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Somalie : l'Ouganda amorce son retrait après vingt ans de présence militaire

Kampala a commencé à rapatrier les soldats déployés en vertu d'un accord bilatéral avec Mogadiscio, avant un retrait complet d'ici fin 2027, alors que la mission de l'Union africaine peine à se financer.

Somalie : l'Ouganda amorce son retrait après vingt ans de présence militaire

Un départ annoncé, puis enclenché

C'est un tournant dans la guerre contre les insurgés shebab. L'armée ougandaise (UPDF) a annoncé lundi 2 novembre avoir entamé le retrait des soldats déployés en Somalie en vertu d'accords bilatéraux avec le gouvernement fédéral somalien. Selon le communiqué du colonel Chris Magezi, porte-parole de la Défense, cette première opération a pris effet immédiatement et sera achevée dans les prochains jours. Une première cohorte est déjà rentrée à Kampala.

Le mouvement ne s'arrête pas là. Toujours selon l'armée, tous les effectifs ougandais restants, y compris ceux de la Mission de soutien et de stabilisation de l'Union africaine en Somalie (AUSSOM), doivent être retirés progressivement d'ici la fin de 2027. Plusieurs médias rapportent qu'un premier groupe de 109 soldats avait déjà quitté Mogadiscio le vendredi 30 octobre, au lendemain d'un message du chef d'état-major, le général Muhoozi Kainerugaba, publié sur le réseau X : après vingt ans de sang versé et de sacrifices, disait-il en substance, l'Ouganda confie la sécurité à ses « frères somaliens ».

Deux déploiements, deux calendriers

La distinction entre les deux cadres est essentielle. L'Ouganda maintient en Somalie des troupes sous mandat de l'Union africaine et d'autres, distinctes, en vertu d'un arrangement bilatéral avec Mogadiscio. Selon l'AFP, citée par Citizen Digital, Kampala comptait entre 4 500 et 6 000 soldats au sein de la mission africaine et 2 000 à 2 500 sous accord bilatéral. L'agence Reuters rappelle toutefois que le nombre exact de militaires déployés hors du cadre africain n'est pas clair, et l'armée n'a pas précisé combien de soldats sont concernés par ce premier retrait, ni détaillé le calendrier de fermeture des positions restantes.

D'après l'analyse rapportée par Africa Radio à partir de l'AFP, entre un tiers et la moitié des quelque 12 000 militaires et policiers de l'AUSSOM seraient Ougandais. L'Ouganda assure en outre la sécurité d'un secteur stratégique pour le pouvoir fédéral, qui comprend Mogadiscio et ses environs, avec son port et son aéroport, explique l'analyste Matt Bryden.

Une nuance de date mérite d'être signalée. En août, le général Kainerugaba avait évoqué un retrait complet au plus tard le 1er août 2027, selon le média Somali Guardian. Le communiqué de lundi, lui, parle de « fin 2027 ». La BBC, elle, mentionne août 2027 dans son compte rendu. L'échéance exacte reste donc à clarifier.

Vingt ans d'engagement

L'Ouganda a été le premier pays à déployer des soldats en Somalie, en mars 2007, sous la bannière de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM). Selon KT Press, ce déploiement a suivi des années d'instabilité consécutives à l'effondrement du pouvoir central en 1991 et à la montée des shebab. Les soldats ougandais ont joué un rôle central dans la sécurisation de Mogadiscio, la protection des institutions et la reprise de territoires dans le sud du pays.

La mission a ensuite changé de nom : l'AMISOM est devenue la Mission de transition de l'Union africaine en Somalie (ATMIS), puis l'AUSSOM a pris le relais en janvier 2025. À son sommet, selon Sanyu FM, l'Ouganda alignait plus de 6 000 soldats, principalement dans le secteur 1, qui couvre Mogadiscio et des parties du Bas-Chébéli (Lower Shabelle) et du Moyen-Chébéli.

Les annonces de départ ne sont pas nouvelles. Selon Plus News, l'UPDF avait retiré 281 soldats en décembre 2017, annoncé une nouvelle phase de réduction en février 2020, puis promis en avril 2023 de quitter l'ATMIS d'ici décembre 2024. Chaque fois, le calendrier a glissé. Cette fois, le contexte financier et politique rend le scénario plus crédible.

L'argent, nerf de la guerre

Le retrait survient alors que l'AUSSOM est en grande difficulté financière. Selon KT Press, Washington a informé l'Union africaine en juillet 2026 qu'il ne soutiendrait pas le Bureau d'appui des Nations unies en Somalie (UNSOS) au-delà du 31 décembre 2026. Ce bureau fournit aux forces africaines nourriture, carburant, eau, soutien médical et transport. Le Daily Monitor, quotidien ougandais, ajoute que l'UNSOS a subi une réduction de financement de 25 %, qui touche les opérations en première ligne.

