Mauricie

Scierie d'Arbec à l'arrêt : la Mauricie forestière face à un nouveau coup dur

L'arrêt d'au moins six mois de la scierie d'Arbec, à Shawinigan, inquiète toute la filière forestière mauricienne. À La Tuque, le maire Pierre Pacarar y voit un très mauvais présage.

Scierie d'Arbec à l'arrêt : la Mauricie forestière face à un nouveau coup dur

Quand une scierie s'arrête, ce n'est jamais seulement une usine qui se tait. C'est une chaîne entière, de la forêt au camion, de la cour à bois aux fournisseurs de pièces, qui retient son souffle. L'annonce de la fermeture de la scierie d'Arbec, à Shawinigan, pour une période indéterminée d'au moins six mois, en est une nouvelle illustration pour la Mauricie.

Ce qui a été annoncé

Selon Le Nouvelliste, l'arrêt de production de l'usine durera au minimum six mois, sans que l'on sache à ce stade quand, ni dans quelles conditions, les activités pourraient reprendre. Le quotidien rapporte que cette décision est de très mauvais augure pour l'ensemble de l'industrie forestière de la région, selon le maire de La Tuque, Pierre Pacarar, qui parle de conséquences « insoupçonnées ».

La formule retenue dans le titre, « un autre clou dans le cercueil », dit l'essentiel du sentiment qui domine : celui d'une accumulation. Il ne s'agit pas d'un événement isolé, mais d'un nouvel épisode dans une série de fragilités qui touchent le secteur depuis plusieurs années. Les articles consultés ne détaillent pas, à ce jour, les motifs précis de l'arrêt ni le nombre exact d'emplois touchés ; ces éléments restent à confirmer auprès de l'entreprise et des syndicats.

Pourquoi un maire de La Tuque s'en inquiète

Que ce soit le maire de La Tuque, et non celui de Shawinigan, qui ait ce réflexe d'alarme n'a rien d'anodin. La Haute-Mauricie est l'un des cœurs forestiers de la région : une grande partie de son économie dépend de la ressource, de sa récolte, de sa transformation et de son transport. Quand une usine située plus au sud ralentit, c'est tout un réseau d'approvisionnement qui s'en trouve dérangé.

Une scierie fonctionne comme un maillon d'une chaîne d'interdépendances. Elle achète du bois à des entrepreneurs forestiers, qui font travailler des opérateurs de machinerie et des camionneurs. Elle produit des copeaux et des sous-produits destinés à d'autres usines, notamment papetières. Elle fait vivre des ateliers de réparation, des fournisseurs de lames, d'huile et de pièces. Lorsque la production est suspendue pour plusieurs mois, chacun de ces maillons doit absorber le choc, et les plus petits ont rarement les reins assez solides pour attendre.

C'est ce que laisse entendre le maire Pacarar en évoquant des répercussions que l'on ne mesure pas encore. Dans les régions de ressources, l'effet d'une fermeture se propage souvent avec un décalage : d'abord les emplois directs, puis les contrats de sous-traitance, puis la confiance des investisseurs, enfin la vitalité des commerces locaux.

Un secteur déjà éprouvé

L'industrie forestière québécoise navigue depuis longtemps entre des vents contraires : cycles du prix du bois d'œuvre, différends commerciaux avec les États-Unis, droits compensateurs, pénurie de main-d'œuvre, coûts de transport et de récolte en hausse, contraintes liées à la protection des habitats et à la gestion des forêts. Chacun de ces facteurs, pris isolément, est gérable. Cumulés, ils fragilisent les usines dont les marges sont minces.

Il faut toutefois rester prudent : en l'absence d'information précise sur les raisons de l'arrêt à Arbec, rien ne permet d'attribuer cette décision à l'un ou l'autre de ces facteurs. La suspension d'une scierie peut découler d'un manque de fibre, d'un problème de marché, d'un besoin de travaux, d'une restructuration ou d'une combinaison de tout cela. C'est précisément parce que la durée est « indéterminée » que l'incertitude pèse autant : une fermeture temporaire annoncée peut devenir définitive, et les travailleurs comme les municipalités le savent.

Ce qui se joue pour les travailleurs et les collectivités

Pour les employés, la période d'arrêt soulève des questions très concrètes : mises à pied temporaires, admissibilité à l'assurance-emploi, possibilités de réaffectation ailleurs dans l'entreprise, avenir à moyen terme. Pour les familles, six mois, c'est un hiver complet à traverser sans la certitude d'un retour.

Pour les municipalités, l'enjeu est double. Il y a la perte de revenus fonciers et d'activité économique, mais aussi un risque plus diffus : celui de voir partir de jeunes travailleurs qualifiés qui, faute de perspectives, se tourneront vers d'autres secteurs ou d'autres régions. Dans une industrie qui peine déjà à recruter, chaque départ définitif est difficile à compenser.

Les élus régionaux sont donc placés devant une tâche délicate : plaider pour le maintien des emplois sans disposer d'information complète, et préparer des mesures de soutien sans alarmer inutilement. L'intervention du maire de La Tuque, relayée par Le Nouvelliste, relève de cette stratégie : nommer le risque pour que le dossier reste à l'agenda des décideurs.

Une région qui regarde ses chantiers et ses équipes

À La Tuque même, la vie municipale continue de s'organiser autour de dossiers plus ordinaires. Mon La Tuque rapportait ces derniers jours que la Ville faisait le point sur ses chantiers, notamment celui de la rue Bostonnais, qui a démarré plus tard que prévu et dont le pavage est annoncé pour la semaine du 26 octobre. Le contraste est instructif : d'un côté, une infrastructure que l'on remet en état pour l'avenir ; de l'autre, une industrie dont l'avenir à court terme se joue à plusieurs dizaines de kilomètres.

Ce voisinage de l'ordinaire et de l'inquiétude est typique des régions de ressources. Les municipalités continuent d'investir dans leurs rues, leurs services et leurs équipements, en pariant sur le maintien d'une base économique que des décisions d'entreprise, prises ailleurs et pour des raisons qui leur échappent, peuvent fragiliser du jour au lendemain.

Ce qu'il faudra surveiller

Plusieurs éléments permettront de mesurer la gravité de la situation dans les prochaines semaines :

  • Les explications de l'entreprise sur les causes de l'arrêt et sur les conditions d'un éventuel redémarrage.
  • Le sort des employés, et notamment la nature des mesures d'accompagnement prévues.
  • L'effet sur les fournisseurs forestiers, qui dépendent des livraisons à l'usine pour leurs propres revenus.
  • La réaction des autres exploitants de la région, qui pourraient revoir leurs plans d'approvisionnement ou de production.
  • Le rôle des gouvernements, appelés à dire s'ils interviendront pour soutenir les travailleurs ou la filière.

Tant que ces réponses ne sont pas connues, l'expression « un autre clou dans le cercueil » restera à la fois un constat et une mise en garde : celle d'une région qui a déjà vu fermer des usines et qui sait, mieux que d'autres, qu'une pause annoncée comme temporaire n'est pas toujours un simple entracte.

En bref

L'arrêt d'au moins six mois de la scierie d'Arbec est un signal d'alarme pour la Mauricie forestière. Faute d'informations détaillées sur ses causes, le dossier reste ouvert, et c'est cette incertitude, davantage que la fermeture elle-même, qui nourrit l'inquiétude des élus et des travailleurs.