Robotique

Robots humanoïdes : Agibot en tête des expéditions mondiales au premier semestre 2026, selon IDC

Les données d’IDC placent le chinois Agibot au premier rang mondial des expéditions d’humanoïdes au premier semestre 2026. La Chine domine les volumes, mais rentabilité et usages restent à prouver.

Robots humanoïdes : Agibot en tête des expéditions mondiales au premier semestre 2026, selon IDC

Le classement a valeur de symbole. Selon des données du cabinet d’analyse IDC rapportées par Robotics & Automation News, l’entreprise chinoise Agibot (Zhiyuan Robotics, 智元机器人) a été le premier fournisseur mondial de robots humanoïdes en nombre d’unités expédiées au premier semestre 2026. Ce n’est pas une surprise pour qui suit le secteur, mais c’est une confirmation : la course aux humanoïdes, longtemps racontée à travers les vidéos spectaculaires de Boston Dynamics, de Tesla ou de Figure AI, se joue d’abord, en volume, dans les usines et les parcs technologiques chinois.

Une jeune pousse devenue chef de file

Fondée à Shanghai en 2023, Agibot s’est imposée en un temps très court. L’entreprise a été cofondée par Peng Zhihui, ingénieur passé par Huawei et très connu en Chine sous le pseudonyme de « Zhihuijun » pour ses vidéos de vulgarisation technique. Elle a bâti une gamme large plutôt qu’un produit unique : grands humanoïdes de service et d’industrie, modèles plus compacts destinés à la recherche et à l’enseignement, robots à roues dotés de bras de manipulation. Cette stratégie de catalogue explique en partie sa position : là où plusieurs concurrents occidentaux produisent encore des prototypes ou de petites séries pour des pilotes industriels, Agibot vend à des laboratoires, des universités, des intégrateurs, des sites de démonstration et des clients commerciaux.

Il faut toutefois lire les chiffres d’IDC pour ce qu’ils sont. Une « expédition » mesure des unités livrées par un fabricant, pas des robots qui accomplissent un travail productif rentable dans une chaîne de montage. Une part importante des humanoïdes vendus aujourd’hui sert à la recherche, à la collecte de données d’entraînement, à l’accueil du public ou à la vitrine technologique. Le marché reste aussi modeste en valeur absolue comparé à celui des bras robotisés industriels classiques, qui se comptent en centaines de milliers d’unités installées chaque année dans le monde.

Des débouchés qui révèlent la nature du marché

Les annonces récentes d’Agibot illustrent bien où se trouvent, pour l’instant, les clients. Robotics & Automation News rapporte que l’entreprise s’est associée au groupe Chimelong, important exploitant chinois de parcs d’attractions, pour lancer un parc thématique consacré à l’« IA incarnée » réunissant plus de 300 robots. Le divertissement, l’accueil et la démonstration constituent un débouché concret : les environnements y sont contrôlés, l’erreur coûte peu, et la présence d’un robot humanoïde a une valeur d’attraction en soi.

L’autre axe est international. Agibot a annoncé un partenariat avec le Centre national d’innovation du Vietnam (NIC) pour développer l’écosystème industriel et la formation de talents en IA incarnée. Le geste est révélateur : les fabricants chinois ne se contentent plus d’exporter des machines, ils cherchent à installer leurs plateformes, leurs outils logiciels et leurs standards dans les pays d’Asie du Sud-Est qui accueillent une part croissante des chaînes d’approvisionnement manufacturières.

Une politique industrielle chinoise assumée

La domination d’Agibot ne s’explique pas seulement par ses mérites propres. Elle s’inscrit dans un effort national. Comme le souligne China Daily Asia, la Chine accélère le développement de l’IA incarnée, un domaine désigné comme prioritaire par les autorités centrales et soutenu par des fonds publics locaux, des zones d’essai et des programmes de normalisation. Pékin, Shanghai, Shenzhen ou Hangzhou rivalisent pour attirer les entreprises du secteur.

