Les bureaux de vote par anticipation ouvrent leurs portes en vue du scrutin général du 5 octobre. Dans l’Est-du-Québec, le Journal Le Soir rapporte que tout est prêt dans la circonscription de Rimouski. Plus à l’ouest, dans Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques, une question très concrète s’est imposée dans les derniers jours de la campagne : comment se déplacera-t-on demain dans une région où l’automobile reste, pour la plupart des ménages, la seule option réaliste ?
Deux annonces rendues publiques le même jour illustrent des approches différentes. Québec solidaire se prononce contre le prolongement de l’autoroute 20 et promet d’investir dans le transport collectif. La Coalition avenir Québec, de son côté, s’engage à ajouter 30 M$ par année pour le transport interurbain et régional. Ces deux engagements ne sont pas symétriques, et aucun ne répond encore à toutes les questions.
Québec solidaire dit non à la 20
Selon le Journal Le Soir, le candidat de Québec solidaire dans Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques s’est dit opposé au prolongement de l’autoroute 20. Cette prise de position s’inscrit dans une réponse plus large, relayée par le Journal l’Horizon. Plus tôt cette semaine, le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) avait publié une liste de demandes adressées à l’ensemble des partis. Il y réclamait des engagements « musclés » en environnement.
En réaction, les candidats solidaires de la région se sont engagés sur quatre fronts : les transports collectifs, la protection des territoires, la protection et l’accès aux plans d’eau, ainsi que d’autres volets environnementaux. Pour le parti, le raisonnement est connu : de nouvelles voies rapides favorisent l’usage de l’automobile et empiètent sur les terres agricoles et les milieux naturels. Les fonds publics seraient mieux employés à offrir des solutions de rechange à l’auto solo.
Les comptes rendus publiés dans les médias régionaux ne précisent toutefois pas plusieurs éléments essentiels. On ignore quelle enveloppe serait consacrée au transport collectif au Bas-Saint-Laurent, selon quel calendrier et pour quels trajets. Or, c’est précisément le nœud du problème : dans une région peu densément peuplée, refuser un projet routier sans présenter une offre de remplacement chiffrée risque de laisser bien des électeurs sceptiques.
La CAQ promet 30 M$ de plus par année
Le Journal l’Horizon rapporte que la députée sortante et candidate caquiste Amélie Dionne se réjouit de l’engagement pris par l’équipe de Christine Fréchette. La CAQ investirait 30 M$ supplémentaires chaque année pour soutenir le transport interurbain et le transport régional, dans le but de rendre les services plus accessibles et de faciliter la vie des Québécois qui vivent en région.
L’approche est différente de celle de Québec solidaire. Plutôt que de trancher sur un grand projet d’infrastructure, la CAQ propose de consolider les services existants : liaisons d’autocar entre les villes et transport collectif organisé à l’échelle des MRC. Dans le texte rapporté par le Journal l’Horizon, cette promesse ne s’accompagne d’aucune prise de position sur l’autoroute 20.
La principale zone floue tient à la répartition. Il s’agit d’une enveloppe annuelle pour l’ensemble du Québec. Si l’on divise 30 M$ entre les nombreuses régions desservies par des services interurbains et régionaux, la part qui reviendrait réellement au Bas-Saint-Laurent pourrait être modeste. Le montant exact destiné à la région n’a pas été précisé.
Un dossier qui traverse les décennies
Le prolongement de l’autoroute 20 est l’un des plus vieux dossiers routiers de l’Est-du-Québec. L’autoroute, qui relie Montréal au Bas-Saint-Laurent, s’interrompt à l’est de Rivière-du-Loup. Il faut ensuite emprunter la route 132, qui longe le fleuve et traverse les villages, jusqu’à ce que l’autoroute reprenne dans le secteur de Rimouski.
Pendant des années, le « chaînon manquant » a été avancé tronçon par tronçon. Il a fait l’objet d’études, d’annonces et de reports successifs. Ses partisans invoquent la sécurité routière sur la 132, la fluidité du camionnage et l’attractivité économique de la région. Ses opposants, dont les groupes environnementaux régionaux, soulignent les coûts élevés, l’empiètement sur les terres agricoles et les milieux humides, ainsi que la contradiction avec les objectifs de réduction des gaz à effet de serre.
