Économie

Tesla et SpaceX : pourquoi Elon Musk laisse la porte ouverte à la plus grande fusion de l'histoire

Deux comités spéciaux étudient un rapprochement qui donnerait naissance à un groupe d'environ 3 500 milliards de dollars. Contrôle, dilution, valorisation : l'opération promet autant d'occasions que de pièges pour les actionnaires.

Tesla et SpaceX : pourquoi Elon Musk laisse la porte ouverte à la plus grande fusion de l'histoire

Ce n'est pas encore un accord, mais c'est déjà le dossier financier le plus scruté de la planète. Le 20 octobre, lors de la conférence sur les résultats de SpaceX, Elon Musk a confirmé que son entreprise spatiale et Tesla avaient chacune constitué un comité spécial pour examiner une fusion. Selon Al Jazeera, une telle union créerait un colosse de plus de 3 000 milliards de dollars américains. Le milliardaire a toutefois pris soin de tempérer les attentes.

Ce que Musk a réellement dit

Selon CBS News, M. Musk a expliqué que les deux sociétés avaient formé ces comités « à la demande des actionnaires » et qu'ils sont composés d'administrateurs indépendants. Il y voit « beaucoup d'avantages » à regrouper les entreprises. Mais il a aussi refusé de présenter l'issue comme acquise : certains observateurs, a-t-il dit, présument qu'une fusion est certaine, ce qui serait exagéré.

La mécanique est exigeante. Selon Euronews, les comités n'ont pas encore convenu de conditions, et tout accord devrait recevoir l'appui de plus de la moitié de l'ensemble des actions de Tesla, un seuil que M. Musk qualifie lui-même de « assez élevé ». Selon Time France, il a précisé que son conflit d'intérêts l'empêche de participer aux discussions des comités. L'assemblée annuelle de Tesla se tient le 3 décembre, une échéance que les analystes de Barclays ont désignée comme possible point de repère pour une annonce.

Pourquoi maintenant : l'IA comme fil conducteur

L'argument officiel tient en trois lettres. Selon Boursorama, M. Musk estime que l'on se trouve à l'aube de la « singularité de la superintelligence » et que la coopération permettrait des gains dans le logiciel, la conception de puces, la robotique, le lancement de masse en orbite et la connectivité. Selon Euronews, les deux groupes développent déjà ensemble Terafab, une usine de puces d'IA au Texas, tandis que les voitures autonomes et les robots humanoïdes Optimus de Tesla pourraient profiter de la puissance de calcul que SpaceX cherche à bâtir, y compris des centres de données en orbite.

Les liens existent déjà dans les chiffres. Selon CNBC, Tesla détenait 18,99 millions d'actions de SpaceX au moment de l'introduction en Bourse, et la filiale xAI de SpaceX avait acheté pour 269 millions de dollars de batteries Megapack à Tesla en avril. L'historique d'imbrication est long : en février, SpaceX a absorbé xAI, la société d'IA de M. Musk, dans une transaction qui valorisait l'ensemble à 1 250 milliards de dollars, selon Al Jazeera.

Ce rapprochement répond aussi à une contrainte juridique très concrète. Selon Time France, une fusion permettrait de déplacer des ingénieurs d'une entité à l'autre et de faire s'approvisionner les deux sociétés sans devoir divulguer des transactions entre parties liées ni risquer des poursuites d'actionnaires alléguant que les ressources de l'une sont détournées au profit de l'autre. Les Affaires, citant Morningstar, rappelle que M. Musk utilise des avions de SpaceX dans ses fonctions chez Tesla et que les sociétés se versent mutuellement loyers et redevances.

Le contrôle, enjeu discret mais central

C'est sans doute là que se joue l'essentiel. Selon Euronews, M. Musk détient environ 48 % de SpaceX et plus de 80 % des droits de vote grâce à des actions spéciales, mais seulement 20 % environ de Tesla. Il répète depuis 2024 qu'il n'est pas à l'aise de faire de Tesla un chef de file de l'IA et de la robotique sans au moins 25 % des votes.

Selon les calculs de Barclays rapportés par Time France, une acquisition de Tesla par SpaceX lui donnerait environ 37 % du capital et près de 56 % des droits de vote. Euronews ajoute que son régime de rémunération chez Tesla considère comme atteints plusieurs de ses objectifs de performance si certains types de fusions se concrétisent, ce qui pourrait aussi l'enrichir.

Le Motley Fool, qui relaie l'analyse de Barclays, juge que la structure la plus probable serait un rachat de Tesla par SpaceX, financé en grande partie par un échange d'actions. Les actionnaires de Tesla recevraient alors une prime payée en titres SpaceX.