Cet écosystème bénéficie d’un atout difficile à reproduire ailleurs : une chaîne d’approvisionnement très dense en moteurs, réducteurs, capteurs, batteries et électronique, héritée de l’industrie des véhicules électriques et de l’électronique grand public. Le résultat se lit dans les prix. Pandaily rapporte ainsi que Galbot propose son humanoïde bipède ET1 à partir de 79 000 yuans, soit environ 11 000 dollars américains, les versions haut de gamme intégrant des capacités d’apprentissage par observation. Ces niveaux de prix, impensables il y a trois ans, élargissent le marché aux écoles, aux petites entreprises et aux laboratoires.

Agibot n’est d’ailleurs pas seul dans le peloton chinois. Unitree, UBTech, Galbot ou Astribot occupent eux aussi le terrain, avec des positionnements différents. Robotics & Automation News signale qu’Astribot introduit son robot T1 en Amérique du Nord, preuve que la compétition chinoise se déplace désormais vers les marchés occidentaux.

L’Occident mise sur la sophistication

Face à cette avance en volume, les acteurs américains et européens jouent une autre carte : la performance technique et l’intégration profonde dans des usines de grands donneurs d’ordre. Boston Dynamics, propriété du sud-coréen Hyundai, vient de dévoiler une nouvelle main à quatre doigts pour la version électrique d’Atlas, selon Robotics & Automation News, avec des démonstrations de manipulation précise d’outils. La dextérité de la main reste l’un des verrous techniques majeurs des humanoïdes : marcher est désormais relativement maîtrisé, saisir et manipuler des objets variés avec fiabilité l’est beaucoup moins.

Tesla avec Optimus et Figure AI, qui a mené des essais chez des constructeurs automobiles, promettent de leur côté des déploiements industriels à grande échelle, mais leurs volumes réels restent discrets ou difficiles à vérifier de façon indépendante. Le contraste est net : les entreprises chinoises livrent beaucoup de machines relativement abordables, tandis que leurs rivaux occidentaux livrent peu de machines, en misant sur des capacités plus avancées et sur l’intelligence logicielle.

La vraie question : l’utilité économique

Reste l’interrogation de fond qui pèse sur tout le secteur : à quoi servent, économiquement, ces humanoïdes ? Un document de recherche d’Anthropic, résumé par MIXED, offre un éclairage utile. Selon ses auteurs, les robots seraient techniquement capables d’accomplir 74 % des tâches physiques des emplois aux États-Unis, un ensemble qui représente 34 % des heures travaillées. Mais ils ne seraient compétitifs en coût face à un travailleur humain que pour 0,3 % de ces tâches. Au rythme historique de baisse des prix, il faudrait des décennies pour que l’écart se referme.

Ce constat, établi pour le marché américain, ne s’applique pas mécaniquement à la Chine, où les coûts de fabrication des robots sont plus bas et où le vieillissement de la population pèse sur la main-d’œuvre industrielle. Il rappelle néanmoins que la croissance des expéditions et la création de valeur productive sont deux choses distinctes. Une part des achats actuels relève de la constitution de flottes pour collecter des données, entraîner des modèles d’IA et préparer l’avenir, davantage que d’un remplacement immédiat de travailleurs.

Ce que dit vraiment ce classement

La première place d’Agibot dans les données d’IDC traduit trois réalités. D’abord, la Chine a pris une avance industrielle nette dans la fabrication en série d’humanoïdes, appuyée par une politique publique cohérente et une chaîne d’approvisionnement sans équivalent. Ensuite, le marché demeure jeune, porté par la recherche, l’éducation, le divertissement et les projets pilotes plus que par la production. Enfin, la bataille décisive ne portera pas seulement sur le nombre d’unités livrées, mais sur la fiabilité, la dextérité et le coût par tâche accomplie.

Les volumes donnent à Agibot et à ses compatriotes un avantage précieux : plus de robots sur le terrain signifie plus de données, plus de retours d’usage et des coûts unitaires en baisse. C’est précisément la mécanique qui a permis à la Chine de dominer les véhicules électriques et les batteries. Reste à savoir si l’humanoïde suivra la même trajectoire, ou si la promesse d’un travailleur mécanique polyvalent restera, encore quelques années, plus spectaculaire que rentable.