Mauricie

Au quartier général de la CAQ à Trois-Rivières, la défaite avait des airs de veillée mortuaire

Le soir où la CAQ a perdu le pouvoir, sa cheffe a aussi perdu son siège de Trois-Rivières. Récit d'une soirée électorale en Mauricie où le Parti québécois, lui, a récolté un gouvernement minoritaire.

Au quartier général de la CAQ à Trois-Rivières, la défaite avait des airs de veillée mortuaire

Une soirée qui a basculé tôt

Il est des soirées électorales qui se jouent à la dernière minute, au fil des bulletins comptés un à un. Celle de lundi, à Trois-Rivières, n'a pas eu ce suspense. Selon la chronique que Le Nouvelliste a consacrée au rassemblement de la Coalition avenir Québec – Équipe Christine Fréchette pour la Mauricie et la circonscription de Nicolet-Bécancour, l'ambiance affichait, dès le début de la soirée, des airs de veillée mortuaire. Le titre du texte résume à lui seul l'atmosphère : on était venu fêter ou, à tout le moins, espérer, et l'on se retrouvait à veiller un projet politique.

Le détail qui donne la mesure de la déception est rapporté par le même quotidien : la cheffe de la CAQ a fait son entrée au rassemblement de son parti, à Trois-Rivières, alors que « la soirée était encore jeune ». Dans le jargon des soirées électorales, cela veut dire que les chaînes de télévision avaient déjà commencé à dessiner l'issue du scrutin. Le Nouvelliste titre sans détour que Christine Fréchette perd ses titres de première ministre et de députée. Autrement dit, la défaite n'était pas seulement nationale : elle était personnelle, et elle se jouait à domicile.

Ce qui s'est passé : un Parti québécois minoritaire

Sur le plan provincial, le portrait dressé par Le Nouvelliste est net. Les électeurs québécois ont élu un gouvernement minoritaire du Parti québécois, un retour spectaculaire pour la formation de Paul St-Pierre Plamondon. Ce résultat ouvre, selon le quotidien, la voie à un éventuel troisième référendum sur la souveraineté, ce qui en fait un scrutin lourd de conséquences constitutionnelles et pas seulement un changement d'équipe à Québec.

Un gouvernement minoritaire, c'est toutefois un pouvoir sous surveillance. Le parti qui l'exerce doit négocier chaque projet de loi, chaque budget, chaque nomination avec au moins une formation d'opposition. La promesse référendaire, si elle demeure au programme, devra composer avec cette arithmétique parlementaire : on ne conduit pas un grand projet de rupture avec une majorité qu'on n'a pas. Les analystes cités dans la couverture de la soirée insistent d'ailleurs sur ce contraste entre l'ampleur symbolique de la victoire et la marge de manœuvre réelle du nouveau gouvernement.

La chute de la CAQ, et ce que la Mauricie en retient

La Mauricie occupait, dans cette histoire, une place particulière. La première ministre sortante y avait son fief électoral et y tenait son rassemblement. C'est donc sous les yeux de ses militants locaux, dans une salle de Trois-Rivières, que la CAQ a vu s'effondrer le plus haut niveau de responsabilité que le parti ait connu depuis son arrivée au pouvoir. Voilà ce qui donne à la chronique de Le Nouvelliste sa valeur : elle ne raconte pas une défaite abstraite, mais le visage de ceux qui l'ont vécue, au fond d'une salle trop grande pour le nombre de partisans encore sur place.

Selon Le Nouvelliste, le parti pourrait toutefois survivre à cette « cuisante défaite », mais en sortira fragile. Le quotidien rappelle que la remontée de la CAQ avait pourtant été significative après l'élection de Christine Fréchette comme cheffe et première ministre : les sondages, qui ne donnaient plus que 9 % des intentions de vote au parti de François Legault à la fin de mars, étaient devenus beaucoup plus généreux à mesure qu'elle donnait sa propre couleur à la formation. Cette dynamique n'a pas suffi. On mesure à quel point un redressement de quelques mois, aussi réel soit-il, peut buter sur l'usure de plusieurs années de pouvoir.

