Politique

Ormuz : l'Iran offre une réouverture en deux jours, mais à ses conditions, à la veille des élections américaines

Téhéran ramène de sept à deux jours son plan de réouverture du détroit, sans rien céder sur ses exigences. Washington, qui exige d'abord un geste sur le nucléaire, reste suspendu à son scrutin du 3 novembre.

Ormuz : l'Iran offre une réouverture en deux jours, mais à ses conditions, à la veille des élections américaines

Le message est calibré pour le moment. À quelques heures des élections américaines de mi-mandat, l'Iran affirme qu'il pourrait rouvrir le détroit d'Ormuz en deux jours plutôt qu'en sept, à condition que Washington accepte ses exigences. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a présenté lundi ce raccourcissement comme un signe de bonne foi, selon l'AFP reprise par TVA Nouvelles et Noovo. Sur le fond, toutefois, rien ne bouge : c'est le calendrier qui change, pas les demandes.

Ce que Téhéran propose, et ce qu'il n'abandonne pas

Selon l'AFP, l'Iran se dit prêt à rouvrir la voie maritime « sous deux jours, au lieu du plan initial de sept jours », si Washington accepte ses conditions. M. Baghaï précise que « l'échange de messages se poursuit » par l'intermédiaire de médiateurs et que « tout dépend » de la réponse américaine. Ce n'est qu'à ce stade, dit-il, que les étapes suivantes pourront être discutées.

Le quotidien sud-coréen Seoul Economic Daily rappelle l'origine du plan : un cadre en sept points présenté aux Américains autour de l'Assemblée générale de l'ONU, en septembre. Ses détails n'ont pas été rendus publics, mais il prévoirait la levée du blocus naval américain, la restitution immédiate des fonds gelés, des exemptions de sanctions sur le brut iranien et l'arrêt des combats sur tous les fronts. La version initiale, transmise par le Qatar, prévoyait une réouverture au sixième jour, d'après Al Arabiya.

Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a précisé le mécanisme au cours du week-end. D'après le compte rendu de l'agence Newscord, les Américains exécuteraient leurs engagements le premier jour, et le détroit rouvrirait le second, avec un retour du transit à son état antérieur. Il a aussi ajouté deux exigences : que Washington accepte le nouvel itinéraire convenu entre l'Iran et Oman pour traverser le détroit, et qu'il réduise les effectifs militaires américains récemment déployés dans la région.

Ce dernier point mérite l'attention. Euronews rapporte, citant le responsable iranien Mohsen Rezaei, que les navires emprunteraient une route fixée par l'Iran et Oman et que tous les passages se feraient « sous gestion iranienne ». C'est une revendication de souveraineté sur une voie que le droit de la mer traite comme un passage international. Le Qatar, médiateur dans ce dossier, a d'ailleurs rejeté de façon catégorique l'usage du détroit comme moyen de pression politique, rappelle ABC News.

Un compromis de façade

La presse a lu l'annonce de façons divergentes. Newscord relève que le Guardian traitait le passage de sept à deux jours comme acquis, alors que le Times of Israel parlait d'un plan que l'Iran envisage, sous condition. La seconde lecture est la plus fidèle aux faits : Arab News note qu'aucun accord n'a été annoncé et que la réouverture demeure subordonnée aux gestes américains.

Sur le fond, le fossé reste large. D'après un compte rendu publié sur Futunn, Téhéran exige que Washington lève d'abord son blocus, allège les sanctions et dégèle les avoirs, tandis que les États-Unis veulent d'abord des concessions iraniennes sur le programme nucléaire. Le guide suprême Mojtaba Khamenei a de son côté affirmé, selon Reuters, qu'il ne pouvait y avoir de pourparlers sur le nucléaire sans l'acceptation des demandes iraniennes. Chaque camp réclame que l'autre bouge en premier.

La proposition précédente, qui prévoyait une réouverture en une semaine, avait été rejetée, souligne Euronews. Raccourcir le délai rend l'offre plus séduisante en apparence, car elle permettrait à un président américain de montrer un résultat rapide. Mais elle ne répond à aucune des objections de fond : le contrôle iranien de l'itinéraire, le calendrier des levées de sanctions, la question nucléaire.

Le calendrier électoral, vrai moteur de la manœuvre

Le moment choisi n'a rien d'anodin. Le Malay Mail rapporte que démocrates et républicains tiennent lundi leurs derniers rassemblements avant le scrutin du 3 novembre. Donald Trump s'est engagé à ne pas frapper l'Iran avant le vote, mais n'a pas exclu de le faire ensuite. Les derniers bombardements américains confirmés remontent au 1er septembre, selon CNBC.

Les signaux d'inquiétude se multiplient. Trois hauts responsables arabes du Golfe ont indiqué que Washington avait prévenu ses alliés de se préparer à d'éventuelles frappes dès le 4 novembre, rapporte le Times of Israel via Latin Times. Le secrétaire d'État Marco Rubio a répondu samedi que le président n'avait pris aucune décision, qu'il préférait une issue pacifique, mais que les États-Unis avaient les moyens d'agir militairement. M. Trump a lui-même évoqué « un ou deux » sites nucléaires à traiter, dont un complexe souterrain présumé que Téhéran dit étranger à tout programme nucléaire, selon CBS News.