Ce que cela signifierait pour les investisseurs

Les ordres de grandeur sont vertigineux. Selon Yahoo Finance, SpaceX vaut environ 2 100 milliards de dollars et Tesla environ 1 500 milliards. Au cours actuel, chaque action de Tesla vaudrait environ 0,7 action de SpaceX avant toute prime.

Pour les partisans, la logique est celle d'un conglomérat technologique unique. Selon Boursorama, les actionnaires de Tesla accéderaient à Starlink, en pleine expansion, ainsi qu'aux services de lancement, tandis que ceux de SpaceX deviendraient actionnaires des activités de Tesla : véhicules, stockage d'énergie, conduite autonome, robotique. Les partisans soutiennent aussi que le capital serait réparti plus efficacement entre des activités de plus en plus interdépendantes.

Les détracteurs, eux, évoquent un mélange de risques techniques, réglementaires et d'exécution dont certains n'ont guère de liens entre eux. Time France cite l'analyste David Sekera, de Morningstar, qui estime que le risque lié à la dépendance envers une personnalité clé reste « énorme ». La même source rappelle que la sénatrice américaine Elizabeth Warren avait critiqué en juin l'introduction en Bourse de SpaceX en raison de la concentration des droits de vote, des préoccupations susceptibles de refaire surface.

Le piège de la valorisation

Le véritable point de friction sera le prix. SpaceX a fait son entrée au Nasdaq le 12 juin lors de la plus importante introduction en Bourse de l'histoire. Selon CNBC, le titre a clôturé à environ 161 dollars, soit une valorisation de 2 100 milliards, malgré le scepticisme de certains analystes. Les chiffres compilés par Wikipédia sont éloquents : Morningstar établit sa juste valeur à 780 milliards de dollars et juge l'action « considérablement surévaluée », tandis qu'Aswath Damodaran, de l'Université de New York, arrive à environ 1 300 milliards.

Dans une analyse publiée avant l'introduction en Bourse, Morningstar, reprise par Les Affaires, estimait que les actionnaires de Tesla pourraient hésiter à accepter un accord valorisant Tesla moins que SpaceX, et craindre de nouvelles levées de fonds diluant leur participation. Selon son modèle, ils pourraient accepter une part de 50 % à 66 % de l'entité fusionnée. Le flottant très faible de SpaceX complique aussi l'équation, puisque les actionnaires de Tesla voudraient une meilleure liquidité en échange de leurs titres.

Sur le plan opérationnel, les profils diffèrent nettement. Selon Time France, SpaceX a annoncé un bénéfice net trimestriel de 4,4 milliards de dollars, et M. Musk table sur un chiffre d'affaires annuel récurrent de 500 à 1 000 milliards d'ici la fin de 2027, une projection que seul l'avenir validera. Du côté de Tesla, les investisseurs, écrit Boursorama, s'intéressent davantage aux bénéfices et aux paris sur les robotaxis, alors que les livraisons devraient progresser cette année pour la première fois depuis 2023.

Un marché déjà convaincu

Les marchés ont réagi dans le sens de M. Musk. Selon Al Jazeera, l'action SpaceX a gagné plus de 8 % en séance prolongée après ses commentaires, et celle de Tesla 1,8 %. Plusieurs analystes tenaient déjà l'opération pour probable : selon Boursorama, ceux de Stifel jugeaient inévitable la décision de fusionner, la question étant de savoir quand, et ceux de JPMorgan constataient une intégration opérationnelle déjà profonde.

Reste une inconnue : le calendrier politique. Selon Euronews, qui cite Bloomberg, l'objectif serait de conclure avant que Donald Trump quitte la Maison-Blanche. Ce détail, rapporté de source anonyme, souligne l'importance du volet réglementaire pour une transaction de cette taille.

Ce qu'il faut surveiller

Trois éléments permettront de départager le scénario de la spéculation. Le premier est le ratio d'échange que les comités négocieront, car il révélera si les actionnaires de Tesla se contentent d'une prime en titres SpaceX ou exigent davantage. Le deuxième est le seuil de vote : une majorité de toutes les actions de Tesla, pas seulement des votants, qui oblige à convaincre les investisseurs institutionnels. Le troisième est le sort de la gouvernance, c'est-à-dire la manière dont une entité combinée encadrerait un dirigeant qui contrôlerait déjà la majorité des votes.

Une chose est sûre : si l'accord se concrétise, il ne s'agira pas seulement d'une fusion record. Il consacrerait la transformation d'un constructeur automobile et d'un lanceur de fusées en un seul pari sur l'intelligence artificielle, avec un homme aux commandes.