Chaudière-Appalaches

Après la défaite de la CAQ, Chaudière-Appalaches bascule à droite et tourne la page Fréchette

Le départ de Christine Fréchette scelle l'effondrement de la CAQ. En Chaudière-Appalaches, la vague conservatrice a balayé des bastions caquistes et propulsé Éric Duhaime à l'Assemblée nationale.

Après la défaite de la CAQ, Chaudière-Appalaches bascule à droite et tourne la page Fréchette

La nouvelle est tombée au lendemain d'un scrutin qui a bouleversé le paysage politique : la cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette, a annoncé qu'elle quitterait son poste, après la défaite cuisante de son parti lundi. Selon Ma Beauce, qui a diffusé l'information mardi, d'autres détails sont à venir sur les modalités de son départ. Pour Chaudière-Appalaches, une région longtemps considérée comme un terreau fertile pour la CAQ, ce départ n'est pas qu'un événement de la vie interne d'un parti : il est le dernier acte d'une soirée électorale qui a redessiné la carte locale.

Une défaite qui entraîne la démission de la cheffe

Les résultats de lundi ont placé le Parti québécois en tête. Au moment où Ma Beauce a publié son compte rendu, 59 députés péquistes avaient été élus, ce qui dessine un gouvernement minoritaire. Le Parti libéral arrive en deuxième place avec une quarantaine d'élus, tandis que le Parti conservateur du Québec fait son entrée à l'Assemblée nationale avec 19 députés. Québec solidaire en compterait une neuf, selon le même média. La CAQ, elle, a subi un revers que sa propre cheffe qualifie, par son départ, d'intenable.

Quitter la direction d'un parti au lendemain d'une défaite est un geste classique en démocratie parlementaire : il laisse à la formation le temps de se réorganiser et de choisir une nouvelle direction. Les informations disponibles à ce stade ne précisent pas la date de son départ effectif ni le processus de succession ; ces éléments restent à confirmer.

Chaudière-Appalaches, théâtre d'une vague conservatrice

C'est dans cette région que le séisme s'est fait sentir avec le plus de netteté. Ma Beauce parle d'une « véritable vague conservatrice » sur la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches. Son symbole le plus fort : Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, qui se présentait dans la circonscription de Bellechasse, a réussi à faire son entrée à l'Assemblée nationale après avoir mordu la poussière en 2022.

La Beauce, elle, a connu des changements de garde en série. Dans Beauce-Nord, la conservatrice Patricia Drouin l'a emporté avec près de 62 % des voix, devançant la libérale Nancy Labbé par plus de 16 000 voix. Dans Beauce-Sud, le candidat conservateur Jonathan Poulin a battu le député sortant Samuel Poulin par 13 499 voix. TVA Nouvelles a relevé que ce dernier, qui était ministre des Affaires municipales, avait encaissé une « cuisante défaite » : la perte d'un ministre en poste dans son propre fief est un signal particulièrement dur pour la CAQ.

Dans Mégantic, Jimmy Gagnon, du Parti conservateur, a remporté la circonscription avec près de 35 % des voix. Sa plus proche rivale, la péquiste Debbie Fennety, a obtenu près de 25 %, devant le député sortant François Jacques, à environ 19 %, selon Ma Beauce. Le sortant caquiste termine donc troisième : l'ampleur du recul est difficile à contester.

Des réactions marquées par la sobriété

Les principaux intéressés ont réagi avec retenue. Samuel Poulin s'est dit « vraiment très serein » devant les résultats et « prêt à entamer un nouveau chapitre » de sa vie, lui qui, à 35 ans, avait été élu pour la première fois il y a quelques années. De son côté, la libérale Nancy Labbé s'est dite fière de sa campagne, affirmant en entrevue sur les ondes d'Arsenal Media avoir visité chacune des municipalités de la circonscription.

À Saint-Georges, la mairesse Manon Bougie a félicité l'ensemble des candidats de Beauce-Sud pour leur implication et leur engagement dans l'exercice démocratique, dans un communiqué publié mardi matin, a rapporté Ma Beauce. Ces réactions, loin des joutes de campagne, rappellent que, dans une région où les élus se connaissent souvent personnellement, la défaite se vit aussi à l'échelle des relations de voisinage.

Les premiers chantiers des nouveaux élus

Les gagnants ne perdent pas de temps. Patricia Drouin entend rencontrer rapidement les maires de Beauce-Nord pour discuter de plusieurs enjeux municipaux, dont, selon Ma Beauce, la situation de certaines usines — le détail de ce dossier n'étant pas précisé dans l'extrait disponible. Cette volonté d'ancrage local est stratégique : le Parti conservateur du Québec, qui n'avait jamais siégé à l'Assemblée nationale, doit désormais démontrer qu'il sait gouverner les dossiers du quotidien, des infrastructures aux règlements municipaux.

Éric Duhaime a pour sa part promis de collaborer avec le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, tout en critiquant l'une de ses premières décisions, a rapporté Ma Beauce. Son entrée en scène depuis Bellechasse, une circonscription rurale à l'est de Québec, illustre la façon dont le vote conservateur s'est cristallisé dans les régions périphériques.

Ce que demandent les municipalités

Le monde municipal a, lui aussi, pris position. La Fédération québécoise des municipalités a félicité Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois, tout en appelant le nouveau gouvernement à poser rapidement des gestes concrets pour les régions. Selon Ma Beauce, elle souhaite notamment alléger le fardeau administratif imposé aux municipalités et accélérer les investissements dans les infrastructures. L'Union des municipalités du Québec, par la voix de son président Guillaume Tremblay, maire de Mascouche, a également salué la victoire péquiste et affirmé que les municipalités étaient prêtes à travailler dès maintenant avec le nouveau gouvernement.

Ces demandes prennent un relief particulier dans un contexte minoritaire : un gouvernement sans majorité doit négocier chaque projet de loi, ce qui donne un poids accru aux élus de toutes les régions, y compris les 19 conservateurs dont plusieurs viennent de Chaudière-Appalaches.

Ce qui change, et ce qui reste à voir

Plusieurs conséquences se dessinent. D'abord, la région perd ses repères politiques : la CAQ y a longtemps été dominante, et son effondrement ouvre un espace que les conservateurs ont occupé sans partage. Ensuite, la combinaison d'un gouvernement péquiste minoritaire et d'une forte députation conservatrice en région crée une dynamique inédite : les élus de Chaudière-Appalaches ne siégeront pas dans le camp gouvernemental, ce qui pourrait compliquer l'accès aux leviers de financement, à moins de négociations ponctuelles.

Reste enfin la question de la succession à la tête de la CAQ. Les informations actuelles ne disent rien du calendrier ni des candidatures éventuelles ; il serait prématuré de spéculer. Ce qui est établi, c'est qu'une cheffe quitte son poste après une défaite que son propre parti n'avait manifestement pas anticipée, et que, dans les circonscriptions rurales de Beauce et de Mégantic, la sanction électorale a été particulièrement nette.

Dans les semaines qui viennent, les premières séances de la nouvelle législature diront si cette vague conservatrice se traduit en influence réelle ou si elle restera, pour l'essentiel, un message envoyé dans les urnes.