Des sources israéliennes citées par la télévision chinoise CCTV affirment par ailleurs que le premier ministre Benjamin Netanyahou aurait pressé M. Trump, lors d'un appel tendu, de reprendre la guerre dès après les élections. Cette information relève de sources indirectes et n'a pas été confirmée officiellement.

L'Iran, lui, double la diplomatie d'un avertissement. Mojtaba Khamenei a ordonné aux forces armées d'être prêtes à riposter à toute attaque par une réponse « géographiquement illimitée », et Téhéran répète qu'il frapperait des cibles américaines et israéliennes dans les pays voisins. Le conseiller présidentiel émirati Anwar Gargash a résumé l'état d'esprit des monarchies du Golfe : elles se préparent « au pire » tout en espérant que la médiation l'emporte, après des mois d'un « ni guerre ni paix ».

Un détroit ouvert sur le papier, fermé dans les faits

Le conflit a commencé le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, qui ont notamment tué l'ayatollah Ali Khamenei, selon ABC News. Un cessez-le-feu a été annoncé le 8 avril, mais le trafic dans le détroit est resté très en deçà de son niveau d'avant-guerre, rappelle Wikipédia. Un protocole d'entente signé en juin n'a pas permis de débloquer les pourparlers, d'après ABC News.

Le portrait est contrasté selon la source. Le suivi en ligne Straits.live, qui s'appuie sur les données du PortWatch du Fonds monétaire international, fait état de deux traversées seulement le 25 octobre, contre une base d'environ 85 par jour avant la crise. Il faut toutefois interpréter ce chiffre avec prudence : il ne compte que les navires qui émettent leur position, et les pétroliers qui naviguent transpondeur éteint échappent au décompte.

C'est ce qui explique un paradoxe. Selon Kpler, cité par Al Jazeera, environ 40 % des exportations pétrolières de la région contournent désormais le détroit, et une bonne partie du brut qui le traverse est transbordée en mer. Les exportations du Golfe ont ainsi retrouvé, voire dépassé, leur niveau d'avant-guerre, selon Kpler repris par Wikipédia, mais à un coût considérable.

CNN le chiffre : sortir un baril du golfe Persique coûtait environ 2 dollars américains avant la guerre, et près de 33 dollars aujourd'hui, selon l'analyste Kloza. Le prix du Brent physique (Dated Brent) atteignait 135,74 dollars américains le 8 octobre, loin du prix des contrats à terme, autour de 100 dollars. Les frais de fret des superpétroliers ont de leur côté atteint des sommets : 77 millions de dollars américains pour un affrètement entre les États-Unis et l'Asie le 7 octobre, contre 9,2 millions en moyenne en 2025, selon le Baltic Exchange cité par Transport Topics.

Les attaques se poursuivent. Un méthanier du transporteur qatari Qatar Gas Transport a été touché vendredi sans faire de blessés, rapporte CBS News. Le blocus américain a, pour sa part, redirigé 144 navires, d'après le Commandement central des États-Unis.

Ce qui se joue maintenant

Trois scénarios se dessinent. Le premier est celui d'une percée diplomatique : si Washington acceptait la logique des deux jours, la prime de risque qui soutient les cours pourrait se dégonfler, ce que signalent plusieurs analystes du marché pétrolier. Mais l'administration Trump a jusqu'ici rejeté l'approche, et M. Trump a dit ne pas être pressé de conclure.

Le deuxième est celui de l'enlisement. Le Qatar poursuit sa médiation : ses émissaires ont passé plus de 12 heures à Téhéran vendredi, selon CNBC, puis trois jours de consultations ont eu lieu à Doha avec la délégation iranienne, qui a quitté la capitale qatarie dimanche. Un responsable cité par Reuters assure que ce départ ne traduit pas de difficulté dans les discussions. Axios indique que Doha pousse aussi Téhéran à laisser des inspecteurs de l'ONU visiter les sites nucléaires bombardés, en échange d'un allègement partiel des sanctions : une piste qui tente de rapprocher les deux séquences que chaque camp veut inverser.

Le troisième est celui d'une reprise des frappes après le 3 novembre. Les options présentées à M. Trump vont d'opérations de quelques heures à des campagnes de plusieurs jours ou semaines, selon des informations rapportées par Futunn, et aucune ne serait jugée satisfaisante. L'analyste Emile Hokayem, de l'Institut international d'études stratégiques, souligne que l'Iran a démontré une capacité d'adaptation militaire accrue depuis février.

L'issue des élections américaines pèsera sur le calcul de la Maison-Blanche, mais elle ne règle pas la question centrale : qui consent le premier à bouger. L'offre iranienne a le mérite de rendre concrète une séquence en 48 heures, avec un échange de gestes mesurables. Elle conserve aussi, pour Téhéran, ce qui l'intéresse le plus : un détroit rouvert sous un régime de passage qu'il contribue à définir. Tant que Washington n'a pas répondu, le détroit reste, selon les suivis de trafic, effectivement fermé.