Chaudière-Appalaches

Surdoses en Chaudière-Appalaches : une hausse de 18 % qui touche aussi les campagnes

Depuis l'été, les surdoses augmentent dans des secteurs ruraux et semi-ruraux de Chaudière-Appalaches. On compte 600 visites aux urgences liées aux substances psychoactives, contre 508 un an plus tôt.

Surdoses en Chaudière-Appalaches : une hausse de 18 % qui touche aussi les campagnes

Les autorités de santé de Chaudière-Appalaches lancent un signal qu'on associe plus souvent aux grands centres urbains. Une hausse des surdoses est observée depuis l'été dans certains secteurs semi-ruraux et ruraux de la région. Selon les données rapportées par Ma Beauce, 600 visites aux urgences liées aux substances psychoactives ont été recensées depuis le début de l'année. Pour la même période l'an dernier, on en comptait 508. C'est une augmentation de 18 %.

Derrière ce pourcentage, il y a 92 passages de plus aux urgences en quelques mois, dans une région où les distances sont longues et où les services spécialisés sont concentrés dans quelques pôles.

Ce que disent les chiffres, et ce qu'ils ne disent pas

Il faut d'abord bien lire la donnée. L'indicateur cité par les autorités porte sur les visites aux urgences liées aux substances psychoactives. Cette catégorie est plus large que les seules surdoses d'opioïdes qui font la manchette depuis une décennie en Amérique du Nord. Elle peut couvrir des intoxications à diverses drogues, des mélanges de substances ou des réactions graves qui exigent une prise en charge médicale.

Les visites aux urgences ne mesurent pas non plus l'ensemble du phénomène. Une partie des surdoses ne se rend jamais à l'hôpital. Certaines sont renversées sur place grâce à la naloxone, administrée par un proche ou un intervenant. D'autres, malheureusement, sont fatales avant toute intervention. Les décès font l'objet d'un décompte distinct, souvent publié avec plusieurs mois de retard, le temps que les enquêtes du coroner soient complétées.

La tendance reste toutefois nette. Une progression de près d'un cinquième d'une année à l'autre, concentrée depuis l'été, justifie que la santé publique régionale prenne la parole. Ce type d'avis public vise généralement deux objectifs : alerter les personnes qui consomment et leur entourage, et mobiliser les partenaires du milieu, comme les pharmacies, les organismes communautaires, les services policiers et les écoles.

Pourquoi les milieux ruraux sont touchés

Le détail le plus frappant de l'annonce tient à la géographie. Ce ne sont pas d'abord les secteurs urbains de Lévis qui sont pointés, mais des secteurs semi-ruraux et ruraux. Chaudière-Appalaches couvre un vaste territoire, de la rive sud de Québec jusqu'à la frontière américaine. Il englobe la Beauce, les Etchemins, Bellechasse, Lotbinière, la région de Thetford Mines, la Côte-du-Sud et le Haut-Pays de L'Islet et de Montmagny.

Plusieurs facteurs, documentés ailleurs au Canada et aux États-Unis, aident à comprendre pourquoi les campagnes ne sont pas épargnées par ce type de vague.

Le premier est l'isolement. Une personne qui consomme seule, dans un rang ou un petit village, a moins de chances d'être secourue rapidement en cas de surdose. Les délais d'intervention ambulancière sont plus longs qu'en ville. Les services de réduction des méfaits, comme les sites de consommation supervisée ou les équipes de proximité, sont rares ou absents.

Le deuxième est l'accès aux soins. En région, consulter un médecin, obtenir un traitement par agonistes opioïdes ou rencontrer un intervenant en dépendance peut exiger de longs déplacements. Les listes d'attente découragent parfois les personnes au moment où elles seraient prêtes à demander de l'aide.

Le troisième tient au stigma. Dans une petite communauté où tout le monde se connaît, reconnaître un problème de consommation, ou simplement aller chercher une trousse de naloxone à la pharmacie du village, peut représenter une barrière réelle.