Selon l'AFP, Washington dit sa frustration devant l'absence de progrès contre les shebab et l'incapacité du gouvernement somalien à unifier le pays et à faire avancer les réformes politiques. Le Somali Guardian rapporte pour sa part que l'UNSOS se préparerait à une fermeture complète, avec vente de son équipement et licenciements, selon le média.

Du côté ougandais, le budget est aussi en cause. Selon Chimp Reports, le ministère de la Défense avait indiqué plus tôt cette année que le financement de ses opérations de soutien à la paix n'avait pas encore été formellement alloué dans le budget 2026-2027. Sanyu FM évoque de son côté des retards de remboursement aux pays contributeurs de troupes.

Un ultimatum politique à Mogadiscio

La dimension politique pèse tout autant. Selon Africa Intelligence, cité par le Somali Guardian, le président Yoweri Museveni aurait personnellement averti son homologue somalien Hassan Sheikh Mohamud que l'Ouganda se retirerait s'il ne concluait pas, dans un délai d'un an, un accord politique avec l'opposition. Cette information repose sur une seule source et n'a pas été confirmée officiellement. Selon Nouvelles du Monde, le président somalien s'était rendu en Ouganda juste avant le début du rapatriement pour demander un report, sans succès.

Sanyu FM fait aussi état de désaccords entre l'Ouganda et la Turquie sur leurs rôles respectifs en Somalie. Les sources de ce média y voient une source de friction autour du déploiement bilatéral, mais l'UPDF n'a pas présenté ces tensions comme un motif de son départ.

Le risque d'un vide sécuritaire

Les inquiétudes se concentrent sur le Bas-Chébéli. Selon Reuters, une lettre de l'AUSSOM datée du 31 octobre, vérifiée par deux sources diplomatiques, avertit que le retrait pourrait laisser certaines parties de cette région exposées aux attaques des shebab. Le ministre d'État somalien aux Affaires étrangères, Ali Omar, a déclaré à l'agence que la situation n'était pas dramatique pour l'instant, mais qu'un départ soudain pourrait créer des problèmes.

Selon KT Press, le président Mohamud aurait demandé à Museveni de retarder le départ de certaines positions du Bas-Chébéli, dont Barawe, Bulo Marer, Qoryoley et Janaale, où les forces somaliennes pourraient avoir du mal à prendre le relais. Pour sa part, Nouvelles du Monde souligne que les troupes ougandaises y contrôlent des villes fluviales essentielles pour freiner les infiltrations et sécuriser les axes vitaux.

Le rapport de force reste préoccupant. Selon l'AFP, le groupe lié à Al-Qaïda contrôle de vastes zones du centre de la Somalie malgré la campagne militaire internationale. Deutsche Welle, relayée par UA News, note que les shebab ont repris le contrôle de parties du centre et du sud du pays ces dernières années, et que le départ ougandais survient après la fin de la mission politique de l'ONU en Somalie, qui avait duré plus de trente ans.

Que reste-t-il de la mission africaine ?

Le départ de l'Ouganda ne signifie pas la fin de l'AUSSOM. Selon KT Press, le contingent ougandais autorisé était de 4 500 soldats, contre 2 500 pour l'Éthiopie, 1 520 pour Djibouti, 1 410 pour le Kenya et 1 091 pour l'Égypte. Ces quatre pays deviendraient donc les principaux contributeurs, même si les effectifs réellement déployés peuvent différer des quotas. L'Éthiopie et le Kenya hébergent aussi des troupes sous accords bilatéraux, que le départ ougandais n'affecte pas automatiquement.

La capacité de la mission à fonctionner dépendra largement de l'issue du différend sur le financement. Selon le compte rendu de NewsCord reprenant la BBC, un plan de transition de douze mois doit débuter en janvier, avec un retrait final de l'AUSSOM envisagé d'ici décembre 2029, sous réserve des conditions de sécurité. Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a, de son côté, averti à plusieurs reprises qu'un financement insuffisant et imprévisible menace l'efficacité de la mission.

Ce qui se joue maintenant

Trois inconnues dominent. La première est le rythme réel du départ : l'écart entre « août 2027 » et « fin 2027 », et l'absence de calendrier détaillé, laissent une marge d'interprétation. La deuxième est la capacité de l'armée somalienne à tenir les positions abandonnées, en particulier le long de la vallée du Chébéli. La troisième est le sort de la mission africaine elle-même, privée de son principal contributeur et de son appui logistique onusien si le retrait américain se confirme.

Pour Kampala, l'argument officiel est celui d'une mission accomplie : l'armée affirme que les forces somaliennes peuvent désormais assumer l'entière responsabilité de la sécurité. Pour Mogadiscio et ses partenaires, la question est plus brutale : savoir si cette transition, annoncée depuis des années et chaque fois repoussée, peut cette fois se faire sans offrir aux shebab l'ouverture qu'ils attendent. Les prochaines semaines, avec l'échéance du 31 décembre pour l'UNSOS et le début du plan de transition en janvier, donneront un premier élément de réponse.