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Xi Jinping à la Maison-Blanche : sous le faste, un marchandage à haut risque entre Washington et Pékin

Commerce, puces, Taïwan, Iran, Ukraine, espace : derrière les courtoisies du sommet Trump-Xi, chaque capitale cherche à engranger des gains, pendant que les faucons républicains grondent.

Xi Jinping à la Maison-Blanche : sous le faste, un marchandage à haut risque entre Washington et Pékin

Garde d'honneur, drapeaux côte à côte sur la pelouse sud, poignées de main prolongées devant les caméras : la visite d'État de Xi Jinping à Washington, cette semaine, avait tout d'une démonstration de bonne entente. Invité par Donald Trump au printemps, le président chinois a été reçu jeudi à la Maison-Blanche avec un faste que peu de dirigeants étrangers se voient accorder. Mais, comme le relève le quotidien suisse Le Temps, les deux hommes ont surtout échangé des courtoisies, tandis que le discours de Pékin était truffé de sous-entendus. Derrière la mise en scène, c'est un marchandage serré qui se joue, sur fond de division au sein même du camp républicain.

Un programme chargé, des attentes asymétriques

Selon le suivi en direct de la chaîne indienne NDTV, l'ordre du jour couvrait pratiquement tout le spectre de la rivalité sino-américaine : droits de douane, technologies et intelligence artificielle, relations militaires, conflits au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, course aux armements dans l'espace et ventes d'armes américaines à Taïwan. Une liste aussi longue dit beaucoup de la nature du rendez-vous : il ne s'agit pas de régler un dossier, mais de fixer les termes d'une cohabitation entre deux puissances qui se considèrent mutuellement comme leur principal rival stratégique.

Les attentes ne sont toutefois pas symétriques. Donald Trump raisonne en transactions visibles et chiffrables : achats chinois de produits agricoles et énergétiques, contrats, promesses sur le fentanyl. Xi Jinping, lui, vise le temps long : desserrer l'étau technologique, obtenir des gestes sur Taïwan et installer l'idée d'une relation « d'égal à égal » entre les deux premières économies mondiales.

Commerce : prolonger la trêve plutôt que la guerre

Le dossier commercial reste le socle de la relation. Depuis l'escalade tarifaire du printemps 2025, qui avait vu les droits de douane grimper de part et d'autre à des niveaux prohibitifs, les deux capitales ont enchaîné les trêves temporaires. La rencontre de Busan, en Corée du Sud, à l'automne 2025, avait débouché sur un compromis : baisse partielle des surtaxes américaines liées au fentanyl, reprise des achats chinois de soja et suspension, pour un an, des nouveaux contrôles chinois sur l'exportation des terres rares.

C'est précisément ce dernier levier qui a changé l'équilibre. En démontrant qu'elle pouvait paralyser des pans entiers de l'industrie occidentale, de l'automobile à la défense, la Chine a obtenu un moyen de pression que Washington n'avait pas anticipé. Pour Pékin, l'enjeu de ce sommet est de transformer une trêve fragile en arrangement durable, sans renoncer à cette arme. Pour la Maison-Blanche, il s'agit d'afficher des victoires pour les agriculteurs et les industriels américains, sans donner l'impression de plier.

L'onde de choc dépasse le face-à-face bilatéral. Le quotidien Le Monde rapporte que les ministres de l'Industrie de l'Union européenne, réunis à Bruxelles le 24 septembre, planchaient justement sur une définition du « Made in Europe » pour répondre à la concurrence chinoise. Tout accord sino-américain qui redirigerait les surplus industriels chinois vers d'autres marchés serait scruté de près en Europe.

Puces et IA : le cœur de la rivalité

Si les droits de douane font les manchettes, la véritable ligne de front est technologique. Les restrictions américaines sur l'exportation de semi-conducteurs avancés visent à freiner la Chine dans la course à l'intelligence artificielle. Or l'administration Trump a déjà montré qu'elle était prête à assouplir certaines de ces règles, en autorisant fin 2025 la vente de puces Nvidia plus performantes à des clients chinois, moyennant une ponction sur les revenus.

Pékin voudrait aller plus loin et obtenir un relâchement durable du contrôle des exportations, tout en poursuivant sa propre stratégie d'autonomie avec ses champions nationaux. Côté américain, la tentation de monnayer l'accès aux puces se heurte à une objection de fond : chaque concession renforce potentiellement les capacités militaires et de surveillance d'un rival. C'est l'un des points qui alimentent la colère des faucons.

