Abitibi-Témiscamingue

Odeurs près de la Fonderie Horne : ce que révèlent les signalements des 23 et 24 septembre

Le ministère de l'Environnement confirme avoir reçu des signalements d'odeurs près de la Fonderie Horne. La cause et la composition des émanations restent inconnues.

Odeurs près de la Fonderie Horne : ce que révèlent les signalements des 23 et 24 septembre

Des résidents de Rouyn-Noranda ont signalé des odeurs incommodantes dans le secteur de la Fonderie Horne les 23 et 24 septembre. Le ministère de l'Environnement a confirmé à Radio-Canada avoir reçu des signalements ces deux jours-là. Dans une ville où chaque panache de fumée est scruté depuis des années, l'épisode dépasse la simple nuisance. Il ramène à l'avant-plan une question qui ne s'est jamais vraiment refermée : les mécanismes de surveillance suffisent-ils à rassurer ceux qui vivent à l'ombre des cheminées?

Ce qui est confirmé, et ce qui ne l'est pas

Les faits établis sont peu nombreux. Des citoyens se sont dits incommodés par des odeurs près de l'usine de cuivre exploitée par Glencore, en plein centre urbain. Le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a reçu des signalements les 23 et 24 septembre, comme l'a rapporté Radio-Canada.

D'autres éléments demeurent inconnus au moment d'écrire ces lignes. On ignore d'abord la cause précise des odeurs : un incident de procédé, une opération d'entretien, des conditions météorologiques défavorables ou une autre source dans le secteur. On ne sait pas non plus ce que contenaient les émanations ni à quelles concentrations. On ignore enfin si les stations de mesure ont enregistré des valeurs anormales ces jours-là, et si le ministère a constaté un manquement. Tant que ces questions restent sans réponse, il serait hasardeux de conclure à un risque pour la santé, comme de l'écarter.

Ce qu'une odeur peut indiquer

Une odeur ne permet pas, à elle seule, de connaître la composition de l'air, et c'est un point essentiel. Dans le contexte d'une fonderie de cuivre, le suspect habituel d'une odeur âcre et piquante est le dioxyde de soufre (SO2). Ce gaz est libéré lors du traitement des concentrés sulfurés et il est irritant pour les voies respiratoires, en particulier chez les personnes asthmatiques. Il se sent à des concentrations relativement faibles, ce qui en fait souvent le premier signal perçu par les riverains.

L'inverse est tout aussi vrai. Les contaminants qui inquiètent le plus les autorités de santé publique à Rouyn-Noranda, soit l'arsenic, le cadmium et le plomb, voyagent surtout sous forme de fines particules. Ils sont généralement inodores. L'absence d'odeur ne garantit donc pas un air sain, et une odeur forte n'indique pas forcément une hausse de ces métaux. Seules des mesures instrumentales permettent de trancher, ce qui explique pourquoi le traitement des plaintes s'appuie sur les données des stations autant que sur les témoignages.

Comment une plainte est traitée

Au Québec, un citoyen peut signaler une nuisance environnementale au ministère, notamment par le service Urgence-Environnement, accessible en tout temps. Un signalement est d'abord consigné, puis évalué selon sa nature, sa gravité et sa récurrence. Plusieurs plaintes concentrées dans le temps et dans l'espace, comme celles des 23 et 24 septembre, constituent un indice que les inspecteurs prennent généralement en compte.

Le ministère peut ensuite communiquer avec l'exploitant pour savoir si un événement s'est produit. Il peut consulter les données de qualité de l'air et envoyer des inspecteurs sur place. En vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement, il peut aussi exiger des renseignements et des documents, et vérifier le respect des conditions de l'autorisation ministérielle. S'il constate un manquement, il dispose d'une gradation de moyens : avis de non-conformité, sanctions administratives pécuniaires, poursuites pénales et, dans les cas graves, ordonnances pouvant imposer des correctifs.