Pour la CAQ, la question qui s'ouvre est celle de sa raison d'être. Fondée comme un véhicule nationaliste-autonomiste porté par un chef charismatique, elle se retrouve sans chef élu, sans siège pour sa cheffe et face à un Parti québécois qui occupe à nouveau le terrain identitaire. Les prochaines semaines diront si elle choisit de se reconstruire en opposition officielle ou si elle se délite. Rien, dans ce que rapportent les médias consultés, ne permet de trancher.

Une lecture régionale : au-delà des vestes de campagne

De ce côté-ci du fleuve, on aurait tort de réduire la soirée du 5 octobre à un simple jeu de chaises musicales. La Mauricie est une région où l'équilibre politique est souvent fin, où des circonscriptions ont déjà basculé d'un camp à l'autre d'une élection à l'autre, et où les débats économiques sont vifs. Les pages d'opinion du Nouvelliste en témoignent : dans la même édition, un lecteur réagit à une lettre du groupe Madysta et défend l'idée que dire non au projet TES Canada ne revient pas à être contre l'économie. Ce n'est pas un détail : il s'agit d'un débat de développement industriel et énergétique qui traverse la campagne mauricienne et dont le prochain gouvernement héritera.

À l'inverse, d'autres voix demandaient, en lendemain d'élection, que l'on reprenne prise sur l'essentiel. Dans une lettre ouverte, les co-porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Marie-Ève Brunet et Serge Petitclerc, interrogent ce que l'on peut vraiment « reprendre » après un scrutin. Un lecteur, dans une autre lettre, rappelle de son côté que l'école ne peut plus attendre et que des milliers d'enfants franchiraient le lendemain matin les portes de leur établissement, certains « le ventre plein », d'autres non. Ces textes, publiés dans les pages d'opinion, rappellent que les élections ne se résument pas à la bataille des chefs : elles se mesurent aussi à la manière dont elles répondent, ou non, aux urgences sociales et scolaires.

Le contraste des soirées

La chronique du rassemblement caquiste prend d'autant plus de relief qu'elle contraste avec l'ambiance ailleurs. Le même jour, Le Nouvelliste relevait avec un brin d'ironie qu'au moins 1458 personnes n'étaient « pas vraiment intéressées » par les élections lundi soir, parce qu'elles assistaient plutôt à un spectacle de l'humoriste J.F. Otis. L'anecdote n'a rien d'anodin : elle dit quelque chose du détachement d'une partie de l'électorat, de cette difficulté, pour la politique, de retenir l'attention un soir où tout est censé se jouer.

On aurait tort, pourtant, de lire dans cette indifférence apparente la preuve d'un désintérêt généralisé. Un résultat aussi marqué que celui de lundi, un Parti québécois qui revient de loin, une première ministre qui perd son siège, un parti de gouvernement relégué à l'incertitude, montre au contraire un électorat capable de sanctionner et de renverser. La participation exacte et sa répartition régionale, que les données officielles d'Élections Québec préciseront, permettront de nuancer ce portrait.

Ce qui change, et ce qui reste à voir

Quelques éléments se dégagent de cette soirée. D'abord, le Québec entre dans une période d'instabilité parlementaire : un gouvernement minoritaire doit chercher des appuis, et la durée de vie d'une telle législature est généralement courte. Ensuite, la perspective d'un troisième référendum, évoquée dans la couverture des résultats, devient un sujet de débat public, même si sa tenue n'a rien d'automatique. Enfin, la CAQ doit se réinventer ou s'effacer, et la Mauricie, où son éclat s'est éteint sous les yeux de ses propres militants, sera un des premiers lieux où l'on pourra mesurer l'ampleur de sa reconstruction.

À Trois-Rivières, la salle s'est vidée tôt. Les pancartes, elles, resteront pour un temps. Mais ce que la chronique de Le Nouvelliste a su saisir, c'est ce moment suspendu où l'on comprend que quelque chose vient de finir, sans que l'on sache encore ce qui commencera. C'est peut-être là la définition la plus juste d'une veillée : on y reste ensemble, un peu hébété, avant de rentrer chez soi.