Un an jour pour jour, ou presque, après le scrutin du 2 novembre 2025, le bilan s'écrit à hauteur de village. Selon Radio-Canada, au moins 14 nouveaux maires se sont taillé une place de premier magistrat dans la région. Deux d'entre eux, Jacob Coulombe à Saint-Gédéon et Jean-Philippe Boutin à Saint-Félicien, ont accepté de raconter leur première année. Leurs témoignages, croisés avec ce que la presse régionale et les villes elles-mêmes ont documenté depuis, dessinent un portrait plus précis qu'un simple retour sur un anniversaire.
Deux élections, deux victoires nettes
Les deux élus ne sont pas arrivés au pouvoir de la même façon. À Saint-Gédéon, il s'agissait d'une reprise du duel de 2021. Selon Le Quotidien, Jacob Coulombe a pris sa revanche sur le maire sortant Émile Hudon, avec environ 60 % des votes. Quatre ans plus tôt, l'écart était minuscule : d'après le profil de la municipalité compilé par villes-et-villages.quebec, M. Hudon l'avait emporté par 599 voix contre 592.
À Saint-Félicien, la victoire a été écrasante. Toujours selon Le Quotidien, l'économiste Jean-Philippe Boutin, alors âgé de 33 ans, a remporté 4 394 voix, soit environ 88 % des suffrages, face à Louise Boulanger. Il succédait à Luc Gibbons, qui ne se représentait pas. Sa campagne misait notamment sur la jeunesse et la revitalisation du centre-ville, et il avait siégé au conseil municipal de 2021 à 2025.
Ces deux trajectoires s'inscrivent dans un mouvement plus large. À Roberval, Dolbeau-Mistassini et Saint-Félicien, les électeurs avaient tous choisi un nouveau maire, comme l'a rapporté Radio-Canada au lendemain du vote. À l'échelle de la région, 22 maires et mairesses avaient en outre été élus sans opposition.
« La politique, c'est essentiellement de l'être humain »
Dans l'entrevue diffusée par Radio-Canada, les deux maires insistent moins sur les dossiers que sur la nature du métier. M. Boutin, qui avait pourtant l'expérience du conseil, dit avoir pris la mesure de l'ampleur de la dimension humaine de la fonction. Le saut de conseiller à premier magistrat, explique-t-il, a élargi sa compréhension de la politique. M. Coulombe, de son côté, confie que l'année a passé très vite et qu'elle a été remplie de nouveautés.
Le deuxième constat est celui de la charge de travail. Radio-Canada rapporte qu'à Saint-Gédéon, le poste de maire est officiellement à temps partiel, mais que M. Coulombe y consacre beaucoup plus d'heures que prévu, ce qui complique l'équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. À Saint-Félicien, M. Boutin dépasse lui aussi largement la semaine de travail traditionnelle. Le phénomène n'a rien d'exotique : dans les petites municipalités, où l'équipe administrative est restreinte, le maire est souvent à la fois stratège, porte-parole et premier répondant des citoyens.
L'ancien enseignant en économie et le copropriétaire de la ferme Monarque, qui avait 31 ans lors de son élection selon Le Lac-Saint-Jean, incarnent aussi un rajeunissement de la fonction. Ce détail compte : conjuguer un emploi et une mairie à temps partiel est plus difficile à un âge où l'on bâtit à la fois une carrière et une famille.
Saint-Gédéon : changer la manière de décider
À Saint-Gédéon, le changement de maire s'est accompagné d'un changement de culture. Le Lac-Saint-Jean rapportait, dès novembre 2025, que M. Coulombe voulait modifier certaines façons de faire à l'hôtel de ville, notamment dans la prise de décisions, qui n'aurait pas toujours été impartiale par le passé selon lui. Il disait aussi vouloir donner plus de marge de manœuvre aux comités et à l'équipe administrative.