Taïwan, la ligne rouge permanente

Sur Taïwan, le vocabulaire chinois est constant : la question relève des « affaires intérieures » de la Chine et constitue la ligne rouge absolue de la relation. Les ventes d'armes américaines à l'île, dont un important lot annoncé fin 2025 avait provoqué des manœuvres militaires chinoises d'ampleur, sont au premier rang des griefs de Pékin.

C'est sans doute ici que se logent les sous-entendus relevés par Le Temps. Lorsque la diplomatie chinoise insiste sur le « respect mutuel » et la « non-ingérence », elle rappelle en creux ses exigences sur Taïwan. La crainte, à Taipei comme chez les alliés régionaux, est que Donald Trump, adepte des marchandages globaux, soit tenté d'échanger de la retenue sur les livraisons d'armes contre des concessions commerciales. Aucune annonce en ce sens n'a été faite, mais la simple inscription du sujet au programme suffit à nourrir l'inquiétude.

Iran, Ukraine, espace : Pékin, partenaire ou obstacle ?

Les trois dossiers de sécurité inscrits au menu ont un point commun : Washington a besoin, au moins en partie, de la Chine pour avancer.

Sur l'Iran, la Chine est le principal débouché du pétrole iranien et dispose donc d'un levier économique que les États-Unis n'ont pas. Washington voudrait que Pékin pèse sur Téhéran ; Pékin se pose en acteur neutre attaché à la stabilité des approvisionnements énergétiques et peu enclin à épouser la stratégie américaine au Moyen-Orient.

Sur l'Ukraine, le contexte a évolué. Le média indépendant russe Meduza rapporte que Volodymyr Zelensky, en visite aux États-Unis, a affirmé que les concessions de « l'esprit d'Anchorage », du nom du sommet Trump-Poutine en Alaska en août 2025, qui incluaient la reconnaissance de la souveraineté russe sur les territoires occupés, ne sont plus sur la table, ce qu'il attribue à la position de son armée sur le terrain. Pour Washington, obtenir de Pékin qu'il réduise son soutien économique et industriel à Moscou serait un gain majeur. Pour la Chine, le partenariat avec la Russie demeure un atout stratégique qu'elle n'a guère intérêt à sacrifier.

Quant à l'espace, il est devenu un terrain de compétition militaire à part entière. Le projet américain de bouclier antimissile « Golden Dome », qui prévoit des capteurs et des intercepteurs en orbite, est dénoncé par Pékin comme un facteur de militarisation de l'espace. La Chine, qui développe elle aussi des capacités antisatellites, réclame des garde-fous ; Washington y voit surtout une tentative de brider son avance.

La fronde des faucons républicains

C'est peut-être le fait politique le plus notable de la semaine : ce réchauffement divise le camp de Donald Trump. Le Temps souligne que le président s'est attiré les foudres des faucons républicains, pour qui la relation avec Pékin relève de la confrontation systémique et non de la négociation commerciale.

Leurs arguments sont connus : assouplir les contrôles technologiques reviendrait à armer un adversaire ; laisser planer le doute sur Taïwan affaiblirait la dissuasion ; dérouler le tapis rouge à Xi Jinping offrirait une victoire de prestige au Parti communiste chinois. Cette aile, très présente au Congrès, a longtemps fait de la fermeté envers la Chine l'un des rares consensus bipartisans à Washington. Voir un président républicain privilégier le « deal » à l'endiguement bouscule ce consensus.

La tension illustre deux visions concurrentes au sein de la droite américaine : une approche idéologique et sécuritaire, héritée des années de rivalité croissante avec Pékin, et une approche transactionnelle, propre à Donald Trump, qui juge chaque relation à l'aune des gains immédiats pour l'économie américaine.

Ce qu'il faut retenir

Ce sommet n'a pas vocation à réconcilier deux puissances rivales, mais à gérer leur rivalité. Pékin cherche du temps, de l'accès technologique et une reconnaissance de ses lignes rouges ; Washington cherche des gains commerciaux rapides et un coup de main sur l'Iran et l'Ukraine. La question est de savoir qui cède le plus sur le long terme. Les faucons républicains redoutent que la réponse soit Washington. Les prochains mois, avec les décisions sur les contrôles d'exportation et les livraisons d'armes à Taïwan, diront si les courtoisies de la Maison-Blanche cachaient de réelles concessions.