Montérégie

Vote par anticipation : le Grand Longueuil, terrain disputé de la fin de campagne

Avec 54 candidats en lice sur la Rive-Sud, les partis jettent leurs dernières forces dans les circonscriptions du Grand Longueuil, où l'histoire électorale a déjà basculé.

Vote par anticipation : le Grand Longueuil, terrain disputé de la fin de campagne

Le rythme change sur la Rive-Sud. À l'approche du vote par anticipation, 54 candidats se disputent les circonscriptions du Grand Longueuil, rapporte la station FM 103,3. Leurs chefs multiplient aussi les passages dans le secteur. Cette concentration d'efforts n'a rien d'un hasard. Peu de territoires québécois ont connu autant de bascules électorales en une décennie, et peu offrent un bassin d'électeurs aussi dense à quelques minutes du centre-ville de Montréal.

Une carte électorale morcelée

L'agglomération de Longueuil regroupe cinq villes : Longueuil, Boucherville, Brossard, Saint-Lambert et Saint-Bruno-de-Montarville. Sur le plan provincial, ce territoire est découpé en plusieurs circonscriptions. Marie-Victorin, Taillon et Vachon couvrent l'essentiel de la ville de Longueuil, dont les arrondissements du Vieux-Longueuil et de Saint-Hubert. Montarville réunit Boucherville et Saint-Bruno. Laporte s'étend sur Saint-Lambert et une partie de Longueuil et de Brossard, tandis que La Pinière couvre surtout Brossard. La Prairie déborde de l'agglomération vers l'ouest de la Montérégie.

Plus d'une cinquantaine de candidats pour une poignée de sièges, c'est beaucoup. Ce chiffre traduit la présence des grandes formations dans chaque circonscription, mais aussi de plusieurs partis plus modestes et de candidatures indépendantes. Le reportage de FM 103,3 ne détaille pas la répartition des 54 candidats selon les circonscriptions. Nous vous invitons à consulter la liste officielle publiée par Élections Québec pour connaître les noms en lice chez vous.

D'une forteresse souverainiste à un bastion caquiste

Pour comprendre l'intérêt des partis, il faut remonter un peu dans le temps. Pendant des décennies, le cœur de Longueuil a été un terreau fertile pour le Parti québécois. Taillon a été la circonscription de René Lévesque. Marie-Victorin a longtemps voté péquiste, tout comme Vachon, représentée entre autres par Martine Ouellet. Le vote libéral se concentrait plutôt à l'ouest, vers Saint-Lambert et Brossard, où les communautés anglophones et allophones sont plus nombreuses.

L'élection de 2018 a rebattu les cartes. La Coalition avenir Québec (CAQ) a remporté la plupart des circonscriptions francophones de la Rive-Sud. Marie-Victorin a résisté un temps : Catherine Fournier l'a conservée pour le PQ en 2018, avant de quitter ce parti puis de devenir mairesse de Longueuil en 2021. Lors de l'élection partielle d'avril 2022, la caquiste Shirley Dorismond s'est emparée de ce dernier château fort péquiste de la ville. En octobre 2022, la CAQ a consolidé sa domination. Seule La Pinière est restée libérale.

Ce portrait issu de 2022 ne dit pas tout de 2026. Le paysage politique québécois a beaucoup bougé depuis. Plusieurs sondages ont fait état d'une remontée du Parti québécois, et la CAQ a traversé une période difficile. Des circonscriptions qui paraissaient acquises redeviennent donc incertaines. C'est précisément ce qui attire les chefs sur la Rive-Sud en fin de campagne : des sièges prenables, rapprochés géographiquement, qu'on peut visiter en une seule journée.

Pourquoi la fin de campagne se joue ici

Trois facteurs expliquent l'attention portée au Grand Longueuil.

D'abord, l'arithmétique. Dans un mode de scrutin uninominal à un tour, quelques centaines de voix peuvent faire basculer une circonscription lorsque trois ou quatre partis se partagent le vote francophone. La Rive-Sud concentre plusieurs courses de ce type.