Six mois plus tard, le même média relevait que l'élection de quatre nouveaux conseillers sur sept avait transformé le fonctionnement du conseil. Selon le maire, la différence avec l'ancienne administration est « le jour et la nuit », et il dit privilégier l'échange et la réflexion collective. Parmi les dossiers hérités, le projet de Centre de la petite enfance dans l'ancien presbytère, acquis par la municipalité en 2024, figurait déjà au programme. Le conseil envisage aussi une harmonisation progressive de la rue principale au cours des prochaines années, avec l'objectif d'accroître l'offre alimentaire et d'embellir le centre du village.
Il faut toutefois nuancer : ces appréciations sur l'ancienne façon de gouverner viennent du maire lui-même, et rien dans les sources consultées ne donne la version de son prédécesseur. Le bilan réel d'un virage de gouvernance se mesurera surtout à la réalisation des projets dans les trois années de mandat qui restent.
Saint-Félicien : budget, aréna et grands projets
Le maire de Saint-Félicien, lui, a dû gérer très tôt un dossier financier délicat. Le nouveau rôle d'évaluation a fait bondir la valeur foncière moyenne de 25,97 %. Pour éviter que la facture n'explose, la Ville a abaissé le taux de taxation résidentiel de 1,08 $ à 0,88 $ par 100 $ d'évaluation. Selon le communiqué municipal du 15 décembre 2025, le compte de taxes d'une maison unifamiliale moyenne, évaluée à 274 006 $, a quand même augmenté d'environ 75 $, soit 2,58 %. Le budget 2026 s'établit à 26,26 millions de dollars, en hausse de 3,21 %.
Le budget a aussi servi à fixer des priorités : sécurité de l'approvisionnement en eau potable, développement résidentiel et industriel, voirie, et modernisation du Centre récréatif Marianne St-Gelais. Sur ce dernier front, la promesse a été tenue. Fermé depuis mars 2025 en raison de problèmes structurels, selon Le Quotidien, l'aréna a rouvert après des travaux de 1,5 million de dollars. La Ville indique que le chantier a débuté le 4 avril 2026 et s'est terminé le 4 septembre 2026, conformément à l'échéancier et au budget. D'autres étapes suivent : toiture en 2027, vestiaires et autres composantes en 2028.
Reste le dossier le plus ambitieux : un complexe sportif multigénérationnel. Radio-Canada rapportait que la Ville comptait déposer le projet au Programme d'aide financière aux infrastructures récréatives, sportives et de plein air (PAFIRSPA), pour un coût estimé à environ 15 millions de dollars, en partenariat avec le Cégep de Saint-Félicien. L'argument du maire : les plateaux sportifs sont occupés par les écoles de septembre à juillet, et les clubs sont en croissance. L'issue de cette demande de financement n'apparaît pas dans les sources consultées, et il faudra la suivre.
Ce que révèle ce premier bilan
Premier enseignement : les petites villes de la région ont peu de marge. Dans les deux cas, les nouveaux maires ont hérité de projets déjà enclenchés et d'un budget à boucler en quelques semaines. Les grandes orientations, elles, se jouent dans la deuxième année, avec la planification stratégique que Saint-Félicien a annoncée pour 2026.
Deuxième enseignement : l'expérience de la fonction pèse autant que le programme. Les deux maires parlent d'apprentissage, de relations humaines et de temps, plus que de grands coups d'éclat. C'est probablement ce qui explique que le bilan soit surtout qualitatif à ce stade.
Troisième enseignement : la question de la charge reste entière. Si un poste officiellement à temps partiel exige en pratique des semaines très chargées, la relève politique locale, plus jeune et souvent en activité professionnelle, devra trouver des façons de tenir la distance. Les prochaines élections municipales sont prévues dans trois ans. D'ici là, les citoyens de Saint-Gédéon et de Saint-Félicien pourront juger sur pièces : un centre de la petite enfance, une rue principale rénovée, un complexe sportif financé ou non. C'est à ces chantiers, bien plus qu'aux confidences d'anniversaire, que se mesurera la première moitié de mandat.
