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Mortinatalité : la Fondation Gates et Wellcome Leap misent 100 millions de dollars sur l'innovation

Près de deux millions de bébés naissent sans vie chaque année, dont environ la moitié en Afrique subsaharienne. Un nouveau programme, Uzima, vise à réduire ces taux de moitié dans certains pays.

Mortinatalité : la Fondation Gates et Wellcome Leap misent 100 millions de dollars sur l'innovation

Une naissance sur laquelle on ne parle presque jamais. La mortinatalité, c'est-à-dire la naissance d'un enfant sans vie à un stade avancé de la grossesse, touche des familles partout sur la planète, mais elle demeure l'un des angles morts de la santé mondiale. Selon le communiqué relayé par le Financial Post, près de deux millions de bébés naissent ainsi sans vie chaque année, et près de la moitié de ces drames surviennent en Afrique subsaharienne. C'est dans ce contexte que la Fondation Gates et Wellcome Leap ont annoncé un engagement conjoint de 100 millions de dollars pour tenter d'infléchir la courbe.

Ce qui a été annoncé

Selon le communiqué diffusé par le Financial Post, le nouvel investissement servira à faire progresser des innovations susceptibles de réduire de moitié les taux de mortinatalité dans certains pays ciblés. Le véhicule de cet effort est un programme baptisé Uzima. L'engagement est dit « conjoint » : la Fondation Gates, l'un des plus gros bailleurs privés de la santé mondiale, s'associe à Wellcome Leap, une organisation à but non lucratif qui finance des projets à haut risque et à fort potentiel dans le domaine de la santé.

Le texte accessible dans le fil que nous avons consulté est tronqué : il indique que l'engagement « débutera » à une date que nous ne sommes pas en mesure de préciser ici. De même, nous ne disposons pas, à ce stade, de la liste des pays retenus, de la répartition exacte des fonds entre les deux partenaires, ni du calendrier détaillé du programme. Nous préférons le signaler plutôt que de combler ces vides par des suppositions.

Un fardeau très inégalement réparti

Le constat de départ est celui d'une injustice géographique. Si la mortinatalité frappe partout, son poids ne se partage pas équitablement : environ la moitié des cas se concentrent dans une seule région du monde, l'Afrique subsaharienne. Cette concentration reflète, de manière générale, des écarts d'accès aux soins prénataux, à la surveillance de la grossesse, à l'accouchement assisté par du personnel qualifié et aux soins d'urgence en cas de complication.

La mortinatalité a longtemps été moins visible que d'autres indicateurs de santé maternelle et infantile. Un enfant mort-né n'a souvent pas d'acte de naissance ni, dans bien des systèmes, d'enregistrement fiable, ce qui rend les données plus incertaines et la mobilisation politique plus difficile. Les chiffres cités par les deux organisations, de l'ordre de deux millions par an, sont des estimations à l'échelle mondiale et doivent se lire comme tels.

L'innovation plutôt que le simple financement de services

La formulation retenue dans l'annonce est révélatrice : l'argent doit servir à « faire progresser des innovations ». Il ne s'agit donc pas, du moins dans la présentation officielle, de simplement financer davantage de services existants, mais de soutenir des approches nouvelles ou insuffisamment éprouvées. C'est cohérent avec l'ADN de Wellcome Leap, qui se présente comme un bailleur de programmes ambitieux, assortis d'objectifs mesurables et de délais serrés, plutôt que comme un financeur de recherche classique.

L'objectif affiché, réduire de moitié les taux de mortinatalité dans certains pays, est volontairement chiffré. Cette logique de cible précise sert à la fois de boussole et de test : à l'échéance, on pourra juger si les innovations soutenues ont réellement fait bouger les indicateurs. Elle comporte aussi un risque, que tout programme à objectif quantifié connaît : celui de promettre plus que ce que les systèmes de santé locaux, souvent fragiles, peuvent absorber.

Pourquoi un tel engagement compte

Plusieurs lectures s'imposent. D'abord, le montant. Cent millions de dollars représentent une somme considérable pour un enjeu longtemps négligé, mais elle reste modeste face à l'ampleur du problème si on la rapporte au nombre de naissances concernées et à la taille des systèmes de santé de plusieurs pays. L'effet recherché est donc moins de tout financer que de montrer ce qui fonctionne, afin d'inciter les gouvernements et d'autres bailleurs à prendre le relais.

Ensuite, le signal. Quand deux acteurs de cette envergure placent la mortinatalité au centre d'un programme dédié, ils contribuent à sortir le sujet de l'ombre. Les enjeux de santé mondiale obéissent en partie à des effets de visibilité : ce qui est mesuré, nommé et financé finit par recevoir davantage d'attention.

Enfin, la méthode. Le choix de cibler « certains pays » plutôt que l'ensemble de la planète traduit une stratégie de concentration des ressources, qui permet d'obtenir des résultats démontrables dans un nombre limité de contextes avant, éventuellement, de les étendre.

Ce que l'on ne sait pas encore

Une annonce de financement n'est pas un résultat. Plusieurs questions restent ouvertes, et le communiqué cité ne permet pas d'y répondre : quels pays, quelles innovations précisément, quelle gouvernance, quelle évaluation indépendante, et quel relais prévu une fois les fonds dépensés. L'histoire de la santé mondiale compte des programmes très médiatisés au départ dont les gains se sont érodés faute de financement durable ou d'intégration aux systèmes de soins locaux.

Il faudra aussi observer la place laissée aux acteurs des pays concernés, soignants, chercheurs et ministères de la Santé, dans la conception et la conduite d'Uzima. L'expérience montre que les innovations adoptées durablement sont celles qui sont co-construites avec ceux qui les mettent en œuvre.

À surveiller

Les prochains mois diront si Uzima passe du stade de l'annonce à celui de l'exécution : publication des pays et des projets retenus, définition des indicateurs de suivi, premières données. C'est à ce moment que l'on pourra mesurer si l'ambition de diviser par deux les taux de mortinatalité dans des pays ciblés repose sur des leviers concrets. D'ici là, l'engagement vaut surtout pour ce qu'il affirme : la mortinatalité n'est pas une fatalité, et elle mérite un effort de recherche et de financement à la hauteur de son poids humain.

Note de transparence : cet article repose sur le communiqué relayé par le Financial Post. Les éléments non précisés dans ce texte, notamment la date de début, la liste des pays et la ventilation des fonds, n'ont pas pu être vérifiés et ne sont donc pas avancés.