Mauricie

Régime forestier : en Mauricie, une coalition large propose sa feuille de route au nouveau gouvernement

Premières Nations, syndicats, écologistes, pourvoiries et entrepreneurs forestiers réclament une gouvernance partagée de la forêt, au moment où le gouvernement péquiste promet un nouveau régime.

Régime forestier : en Mauricie, une coalition large propose sa feuille de route au nouveau gouvernement

Le dossier forestier s'impose d'emblée comme l'un des premiers chantiers du nouveau gouvernement, et la Mauricie, dont une large part de l'économie, du territoire et de l'identité repose sur la forêt, en est un terrain d'application évident. Ce jeudi, un regroupement composite a déposé sa vision de la réforme à venir, au moment même où le premier ministre Paul Saint-Pierre Plamondon réitérait, lors de l'assermentation de son conseil des ministres, qu'un nouveau régime forestier serait mis sur pied rapidement.

Une précision s'impose d'entrée de jeu : les informations disponibles à ce stade proviennent surtout des comptes rendus de Mon La Tuque, qui résument la proposition sans en détailler tous les mécanismes. Cet article s'en tient donc à ce qui est établi et signale ce qui reste à confirmer.

Une coalition qui rassemble des intérêts rarement alignés

Ce qui frappe d'abord, c'est la composition du groupe. Selon Mon La Tuque, il réunit des Premières Nations, des syndicats, des groupes environnementaux, des gestionnaires de territoires fauniques, des acteurs du récréotourisme et des entrepreneurs forestiers. Autrement dit, des acteurs qui, sur le terrain, se retrouvent souvent en désaccord : le syndicaliste qui défend des emplois de scierie, l'écologiste qui réclame des aires protégées, le pourvoyeur qui vit de la chasse et de la pêche, la communauté autochtone qui revendique un rôle de décideur sur son territoire ancestral.

Que ces voix s'entendent sur une proposition commune est en soi un signal politique. Dans un secteur longtemps décrit comme polarisé entre « exploitation » et « conservation », cette convergence cherche à montrer qu'une réforme peut s'appuyer sur une base large plutôt que de naître d'un affrontement. Reste à voir si cette unité résistera lorsqu'il faudra trancher des questions concrètes, comme les volumes de coupe, les superficies protégées ou la répartition des retombées.

Trois pièces maîtresses : un énoncé, une table, un conseil

Selon le résumé publié par Mon La Tuque, le regroupement propose une démarche en trois temps. D'abord, mandater un groupe de travail chargé de produire un énoncé, c'est-à-dire un texte fondateur qui fixerait les principes et les objectifs de la future gestion de la forêt. Ensuite, mettre sur pied une Table nationale des partenaires, lieu de concertation réunissant les parties prenantes. Enfin, créer un Conseil national de « gouvernements à gouvernements », formule qui suggère un dialogue d'égal à égal entre l'État québécois et les nations autochtones.

Cette dernière idée est sans doute la plus structurante. Parler de relation de gouvernement à gouvernement, c'est reconnaître que les Premières Nations ne sont pas de simples « parties consultées », mais des détentrices de droits et de compétences sur le territoire. Le texte dont nous disposons est tronqué à cet endroit : le détail du mandat, de la composition et des pouvoirs de ce conseil n'y figure pas, et nous préférons ne pas le deviner.

Un gouvernement qui promet, mais sans calendrier serré

Du côté de Québec, le message est celui de l'urgence affichée. Mon La Tuque rapporte que le premier ministre a réitéré qu'un nouveau régime forestier sera mis sur pied rapidement par son gouvernement. Le même média rappelle toutefois que, durant la campagne électorale, le Parti québécois s'était engagé à déposer ce nouveau régime avant la fin de 2027, après un travail de consultation.

Le contraste entre « rapidement » et « avant la fin de 2027 » mérite d'être souligné. Dans les deux cas, l'engagement porte sur le dépôt d'un régime, non sur son entrée en vigueur, et la consultation promise laisse beaucoup de latitude sur le rythme réel. C'est précisément dans cet espace que la proposition du regroupement cherche à s'insérer : en offrant une méthode clés en main, elle propose au gouvernement un cadre de consultation déjà accepté par des acteurs de tous horizons.

Le contexte gouvernemental compte aussi. La chroniqueuse Valérie Gaudreau, dans Le Nouvelliste, évoque les « mille travaux » qui attendent les ministres du nouveau cabinet. La forêt s'ajoute à une longue liste de priorités concurrentes, ce qui rend plausible le risque qu'une réforme complexe soit repoussée si aucune pression structurée ne s'exerce. Une coalition large est justement une manière de maintenir cette pression.

Pourquoi la Mauricie est directement concernée

La Mauricie, et en particulier le Haut-Saint-Maurice autour de La Tuque, est l'une des régions où le régime forestier se vit au quotidien. Les décisions touchant l'attribution des volumes de bois, la protection de certains milieux, l'accès au territoire pour la villégiature et la chasse, ou encore le rôle des communautés atikamekw se répercutent directement sur les emplois, les usines et les petites collectivités qui en dépendent. Il ne s'agit pas ici d'un débat abstrait venu d'ailleurs : c'est un dossier dont les effets se mesurent localement, et c'est d'ailleurs un média de La Tuque qui en rend compte.

Dans une région où l'activité économique reste étroitement liée aux ressources naturelles, la question de la gouvernance, c'est-à-dire de qui décide, selon quelles règles et au bénéfice de qui, est au moins aussi importante que celle des volumes de bois. C'est ce que la proposition du regroupement met de l'avant en plaçant la structure de décision avant les chiffres.

Ce qui reste à éclaircir

Plusieurs zones d'ombre demeurent. Le gouvernement accueillera-t-il la proposition telle quelle, ou en retiendra-t-il seulement certains éléments ? Quelle sera la place des industriels forestiers dans la future Table nationale, et celle des municipalités et des MRC, qui ne figurent pas explicitement dans la liste des composantes citée par Mon La Tuque ? Comment un Conseil de gouvernement à gouvernement s'articulera-t-il avec les ententes et les processus de consultation déjà existants avec les communautés autochtones ?

Surtout, la réforme annoncée devra concilier des exigences qui tirent dans des directions opposées : maintenir des emplois et des usines, protéger la biodiversité, respecter les droits ancestraux, préserver l'accès au territoire pour les activités récréatives. Aucun régime forestier ne satisfait pleinement tous ces objectifs à la fois ; la question sera de savoir qui arbitre, et comment.

Un premier test de méthode

Au-delà du contenu, cette proposition constitue un test de méthode pour le nouveau gouvernement. Choisira-t-il de bâtir la réforme avec une coalition déjà constituée, au risque de lui accorder une influence particulière, ou de mener sa propre consultation, au risque de la lenteur et de la contestation ? La réponse indiquera la manière dont il entend gouverner ce dossier sensible.

Pour la Mauricie, l'enjeu est clair : suivre de près la composition de la future table et du futur conseil, car c'est là que se joueront les arbitrages qui détermineront l'avenir de la forêt et des communautés qui en vivent. Nous reviendrons sur le dossier à mesure que le gouvernement précisera son calendrier et sa réponse à cette proposition.