La Côte-Nord a changé de couleur politique. Selon les résultats rapportés par Radio-Canada et TVA Nouvelles, les deux circonscriptions de la région, Duplessis et René-Lévesque, ont basculé du côté du Parti Québécois (PQ) lors de l’élection générale, mettant fin à quatre ans de représentation par la Coalition avenir Québec (CAQ). Ce double revirement s’inscrit dans un mouvement plus large : TVA Nouvelles indique que la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent et la Côte-Nord étaient en voie de repasser entièrement sous le giron souverainiste, et que le parti retrouvait aussi du terrain au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Deux circonscriptions, un même scénario
Dans Duplessis, Radio-Canada parle d’un « retour du château fort péquiste » après le passage de la CAQ. Meggie Richard succède ainsi à la députation caquiste dans une circonscription qui, historiquement, a souvent voté pour le PQ avant la parenthèse de 2022. L’expression « château fort » n’a rien d’anodin : elle rappelle que, pour une partie de l’électorat nord-côtier, ce vote correspond à une habitude politique ancienne, qui avait été interrompue plutôt qu’abandonnée.
Dans René-Lévesque, la bascule a une portée symbolique particulière. Selon Radio-Canada, l’élection d’Odette Lavigne met fin au règne de la CAQ et de son candidat sortant, Yves Montigny. Le fait qu’un député sortant ait été battu, et non une circonscription laissée vacante, donne au résultat une lecture plus tranchante : il s’agit d’un désaveu du bilan local autant que d’un choix de parti.
Les deux élues héritent donc d’une région où, pour la première fois depuis longtemps, aucune circonscription n’est représentée par le parti de gouvernement sortant.
Une vague régionale, pas un accident local
Le résultat nord-côtier ne se comprend bien qu’en le replaçant dans le portrait d’ensemble que dresse TVA Nouvelles. Le PQ y est décrit en bonne posture dans l’Est-du-Québec et au Saguenay–Lac-Saint-Jean, c’est-à-dire dans les régions éloignées des grands centres où la CAQ avait fait une percée marquée en 2018 et en 2022. Le phénomène est cohérent : ces territoires partagent des enjeux similaires, qu’il s’agisse de dépendance aux ressources naturelles, de vieillissement démographique, de distances à parcourir pour les services ou d’un sentiment récurrent d’être éloignés des décisions prises dans les capitales.
Il faut toutefois rester prudent sur les explications. Les sources consultées rapportent les résultats et leur effet, mais n’établissent pas à elles seules pourquoi les électeurs ont changé de camp. Plusieurs hypothèses circulent habituellement dans ce genre de scrutin : l’usure d’un gouvernement après un mandat, la remontée du PQ comme alternative principale, ou encore des préoccupations locales sur les services publics. Seule une analyse fine des résultats par secteur, que les prochaines semaines permettront peut-être, pourra départager ces facteurs.
Les services publics, un terrain sensible
Parmi les dossiers qui touchent directement le quotidien des Nord-Côtiers, celui du réseau de la santé revient dans l’actualité récente. Radio-Canada rapportait avant le scrutin que l’absentéisme est un enjeu important chez Santé Québec Côte-Nord : plus d’une personne sur dix y est actuellement dans l’incapacité de travailler à cause de problèmes de santé. Dans une région où le recrutement est déjà difficile et où les distances compliquent les remplacements, ce taux pèse lourd sur les équipes en place et sur l’accès aux soins.
Le même réseau expérimente par ailleurs des solutions technologiques. Selon Radio-Canada, un projet pilote en intelligence artificielle y est en cours, avec un outil qui rédige des notes à la place des cliniciens. Le média précise qu’il ne sera bientôt plus réservé aux seuls médecins. L’idée est d’alléger la charge administrative, un irritant fréquemment cité par le personnel soignant. Ces deux nouvelles, prises ensemble, dessinent le contexte dans lequel les nouvelles élues devront travailler : un réseau sous pression qui cherche des gains d’efficacité tout en composant avec des absences nombreuses.
Il serait hasardeux d’affirmer que ces enjeux ont directement déterminé le vote. Mais ils font partie du paysage que les candidats ont dû affronter en campagne, et ils figureront sans doute parmi les premières demandes adressées aux députées.
Un scrutin aussi marqué par l’accès au vote
La campagne a également eu une dimension plus discrète, mais significative sur le plan démocratique. Radio-Canada a rapporté qu’Élections Québec a encouragé les personnes en situation d’itinérance de la Côte-Nord à voter, dans le cadre d’une nouvelle initiative qui s’est toutefois butée à certains obstacles. Le média ne détaille pas ici l’ampleur de ces difficultés, et il n’est pas possible, à partir des éléments disponibles, d’en mesurer l’effet sur la participation.
L’initiative mérite néanmoins d’être soulignée : elle reconnaît qu’un droit de vote théoriquement universel se heurte, dans les faits, à des barrières pratiques, comme l’absence d’adresse fixe ou de pièces d’identité à jour. Dans une région où l’itinérance, souvent moins visible qu’en milieu urbain, est une réalité croissante, le suivi de cette expérience sera à surveiller lors des prochains scrutins.
Ce que le changement de couleur implique concrètement
Pour les deux nouvelles élues, le défi est double. Elles doivent d’abord composer avec leur position au sein de l’Assemblée nationale : le poids réel de leur voix dépendra de la place qu’occupera le PQ à l’issue du scrutin, que ce soit au gouvernement ou dans l’opposition, ce que les éléments rapportés ici ne permettent pas de trancher. Une députation au pouvoir peut obtenir des engagements concrets pour sa circonscription, tandis qu’une députation d’opposition mise davantage sur la pression publique.
Elles doivent ensuite répondre à des attentes locales très concrètes, dont certaines relèvent de services courants. À Sept-Îles, par exemple, Radio-Canada annonçait que les boîtes postales communautaires entreraient en fonction dès le 19 octobre, les citoyens pouvant y récupérer leur courrier à partir de cette date. Ce dossier relève de Postes Canada et donc du fédéral, mais il illustre le type de préoccupations qui remontent jusqu’aux bureaux de circonscription, quel que soit le palier de gouvernement concerné : les électeurs s’adressent d’abord à leur député, peu importe la compétence.
Un équilibre à surveiller
Le retour du PQ sur toute la Côte-Nord ne dit pas, à lui seul, si le mouvement est durable. Les circonscriptions de la région ont déjà alterné entre partis par le passé, et le vote y reste sensible aux enjeux économiques, aux grands projets industriels et à la qualité des services. Le caractère « château fort » de Duplessis suggère un ancrage historique, mais la défaite d’un député sortant dans René-Lévesque rappelle que l’électorat nord-côtier sanctionne aussi ceux qu’il juge peu à l’écoute.
Les premiers mois du mandat serviront de test. Les élues devront démontrer que leur présence sur le territoire se traduit par des résultats, notamment dans le réseau de la santé, où les pressions sont déjà bien documentées. Elles devront aussi composer avec une région qui, après avoir changé d’avis deux fois en quatre ans, n’offre à aucun parti une fidélité acquise d’avance.
