Montréal

Un an après son élection, Soraya Martinez Ferrada promet à Montréal un grand rattrapage et une ville digne des Jeux olympiques

Un an après son arrivée à l'hôtel de ville, la mairesse prévient les Montréalais : il faudra financer un grand rattrapage d'investissement. En échange, elle promet une métropole prête à accueillir la planète.

Un an après son élection, Soraya Martinez Ferrada promet à Montréal un grand rattrapage et une ville digne des Jeux olympiques

Un an après avoir pris les rênes de la métropole, Soraya Martinez Ferrada ne cherche pas à adoucir le message. Dans le bilan que lui consacre La Presse, la mairesse de Montréal avertit les citoyens : ils devront se préparer à financer un grand rattrapage d'investissement au cours des prochaines années. En contrepartie, elle leur promet de remettre la métropole dans un état digne d'accueillir la planète, y compris, dit-elle, pour des Jeux olympiques.

L'idée n'est pas banale. Elle lie dans une même phrase une facture à venir et une ambition internationale, ce qui est à la fois un pari politique et un exercice de franchise.

Un discours en deux temps : la facture, puis la vitrine

Le message de la mairesse repose sur une logique simple. Une ville qui veut se présenter au monde doit d'abord réparer ce qu'elle a laissé vieillir. Le « rattrapage d'investissement » dont parle La Presse renvoie à ce que toutes les grandes villes nord-américaines connaissent : des infrastructures souterraines et de surface construites il y a plusieurs décennies, dont l'entretien a été reporté année après année, faute de marge de manœuvre financière ou de volonté politique.

Ce type de déficit a une particularité : il est invisible tant qu'il ne casse pas. Une conduite d'eau principale, une chaussée, un pont ou un bâtiment municipal peuvent paraître en état jusqu'au jour où une rupture force des travaux d'urgence, toujours plus coûteux que l'entretien préventif. Annoncer qu'il faut maintenant payer ce retard, c'est reconnaître qu'il a un prix et que quelqu'un doit l'assumer.

La mairesse ne cache pas que ce quelqu'un, c'est en bonne partie le contribuable montréalais. Rien, dans les éléments rendus publics par La Presse, ne permet toutefois de chiffrer précisément l'ampleur du rattrapage ni la répartition de l'effort entre la Ville, les gouvernements supérieurs et les citoyens. C'est un angle mort que la suite du mandat devra combler : un engagement général, sans montants ni échéancier, reste difficile à évaluer.

Les Jeux olympiques, un horizon qui sert de moteur

La référence olympique mérite d'être lue avec nuance. Dans le propos rapporté par La Presse, il ne s'agit pas d'une candidature officielle, mais d'une promesse de rendre la ville capable d'accueillir un événement de cette envergure. Autrement dit, les Jeux servent d'étalon : si Montréal est prête pour eux, elle est prête pour ses propres habitants.

L'argument a une histoire. Montréal a déjà accueilli les Jeux d'été de 1976, dont le stade a laissé un héritage financier et architectural controversé pendant des décennies. Ce souvenir pèse sur toute discussion contemporaine. Les villes hôtes de la dernière génération ont d'ailleurs appris, souvent à leurs dépens, que le coût final des Jeux dépasse presque toujours les prévisions initiales. Le Comité international olympique a lui-même réorienté ses exigences ces dernières années pour favoriser la réutilisation d'installations existantes plutôt que la construction de nouveaux équipements. Une ville qui rénove d'abord, comme le promet la mairesse, s'inscrit mieux dans cette logique qu'une ville qui bâtit en grand.

Reste que l'horizon olympique est un levier de mobilisation autant qu'un objectif. Il permet de justifier auprès des citoyens des dépenses qui, présentées seules, paraîtraient austères : refaire des routes, moderniser des réseaux, remettre à niveau des équipements. C'est la vitrine qui rend la facture plus digeste.

Une métropole qui doit d'abord régler ses urgences

Le discours sur la grandeur et l'accueil du monde se heurte à des réalités immédiates, que l'actualité de cette semaine rappelle sans détour.

