Abitibi-Témiscamingue

Route Billy-Diamond : un camionneur meurt, le véhicule d'urgence du km 381 était en panne

Le 30 octobre, un camionneur est mort au km 456 de la route Billy-Diamond. Le véhicule d'urgence du relais 381 était hors service depuis le 14 octobre, et les secours ont tardé. Le maire de Matagami exige des réponses.

Route Billy-Diamond : un camionneur meurt, le véhicule d'urgence du km 381 était en panne

Le 30 octobre, en soirée, un camion-citerne a quitté la route au kilomètre 456 de la route Billy-Diamond, dans le nord-ouest du Québec. Le conducteur est mort. Dans cette zone sans village ni réseau cellulaire, les secours ont pris plusieurs heures à arriver. Le véhicule d'urgence qui aurait dû intervenir en premier, stationné au relais du kilomètre 381, était au garage depuis le 14 octobre. Le dossier soulève une question simple : que vaut un dispositif de secours quand il repose sur un seul véhicule, à des centaines de kilomètres de tout?

Ce qui s'est passé le 30 octobre

Selon Radio-Canada, un camionneur a perdu la vie au kilomètre 456, un vendredi soir, et son passager a été blessé, mais est hors de danger, selon la Sûreté du Québec. Un premier texte de Radio-Canada, publié dans la foulée de l'événement, faisait état d'un passager non blessé. L'information a depuis été précisée.

Les premières indications de la Sûreté du Québec, rapportées par Radio-Canada, situent l'appel aux policiers du poste de Radisson peu après 20 heures. Ce n'est toutefois qu'à 22 h 02 que les premiers répondants de Radisson ont été affectés à l'intervention, à plus de 150 kilomètres de là. L'entreprise PetroNor, employeur de la victime, a indiqué sur les réseaux sociaux qu'il s'agissait d'un de ses employés. L'accident a aussi provoqué un déversement de diesel; Urgence-Environnement a été appelé et l'entreprise affirme poursuivre la récupération avec le ministère de l'Environnement.

Un véhicule hors service depuis le 14 octobre

Habituellement, un véhicule d'urgence est stationné au relais routier du kilomètre 381, à environ 75 kilomètres du lieu de l'accident. Santé Québec Baie-James l'a reconnu : au moment de l'événement, ce véhicule était hors service à cause d'un bris mécanique. Selon l'organisme, la panne remonte au 14 octobre, soit seize jours avant l'accident. Le retour du véhicule est prévu à la troisième semaine de novembre.

Une précision s'impose : il ne s'agit pas d'un service ambulancier. Santé Québec Baie-James explique que le véhicule est celui de premiers répondants formés à intervenir en cas d'accident, par exemple. Ces intervenants stabilisent les blessés en attendant des secours plus lourds, mais ne remplacent pas une ambulance.

L'organisme ajoute que le Centre de communication santé de l'Abitibi-Témiscamingue (CCSAT) connaissait l'indisponibilité du véhicule, et que l'affectation des véhicules et les priorités d'intervention relèvent de l'expertise de ce centre. Une analyse interne des cartes d'appels est en cours, sans conclusion pour l'instant.

Pourquoi l'Abitibi-Témiscamingue est concernée

Le lien avec la région est concret et administratif. Selon le site du Centre d'appels d'urgence de l'Abitibi-Témiscamingue (CAUAT), ce centre couvre la région, à l'exception de Val-d'Or et de Lac-Simon, mais aussi plusieurs territoires de la Jamésie, dont Matagami et Radisson, ainsi que la route Billy-Diamond. Le CCSAT, basé à Rouyn-Noranda, couvre les mêmes territoires pour la répartition des urgences de santé.

Autrement dit, un appel de détresse lancé depuis cette route passe par un centre régional abitibien, tandis que le véhicule de premiers répondants relève de Santé Québec Baie-James, dont l'administration est à Chibougamau. La chaîne d'intervention traverse donc deux régions administratives et plusieurs organisations. C'est précisément ce que l'analyse en cours devra démêler : qui savait quoi, à quel moment, et qui devait décider d'envoyer un autre véhicule depuis Radisson ou ailleurs.

La route elle-même est un prolongement de la route 109, qui part de la route 117 à l'ouest de Val-d'Or, avant d'atteindre Matagami, puis de filer vers le nord. Mesurée à partir de Matagami, elle compte 620 kilomètres jusqu'à Radisson.

Une route isolée où tout repose sur un seul point d'appui

Les données de base expliquent la fragilité du dispositif. Selon la Société de développement de la Baie-James (SDBJ), le relais du kilomètre 381 est le seul établissement du genre sur cet axe; il se trouve à 239 kilomètres de Radisson. Le site de la SDBJ précise que le relais offre des services essentiels aux usagers et contribue à leur sécurité. Il est exploité depuis 2026 par une société en commandite formée de la Nation crie d'Eastmain, de ses sociétés de développement économique et de la SDBJ.

Le relais a fait l'objet d'investissements publics. Selon Radio-Canada, Québec et Ottawa ont annoncé en 2020 plus de 4,8 millions de dollars pour le brancher au réseau d'Hydro-Québec par une ligne de plus de 40 kilomètres, alors qu'il fonctionnait auparavant avec des génératrices au diesel. Cet investissement visait l'alimentation en électricité, non le service de premiers répondants, ce qui n'empêche pas le maire de Matagami d'y voir un contraste.

