi de fixer lui-même les termes de la dernière ligne droite. Au 29e jour de la campagne, Paul St-Pierre Plamondon a rejeté l'idée que ce vote soit une « élection référendaire ». Selon ses propos rapportés par Radio-Canada, la vraie question est plutôt : « est-ce qu'on continue avec la CAQ ou on veut du changement? » Le même jour, le sondeur Jean-Marc Léger livrait au Nouvelliste une lecture régionale de la course : les régions appuient le PQ davantage que la moyenne nationale, et « c'est la région de Québec qui va décider si c'est minoritaire ou majoritaire ».

Les deux éléments s'éclairent mutuellement. Le recadrage du chef péquiste n'est pas qu'une formule de fin de campagne. Il correspond à une géographie électorale précise, celle d'un électorat régional et de la capitale qui peut faire basculer le résultat, mais qui ne partage pas forcément l'objectif souverainiste.

Un changement de vocabulaire, pas de programme

Soyons précis sur ce que Paul St-Pierre Plamondon a dit, et sur ce qu'il n'a pas dit. Rien dans les déclarations rapportées n'indique un abandon de l'engagement référendaire que le PQ défend depuis plusieurs années. Le chef péquiste change plutôt la hiérarchie des enjeux : dans son discours, la souveraineté cesse d'être la question de l'élection et devient un projet dont on débattra plus tard, par une autre consultation.

La nuance compte. En présentant le scrutin comme une élection sur la continuité ou le changement, le PQ tente de séparer deux décisions que ses adversaires cherchent à fusionner : choisir un gouvernement et se prononcer sur l'avenir constitutionnel. Pour un parti dont l'option fondatrice divise l'électorat, cette séparation est une condition pour élargir sa coalition au-delà des convaincus.

L'argument vise aussi à neutraliser une stratégie adverse. Depuis le début de la campagne, les partis fédéralistes ont intérêt à transformer tout vote péquiste en vote sur un troisième référendum, après ceux de 1980 et de 1995. En répondant par la formule « la CAQ ou le changement », Paul St-Pierre Plamondon ramène le débat sur le bilan du gouvernement sortant, terrain qu'il juge plus favorable.

Une campagne contre un bilan, plus que contre une personne

Le cadrage choisi est révélateur. Le PQ ne s'oppose pas d'abord aux libéraux ou aux conservateurs : il se pose comme l'alternative à la Coalition avenir Québec, au pouvoir depuis 2018. La première ministre sortante, Christine Fréchette, fait campagne sur le terrain, comme l'illustre la chronique du Nouvelliste qui la suit dans un brunch partisan à Champlain, au lendemain du débat. Mais le parti qu'elle dirige porte l'usure de deux mandats.

Cette usure se lit dans la couverture régionale. Lors d'un débat régional à Chicoutimi, analysé à l'émission Place publique de Radio-Canada, l'ex-député fédéral Richard Hébert et l'ex-conseillère politique Denise Turcotte ont estimé que le candidat caquiste Yannick Gagnon s'en était bien tiré, « malgré la pression qui pèse sur son parti ». La formule résume le climat : la CAQ est sur la défensive dans plusieurs régions, et le PQ veut que l'électeur choisisse en fonction de ce constat plutôt que de la question nationale.

La carte régionale selon Jean-Marc Léger

C'est là que la lecture de Jean-Marc Léger prend tout son sens. Le sondeur, cité par Le Nouvelliste à une dizaine de jours du vote, décrit des régions qui appuient le PQ davantage que la moyenne nationale et qui risquent donc de « couronner le grand gagnant ». Dans un système uninominal à un tour, où chaque circonscription élit un seul député, un parti qui domine dans de nombreuses circonscriptions hors des grands centres peut convertir un avantage modeste dans les intentions de vote en une large prime en sièges.

Mais le sondeur ajoute une nuance essentielle : la victoire ne suffit pas, encore faut-il savoir de quelle ampleur. Selon lui, c'est la région de Québec qui tranchera entre un gouvernement minoritaire et un gouvernement majoritaire, fixé à 63 sièges sur 125 à l'Assemblée nationale. La capitale et ses environs forment depuis longtemps un terrain à part. Ils ont porté la CAQ en 2018 et en 2022, et offrent aussi un espace au Parti conservateur du Québec. Le PQ y a toutefois remporté la partielle de Jean-Talon, en 2023, un premier signe de percée.

La région de Québec illustre bien l'électorat pivot. On y trouve des électeurs sensibles au discours de changement, parfois déçus du gouvernement sortant, mais peu enclins à voter pour un projet de rupture constitutionnelle à court terme. Le reportage de Radio-Canada qui a demandé à cinq candidats de Taschereau de convaincre les électeurs le temps d'une montée en ascenseur donne une idée de la concurrence dans la capitale, où chaque parti cherche un message court et rassembleur.

Rassurer sans renier

Croisées, ces deux lectures dessinent la logique de fin de campagne du PQ. Si les régions lui sont déjà favorables, le gain marginal se trouve chez les électeurs qui hésitent encore, notamment dans la région de Québec. Or, pour ces électeurs, la perspective référendaire est davantage un frein qu'un moteur. Désamorcer la question, c'est retirer l'obstacle principal entre un électeur mécontent de la CAQ et un vote péquiste.

Le pari comporte des risques. En minimisant la souveraineté, le PQ s'expose au reproche d'ambiguïté, que ses adversaires ne manqueront pas de formuler. Il doit aussi ménager sa base militante, pour qui l'élection d'un gouvernement péquiste n'a de sens que dans la perspective d'un référendum. Toute la difficulté consiste à rassurer les uns sans décourager les autres, ce que Paul St-Pierre Plamondon tente de faire en répétant qu'un gouvernement et un référendum sont deux décisions distinctes, prises à deux moments différents.

Les volte-face ne sont pas l'apanage du PQ en fin de campagne. Le Devoir consacre ainsi un portrait au candidat conservateur Guillaume Langlois, qui a changé d'avis sur l'exploitation du gaz de schiste. Mais dans le cas péquiste, il ne s'agit pas d'un revirement de position : c'est un choix de mise en récit, qui laisse l'engagement intact tout en le reléguant à l'arrière-plan.

Un dilemme connu des mouvements indépendantistes

Le dilemme n'est pas propre au Québec. En Écosse, le Scottish National Party a longtemps hésité entre deux lignes : faire d'une élection un « référendum de facto » sur l'indépendance, comme l'avait envisagé Nicola Sturgeon en 2022, ou présenter ses campagnes comme un choix de gouvernance. Après le départ de Nicola Sturgeon en 2023, le parti a pris ses distances avec l'idée du référendum de facto. Le parallèle a ses limites, puisque les cadres constitutionnels diffèrent, mais il montre une tension commune : un parti indépendantiste doit convaincre des électeurs qui veulent d'abord un bon gouvernement.

Ce qui reste à trancher

Le recadrage de Paul St-Pierre Plamondon repose sur une lecture cohérente de la carte. Des régions déjà réceptives, une capitale qui décidera de l'ampleur du résultat et un gouvernement sortant sur la défensive. Reste à savoir si les électeurs accepteront de dissocier le vote du 5 octobre de la question nationale, ou si les adversaires du PQ réussiront à imposer le thème référendaire d'ici le vote par anticipation.

Pour les électeurs qui s'interrogent sur les modalités du scrutin, Éducaloi rappelle les conditions pour voter et les consignes de base à respecter le jour du vote. Le verdict tombera le 5 octobre, et la région de Québec, selon Jean-Marc Léger, en fixera l'ampleur.