Pour la MRC des Basques, et en particulier pour le secteur de Trois-Pistoles, l’enjeu est très concret. Selon le point de vue, l’autoroute signifie soit un désenclavement attendu depuis longtemps, soit un nouveau corridor qui contournerait les noyaux villageois et leurs commerces.
Le Témiscouata vit une autre réalité. L’axe qui relie Rivière-du-Loup au Nouveau-Brunswick, par Dégelis et Edmundston, a lui aussi longtemps été réclamé comme une autoroute complète. C’est une artère majeure pour le transport de marchandises vers les Maritimes. Pour les résidents de cette MRC, l’enjeu du transport collectif se pose surtout en matière d’accès : se rendre à Rivière-du-Loup pour un rendez-vous médical, des études ou un emploi, sans voiture.
Ce que chaque engagement changerait sur le terrain
Concrètement, ces promesses auraient des effets différents selon le lieu de résidence.
À Rivière-du-Loup, principal pôle de services de la circonscription, le transport collectif urbain et le terminus d’autocars sont déjà présents. Une hausse du financement interurbain pourrait se traduire par des départs plus fréquents vers Québec et vers l’est, à condition que les transporteurs et les autorités organisatrices l’utilisent en ce sens. L’arrêt du prolongement de l’A-20 aurait peu d’effet immédiat sur la ville elle-même, mais il influencerait la circulation de transit vers l’est.
Au Témiscouata, où les distances sont grandes et la population dispersée, l’essentiel se joue dans le transport collectif régional organisé par la MRC et dans les correspondances avec les lignes interurbaines. Ni l’un ni l’autre des engagements, tels qu’ils ont été rapportés, ne précise de nouvelles lignes ni des horaires ajoutés pour ce territoire.
Dans Les Basques, le contraste est le plus net. Si Québec solidaire était au pouvoir, le tronçon autoroutier qui concerne directement ce secteur ne verrait pas le jour, et la route 132 demeurerait l’axe principal. Pour convaincre, la promesse de transport collectif devrait alors offrir aux résidents de Trois-Pistoles et des villages voisins une solution crédible pour se rendre à Rivière-du-Loup ou à Rimouski. La promesse caquiste, elle, ne touche pas au dossier routier.
Les angles morts de la campagne
Trois questions demeurent sans réponse claire.
- Les échéanciers. Ni Québec solidaire ni la CAQ n’ont présenté, dans les informations rendues publiques localement, de calendrier précis de mise en œuvre pour le Bas-Saint-Laurent.
- Le financement. Les 30 M$ de la CAQ représentent une enveloppe nationale récurrente, mais la part régionale reste inconnue. Du côté solidaire, le coût des engagements en transport collectif pour la région n’a pas été chiffré dans les comptes rendus disponibles.
- La desserte réelle. Dans une région aussi étendue, ce sont la fréquence des passages et les correspondances qui comptent. Un autocar par jour dans chaque direction ne change pas les habitudes d’un travailleur ou d’un étudiant.
Ces interrogations prennent un relief particulier au moment où les régions pèsent lourd dans l’équation électorale. Comme le rapporte le Journal l’Horizon, un sondage Léger dévoilé au congrès de la Fédération québécoise des municipalités portait justement sur les priorités et les intentions de vote de la population des municipalités de moins de 100 000 habitants. Il fait ressortir l’influence significative de ces électeurs sur l’issue du scrutin.
Au Bas-Saint-Laurent, le vote par anticipation offre aux électeurs l’occasion de trancher entre ces deux logiques : bâtir ou non la route, ou renforcer les services qui la parcourent. D’ici là, la question qui compte le plus pour les résidents de Rivière-du-Loup, du Témiscouata et des Basques reste entière : qu’est-ce qui passera réellement devant chez eux, et à quelle fréquence ?
