Chaudière-Appalaches

Beauceville visée par sept constats d'infraction environnementale liés à son parc industriel

La Ville de Beauceville doit répondre de sept constats d'infraction en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement, pour des travaux réalisés dans des milieux humides et près de cours d'eau.

Beauceville visée par sept constats d'infraction environnementale liés à son parc industriel

La nouvelle a d'abord circulé dans les pages du quotidien Le Soleil avant d'être reprise par le média régional Ma Beauce : la Ville de Beauceville fait face à sept constats d'infraction délivrés en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement. Les manquements allégués concernent des travaux effectués sans les autorisations requises dans des milieux humides et à proximité de cours d'eau, dans le cadre du projet d'agrandissement du parc industriel de la municipalité.

Sept constats, ce n'est pas un accroc isolé. C'est une série. Et c'est précisément cette accumulation qui donne au dossier une portée qui dépasse le cas d'une seule municipalité de 6 000 habitants de la Beauce.

Ce que dit la loi invoquée

La Loi sur la qualité de l'environnement, le texte fondateur du droit environnemental québécois adopté en 1972, repose sur un principe simple : certaines activités susceptibles d'altérer la qualité de l'environnement ne peuvent être entreprises qu'avec une autorisation ministérielle préalable. Depuis la réforme du régime d'autorisation entrée en vigueur en 2018, la loi module ces exigences selon quatre niveaux de risque — élevé, modéré, faible, négligeable.

Les interventions dans les milieux humides et hydriques figurent parmi les activités les plus encadrées. Remblayer une tourbière, détourner un fossé, modifier la rive d'un ruisseau : tout cela relève, dans la très grande majorité des cas, d'une autorisation exigée par le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Depuis 2017, le Québec applique en outre un principe d'« aucune perte nette » : quiconque détruit un milieu humide doit normalement compenser financièrement cette perte, l'argent alimentant un fonds dédié à la restauration.

Un constat d'infraction n'est pas un jugement. Il ouvre un processus judiciaire devant la Cour du Québec, au cours duquel la municipalité peut plaider non coupable, contester les faits ou invoquer une défense de diligence raisonnable. Les amendes prévues à la loi pour les personnes morales se comptent toutefois en dizaines de milliers de dollars par chef, et elles se cumulent. Une municipalité n'y échappe pas : devant la Loi sur la qualité de l'environnement, une ville est un justiciable comme un autre.

Un parc industriel, une pression bien réelle

Il faut comprendre ce que représente un parc industriel pour une ville beauceronne. Dans une région dont l'identité économique s'est bâtie sur la PME manufacturière, la sous-traitance et l'entrepreneuriat familial, la disponibilité de terrains viabilisés est devenue l'un des principaux goulots d'étranglement. Les municipalités de Chaudière-Appalaches se font concurrence pour retenir des entreprises qui, faute d'espace, menacent de déménager à quelques dizaines de kilomètres. Un terrain prêt à bâtir, c'est un argument de rétention.

Or, la géographie de la Beauce complique l'équation. Beauceville est installée dans la vallée de la rivière Chaudière, un corridor étroit encadré de collines appalachiennes, traversé de tributaires et ponctué de secteurs mal drainés. Les terrains plats, faciles d'accès et proches des infrastructures routières sont rares — et ceux qui restent sont souvent précisément ceux que la loi protège. L'agrandissement d'un parc industriel dans ce contexte se heurte presque inévitablement à un milieu humide, à un fossé qui est en réalité un cours d'eau au sens réglementaire, ou à une bande riveraine.

C'est là que se joue l'arbitrage que révèle ce dossier : entre l'urgence économique ressentie par un conseil municipal et la lenteur, bien réelle, du processus d'autorisation environnementale. Les délais d'analyse du ministère se comptent souvent en mois, parfois davantage lorsque le dossier exige des inventaires biologiques, une caractérisation des milieux humides et un plan de compensation. Pour un promoteur pressé ou une ville qui a promis un terrain à une entreprise, la tentation de commencer les travaux et de régulariser ensuite existe. Elle coûte cher.

Beauceville, une ville qui connaît l'eau

L'ironie n'échappera à personne dans la région : peu de municipalités québécoises ont autant de raisons que Beauceville de se méfier de l'hydrologie. La ville est l'un des points chauds historiques des inondations printanières de la rivière Chaudière, causées par les embâcles de glace. Les crues de 2019, particulièrement destructrices, ont mené à des démolitions de bâtiments dans le secteur riverain, à des programmes d'indemnisation et à une réflexion collective sur l'occupation du territoire en zone inondable. Le nom même du grand événement sportif voisin, le Défi des 4 Versants, rappelle à quel point le relief et l'écoulement des eaux structurent la vie de la vallée.

Les milieux humides jouent justement un rôle d'éponge : ils retiennent l'eau lors des épisodes de fonte ou de pluie intense, filtrent les sédiments et régulent le débit des tributaires. Les remblayer dans un bassin versant déjà sensible aux crues n'est pas qu'une question de paperasse administrative. C'est une décision hydrologique dont les effets se mesurent en aval.

Ce qu'il faut surveiller maintenant

Plusieurs éléments restent à établir publiquement, et il serait imprudent de les présumer. On ignore pour l'instant le détail de chacun des sept chefs, l'étendue exacte des superficies touchées, la période au cours de laquelle les travaux ont été réalisés, et la part de responsabilité qui reviendrait à la municipalité par rapport à d'éventuels entrepreneurs mandatés. On ne connaît pas non plus la position que la Ville entend défendre devant le tribunal, ni si le ministère a exigé en parallèle des mesures de restauration des lieux.

Trois choses méritent d'être suivies. D'abord, la réponse formelle de Beauceville : plaidoyer, contestation, ou entente. Ensuite, la question de la remise en état, souvent plus lourde de conséquences que l'amende elle-même, puisqu'elle peut remettre en cause la configuration du projet d'agrandissement. Enfin, l'effet sur l'échéancier du parc industriel et sur les entreprises qui comptaient s'y installer.

Un signal envoyé au-delà de Beauceville

Ce dossier arrive dans un contexte politique particulier en Beauce, où la campagne électorale provinciale bat son plein et où les candidats de Beauce-Nord multiplient les rencontres avec le milieu des affaires, comme l'a rapporté Ma Beauce. Le développement industriel, l'accès aux terrains et l'allègement réglementaire y sont des thèmes récurrents. Les constats signifiés à Beauceville rappellent que cet allègement, quand il est réclamé, doit composer avec des obligations qui ne relèvent pas de la simple bureaucratie.

Pour les autres municipalités de Chaudière-Appalaches engagées dans des projets d'expansion — et elles sont nombreuses —, le message est direct : le statut de ville ne confère aucune immunité en matière environnementale. La prudence commande de caractériser les milieux naturels avant d'acheter, avant d'annoncer, avant de creuser. La régularisation a posteriori, elle, se plaide au palais de justice.