Premier exemple : la confiance envers le service de police. Radio-Canada et La Presse rapportent que le SPVM a précisé pourquoi il avait fallu près d'une journée pour démanteler une équipe de policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord, démantelée l'été dernier en raison de comportements et de gestes répréhensibles à caractère raciste. Selon La Presse, l'équipe est restée en service pendant près d'une journée entière après que les enquêteurs eurent réuni suffisamment de preuves pour donner suite aux allégations. Radio-Canada ajoute que le SPVM invoque plusieurs enjeux logistiques qu'il fallait résoudre avant d'agir.

Il y a là un enjeu de crédibilité. Une ville qui aspire à accueillir le monde doit aussi pouvoir garantir à tous ses résidents un traitement équitable de la part de ses institutions. Les explications logistiques du SPVM pourront paraître raisonnables aux yeux de certains et insuffisantes aux yeux d'autres, mais le délai alimente à lui seul la question de la rapidité de réaction face à des comportements racistes dans les rangs policiers.

Deuxième exemple : l'itinérance, en particulier celle des femmes. Le Journal de Montréal rapporte qu'une résidence pour itinérantes, rouverte mardi après avoir été détruite par un incendie en 2024, est déjà pleine à craquer. Le nouvel édifice peut loger temporairement 36 femmes, et le témoignage recueilli par le quotidien, « Je ne peux pas dormir dehors », dit l'urgence avec une grande économie de mots. Selon le journal, ces ressources étaient déjà débordées avant l'ouverture : le nouvel immeuble ne fait que soulager un peu une pression qui demeure.

Une métropole « digne d'accueillir la planète » se mesure aussi à sa capacité de loger ses habitants les plus vulnérables avant l'arrivée des visiteurs. L'itinérance est l'un des indicateurs que les villes hôtes de grands événements voient scruter de près, et Montréal n'y échappera pas si elle poursuit son ambition.

Montréal, scène internationale : un sommet qui en dit long

La métropole est aussi, cette semaine, un lieu de rencontre diplomatique. Le Journal de Montréal rapporte que Paul St-Pierre Plamondon boudera le sommet Canada–Union européenne qui se tient à Montréal, parce qu'Ottawa lui refuse la parole. Il accuse en outre le premier ministre Mark Carney de cacher des « informations névralgiques » et a fait parvenir une lettre aux dignitaires européens.

Cet épisode relève d'abord de la politique fédérale et provinciale, et il serait abusif d'en tirer des conclusions sur la gestion municipale. Il illustre pourtant un point qui concerne directement l'ambition de la mairesse : accueillir le monde suppose d'être un hôte prévisible, outillé et coordonné avec les autres ordres de gouvernement. Montréal reçoit régulièrement des événements internationaux, et chacun rappelle que la ville est à la fois un décor, un partenaire et, parfois, un terrain de frictions qui la dépassent.

Ce que le bilan de l'an 1 permet de retenir

Après douze mois, trois constats se dégagent du portrait que brosse La Presse et des dossiers qui l'entourent.

D'abord, la mairesse a choisi la franchise sur le financement. Prévenir d'emblée que le rattrapage coûtera cher est un pari : cela évite l'accusation de cacher la facture, mais cela expose aussi à la critique si les résultats tardent. Le contrat moral est clair, et il se jugera aux chantiers livrés plutôt qu'aux déclarations.

Ensuite, le projet olympique agit comme un horizon plus qu'un plan. Tant qu'aucune candidature n'est déposée, il sert de boussole, mais il ne crée aucune obligation concrète. Sa valeur dépendra de la capacité de l'administration à traduire cette ambition en priorités budgétaires lisibles, avec des échéances que les citoyens peuvent suivre.

Enfin, la réussite se jouera sur le terrain des urgences sociales et institutionnelles autant que sur celui des infrastructures. Le dossier du poste 39 et la saturation des ressources pour femmes itinérantes rappellent que la dignité d'une ville se mesure aussi à la qualité de ses services publics les plus sensibles, et non seulement à l'état de ses routes.

Pour les Montréalais, l'enjeu des prochaines années est donc double : accepter, ou non, de payer pour un rattrapage annoncé comme nécessaire, et exiger en retour des résultats vérifiables. La mairesse a posé la question franchement. C'est désormais aux chantiers, aux budgets et aux bilans à venir d'y répondre.