Enfin, le marché des drogues lui-même a changé partout en Amérique du Nord depuis une dizaine d'années. Des substances de synthèse très puissantes, au premier chef le fentanyl et ses analogues, se retrouvent dans des produits vendus sous d'autres noms. Une personne qui croit consommer une substance donnée peut, à son insu, ingérer un produit beaucoup plus dangereux. Ce phénomène de contamination ne s'arrête pas aux limites des villes : les réseaux d'approvisionnement desservent aussi les régions.

Les autorités régionales n'ont pas précisé publiquement, dans les informations rapportées, quelle substance serait en cause dans la hausse récente. Il serait donc hasardeux d'attribuer cette vague à un produit en particulier.

Une région habituée à d'autres enjeux de consommation

La question des substances psychoactives n'est pas nouvelle en Chaudière-Appalaches, mais elle s'y exprime souvent sous d'autres formes. L'actualité régionale des derniers jours en témoigne. Ma Beauce rapportait récemment plusieurs arrestations pour conduite avec les capacités affaiblies par l'alcool dans La Nouvelle-Beauce, Beauce-Sartigan et les Etchemins. Le même média faisait état d'une conductrice retrouvée endormie au volant, en sens inverse sur l'autoroute 73 à Sainte-Marie, au milieu de la nuit.

Ces événements ne relèvent pas du même phénomène que les surdoses. Ils rappellent toutefois que la consommation, qu'il s'agisse d'alcool ou d'autres drogues, pèse sur les services d'urgence, les corps policiers et les familles d'une région largement rurale. Les mêmes équipes de première ligne, ambulanciers, policiers de la Sûreté du Québec et personnel des urgences, se retrouvent au front dans les deux cas.

Les outils déjà en place

Au Québec, la naloxone est offerte gratuitement en pharmacie, sans ordonnance, aux personnes susceptibles d'être témoins ou victimes d'une surdose d'opioïdes. Cet antidote peut renverser temporairement les effets d'une surdose le temps que les secours arrivent. Ce qui fait la différence dans les milieux ruraux, c'est la diffusion de ce réflexe : que les proches, les employeurs, les organisateurs d'événements et les jeunes adultes sachent qu'ils peuvent s'en procurer et savent l'utiliser.

Les messages de prévention diffusés dans ce genre de contexte reprennent généralement des consignes simples. Il vaut mieux ne pas consommer seul, éviter de mélanger les substances et commencer par une petite quantité. Il faut aussi composer le 911 sans hésiter devant une personne inconsciente ou qui respire difficilement. Au Canada, la Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose offre une certaine protection contre les accusations de possession simple aux personnes qui appellent les secours.

Un enjeu qui arrive en pleine campagne électorale

La publication de ces chiffres survient alors que la campagne électorale provinciale bat son plein. Ma Beauce rapporte que divers organismes régionaux, comme le Pôle économique vert de Chaudière-Appalaches, interpellent ces jours-ci les candidats sur leurs priorités. La santé publique et les services en dépendance occupent rarement l'avant-scène de ces échanges en région. La hausse des surdoses pourrait pourtant alimenter des questions concrètes aux candidats des circonscriptions de la Beauce, de Bellechasse, de Lotbinière ou de Mégantic.

Ces questions sont faciles à formuler. Quels moyens seront consacrés aux services de proximité hors des grands centres ? Comment réduire l'attente pour les traitements de la dépendance ? Quelle place accorder aux organismes communautaires qui rejoignent les personnes que le réseau public peine à atteindre ?

À surveiller

Plusieurs éléments permettront de mesurer l'ampleur réelle de la situation au cours des prochains mois. Il faudra voir si la tendance observée depuis l'été se maintient à l'automne. Il faudra aussi savoir si les autorités précisent les secteurs et les substances en cause, et si les données sur les décès confirment ou non la hausse constatée aux urgences.

Pour l'instant, le message des autorités de santé est clair : le phénomène des surdoses n'est pas réservé aux grandes villes. Dans une région où l'entraide de voisinage fait partie de l'identité, la vigilance des proches demeure l'un des premiers remparts.