Ensuite, la valeur symbolique. Pour le PQ, reprendre Taillon, Marie-Victorin ou Vachon signifierait reconquérir son berceau historique. Pour la CAQ, conserver ces sièges prouverait que son implantation de 2018 n'était pas conjoncturelle. Pour le Parti libéral, Laporte et La Pinière sont des circonscriptions à défendre ou à reprendre. Québec solidaire, de son côté, cherche à percer hors de Montréal auprès d'un électorat jeune et urbain.

Enfin, le calendrier. Le vote par anticipation permet à une part importante de l'électorat de voter avant le jour du scrutin. Les partis le savent : chaque électeur convaincu cette semaine est un vote verrouillé. D'où la multiplication des pointages téléphoniques, du porte-à-porte et des visites de chefs dans les jours qui précèdent l'ouverture des bureaux.

Voter par anticipation : ce qu'il faut savoir

L'élection générale québécoise se tient à date fixe, le premier lundi d'octobre tous les quatre ans, soit le 5 octobre 2026. Le vote par anticipation s'adresse à tout électeur inscrit sur la liste électorale qui souhaite voter avant cette date, sans avoir à se justifier.

Les dates, les heures et l'adresse de votre bureau de vote par anticipation figurent sur la carte de rappel envoyée par Élections Québec à chaque adresse. On les trouve aussi sur le site de l'organisme. Votre bureau peut différer de celui du jour du scrutin. Vérifiez-le avant de vous déplacer, surtout si vous habitez près de la limite entre deux circonscriptions, comme c'est souvent le cas entre Longueuil, Brossard et Saint-Lambert.

Vous devrez présenter une pièce d'identité reconnue, par exemple le permis de conduire, la carte d'assurance maladie ou le passeport canadien. Le vote au bureau du directeur du scrutin de votre circonscription, pendant une période déterminée, constitue une autre option. Élections Québec prévoit aussi des modalités pour les personnes qui ne peuvent se déplacer, notamment le vote à domicile sur demande, sous certaines conditions. Les électeurs de la région doivent également tenir compte des entraves routières signalées par FM 103,3 à Brossard, où une partie du boulevard Marie-Victorin est fermée jusqu'au 7 octobre en raison de travaux du ministère des Transports.

Les enjeux locaux : des pistes à vérifier

Sur le terrain, les candidats mettent de l'avant des préoccupations propres à la région. Plusieurs doivent être abordées avec prudence, puisqu'elles reposent pour l'instant sur des déclarations de campagne.

Le coût de la vie chez les étudiants en est un bon exemple. Selon FM 103,3, plusieurs candidats de Québec solidaire affirment que la situation actuelle rappelle les mobilisations étudiantes de 2012. Certains soutiennent que des jeunes glissent vers la précarité. Le constat mérite d'être documenté à l'aide de données sur le logement étudiant, l'endettement et le recours aux banques alimentaires sur les campus de la Rive-Sud. La comparaison avec 2012, année de la grève contre la hausse des droits de scolarité, relève pour l'instant de l'argument politique. Le contexte local donne tout de même du poids au sujet : le cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil, accueille une importante population étudiante et vient de lancer une vaste campagne de financement pour moderniser ses environnements d'apprentissage, a rapporté la même station.

D'autres dossiers pourraient teinter le vote sans relever directement de Québec. À Boucherville, la hausse des frais des programmes sports-études a suscité des réactions jusqu'au conseil municipal de septembre. La fermeture annoncée du laboratoire fédéral de l'Agence canadienne d'inspection des aliments à Longueuil, qu'Ottawa maintient selon la Presse canadienne, relève pour sa part d'une autre compétence. Des candidats provinciaux pourraient néanmoins s'en emparer pour parler d'emplois spécialisés dans la région.

Ce qu'il faudra surveiller

Le taux de participation au vote par anticipation sera un premier indicateur. Une forte affluence dans les secteurs étudiants ou dans les quartiers plus âgés pourrait profiter à certains partis plutôt qu'à d'autres, même si les résultats de ce vote ne sont dévoilés qu'après la fermeture des bureaux, le soir du 5 octobre.

D'ici là, la Rive-Sud restera l'un des terrains les plus fréquentés par les chefs. Elle a déjà montré, en 2018, qu'elle pouvait tourner la page d'une longue fidélité partisane. La question est de savoir si elle s'apprête à le refaire.