Une plainte ne mène toutefois pas automatiquement à une sanction. Une odeur incommodante peut survenir sans qu'aucune norme ne soit dépassée, puisque les normes visent des concentrations mesurées et non des perceptions. Une partie de la frustration citoyenne loge justement dans cet écart entre ce que les gens ressentent et ce que les règles permettent de reprocher.

Un épisode qui s'inscrit dans un long dossier

Les signalements surviennent dans un contexte chargé. La Fonderie Horne, en activité depuis les années 1920, est au cœur d'un débat public intense depuis 2022. Cette année-là, des données de santé publique sur l'imprégnation à l'arsenic et un rapport de l'Institut national de santé publique du Québec sur l'excès de risque de cancer du poumon avaient ébranlé la population. La norme québécoise pour l'arsenic dans l'air ambiant est de 3 nanogrammes par mètre cube, alors que l'usine bénéficiait depuis longtemps d'une autorisation lui permettant des concentrations bien supérieures.

L'autorisation ministérielle renouvelée en 2023 a fixé une cible de 15 nanogrammes par mètre cube en moyenne annuelle d'ici 2027. Elle a été assortie d'exigences sur la réduction des autres contaminants et de l'obligation de présenter une trajectoire vers la norme. Glencore s'est engagée dans un programme d'investissements pour moderniser ses installations. Parallèlement, une zone tampon a été créée dans le quartier Notre-Dame, voisin de l'usine, ce qui a entraîné l'acquisition et la démolition de nombreuses résidences.

Dans ce cadre, chaque épisode perceptible devient un test. Les citoyens se demandent si la trajectoire annoncée se concrétise, et si les outils de suivi captent aussi les événements ponctuels, et pas seulement les moyennes annuelles. Une moyenne peut s'améliorer d'année en année tout en masquant des pointes de courte durée, qui sont précisément celles que les riverains remarquent.

La confiance, un indicateur à part entière

Le fait que des citoyens prennent la peine de signaler une odeur au ministère en dit long. Il y a quelques décennies, les émanations de la fonderie faisaient partie du paysage et on les acceptait comme le prix d'une ville née de l'industrie minière. Aujourd'hui, une partie de la population documente, compare et interpelle. Des groupes citoyens mobilisés depuis 2022 réclament plus de transparence, notamment une diffusion rapide et lisible des données de qualité de l'air.

Cette vigilance traduit une confiance conditionnelle. Les gens ne rejettent pas nécessairement les mécanismes de surveillance, mais ils attendent des réponses concrètes : que s'est-il passé, que mesuraient les stations, quelles suites ont été données. Un signalement qui reste sans explication publique nourrit le soupçon. Une réponse claire, même si elle conclut qu'aucune norme n'a été dépassée, contribue au contraire à restaurer la crédibilité du système.

L'épisode survient aussi en pleine campagne électorale au Québec. En Abitibi-Témiscamingue, les débats entre candidats ont notamment porté sur les ressources naturelles. La place de l'industrie lourde dans les milieux habités demeure un enjeu que les électeurs de Rouyn-Noranda connaissent de près.

Les questions qui restent ouvertes

Pour l'heure, plusieurs réponses sont attendues. Le ministère devra préciser s'il a mené des vérifications, auprès de l'entreprise ou sur le terrain, et ce qu'elles ont révélé. Les données des stations de mesure pour les 23 et 24 septembre permettront de savoir si les odeurs coïncidaient avec des concentrations anormales de dioxyde de soufre ou d'autres contaminants. Il restera aussi à savoir si Glencore reconnaît un événement particulier à l'usine ces jours-là et, le cas échéant, quelles mesures elle entend prendre.

D'ici là, les résidents qui perçoivent des odeurs inhabituelles peuvent continuer à les signaler au ministère, en notant l'heure, le lieu et la nature de ce qu'ils sentent. Ces signalements alimentent le suivi, surtout lorsqu'ils sont nombreux et précis. Dans un dossier où la confiance se reconstruit lentement, la transparence sur les suites données aux plaintes pèsera autant que les mesures elles-mêmes.