De l'aveu même des guides de voyage et des sources officielles, le réseau cellulaire disparaît dès la sortie de Matagami. Le site de tourisme Eeyou Istchee Baie-James mentionne la présence de téléphones publics à quelques endroits, et l'encyclopédie collaborative Wikipédia dénombre six téléphones d'urgence, dont un au kilomètre 444, le plus proche du site de l'accident. Un appel y est donc possible, mais il suppose qu'un autre usager passe ou qu'on puisse marcher jusqu'à la borne.

Le maire de Matagami veut des réponses

Le maire de Matagami, René Dubé, également membre du comité exécutif du Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James, a réagi à l'émission Des matins en or de Radio-Canada. Il affirme que les bris sur ce véhicule d'urgence sont courants. Il dit ne pas vouloir faire de procès sur la place publique, mais exige de savoir quelles mesures seront prises pour que la situation ne se reproduise plus.

M. Dubé réclame un plan d'action élaboré avec les autorités, qui tienne compte de la réalité du territoire. Sa remarque la plus parlante tient en une phrase : il y a du personnel formé, mais pas de véhicule pour se rendre sur les lieux. Selon Radio-Canada, Santé Québec Baie-James a décliné l'invitation de l'émission à s'expliquer, au motif que l'événement fait l'objet d'une enquête.

Une situation qui rappelle 2021

Ce n'est pas la première fois que le dispositif du kilomètre 381 est mis en cause. En 2021, Radio-Canada rapportait qu'un accident mortel survenu le 30 mai au kilomètre 339 avait mobilisé une équipe de Radisson, à plus de 280 kilomètres, alors que le travail devait revenir aux premiers répondants du relais. Le Conseil central de l'Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec de la CSN avait alors réclamé une enquête.

À l'époque, la SDBJ expliquait que le service avait été suspendu faute de personnel : un premier répondant en chef avait terminé son quart de 21 jours, l'autre poste était vacant et les deux répondants volontaires avaient retiré leur disponibilité. Le Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James soulignait pour sa part qu'organiser un tel service sur une route isolée, en s'appuyant sur le volontariat, n'a rien de simple.

Les causes diffèrent : une pénurie de personnel en 2021, une panne de véhicule en 2026. Le point commun, lui, saute aux yeux. Le service dépend d'un très petit nombre de ressources, sans réelle redondance. Une panne, un départ ou un désistement suffit à laisser plus de 150 kilomètres sans couverture de proximité.

Ce que l'enquête devra établir

Selon Santé Québec Baie-James, la Sûreté du Québec, le ministère de l'Environnement, la CNESST et le Bureau du coroner sont saisis du dossier, et l'organisme collabore avec eux. Seul le rapport d'enquête pourra déterminer les causes de l'accident, précise l'entreprise PetroNor, qui dit s'en tenir aux faits établis. Il faut donc distinguer deux questions :

  • Pourquoi le camion a quitté la route, ce qui relève de la police et du coroner.
  • Pourquoi les secours ont tardé, et si un véhicule disponible plus tôt aurait changé l'issue, ce qui relève de l'analyse en cours et d'un éventuel examen du coroner.
  • Rien, dans les informations publiques actuelles, ne permet de dire que la mort du conducteur aurait pu être évitée. Le même constat prévalait en 2021, où le responsable syndical disait ne pouvoir tirer aucune conclusion tout en jugeant que la question devait se poser. Elle se pose de nouveau.

    Des questions qui restent ouvertes

    Plusieurs éléments restent à clarifier, et seuls les organismes concernés peuvent y répondre :

  • Pourquoi aucun véhicule de remplacement n'a-t-il été prévu pendant seize jours, alors que l'indisponibilité était connue du CCSAT?

  • Comment expliquer l'écart entre l'appel aux policiers, vers 20 heures, et l'affectation des premiers répondants à 22 h 02?

  • Qui décide, lorsque le véhicule du relais est en panne, de l'envoi d'un autre véhicule, et selon quels critères?

  • Le retour du véhicule, prévu à la troisième semaine de novembre, sera-t-il devancé?

La route est pourtant fréquentée. Dans les années 2010, Radio-Canada indiquait que plus de 20 000 personnes s'arrêtaient chaque année au relais, qualifié alors d'un des plus isolés en Amérique du Nord. Camionneurs, travailleurs des chantiers, voyageurs cris et touristes y circulent. Le chantier d'entretien, de son côté, se poursuit : la SDBJ affiche des travaux de réfection de ponceaux et de glissières entre les kilomètres 454 et 456 jusqu'en 2028, soit tout près du lieu de l'accident, avec des entraves et des limites de vitesse variables. Rien n'indique, à ce stade, que ces travaux aient joué un rôle, et l'enquête ne l'a pas établi.

À retenir

Le drame du 30 octobre met en lumière une vulnérabilité structurelle plus qu'une simple panne. Sur une route de 620 kilomètres où le seul point de service se trouve à mi-chemin, la disponibilité d'un seul véhicule conditionne la rapidité d'une intervention. La suite dépendra de l'analyse de Santé Québec Baie-James, des conclusions du coroner et de la réponse que donneront les autorités au plan d'action réclamé par les élus du territoire. D'ici là, un véhicule de premiers répondants reste attendu au kilomètre 381 pour la troisième semaine de novembre.