Chaudière-Appalaches

Disparition de Maëlyne Lugez : le Commissaire à la déontologie policière enquête sur l'intervention des policiers de Lévis

Une enquête déontologique est décrétée sur l'intervention du Service de police de la Ville de Lévis lors de la disparition de Maëlyne Lugez, en novembre 2024. Voici ce que l'on sait, et ce que cela signifie.

Disparition de Maëlyne Lugez : le Commissaire à la déontologie policière enquête sur l'intervention des policiers de Lévis

Près de deux ans après la disparition de Maëlyne Lugez, une instance indépendante se penche sur la façon dont la police de Lévis a réagi. Selon Ma Beauce, le Commissaire à la déontologie policière a récemment déclenché une enquête sur l'intervention des policiers du Service de police de la Ville de Lévis au moment de la disparition de la jeune femme, en novembre 2024.

Ce que l'on sait

L'information repose, à ce stade, sur un bref avis publié sur le site web du Commissaire et relayé par Ma Beauce le 8 octobre 2026. L'organisme y indique qu'une enquête déontologique a été décrétée afin d'examiner si le comportement des policiers visés respecte le Code de déontologie des policiers du Québec. Le texte de l'avis, tel que rapporté, est court : il ne détaille ni les gestes précis qui seront examinés, ni l'identité des agents concernés, ni le calendrier de l'enquête.

Il est important de le dire clairement : à la lumière des éléments disponibles, nous ne connaissons pas les circonstances détaillées de la disparition ni du décès de Maëlyne Lugez, et nous ne spéculerons pas à leur sujet. Seule la tenue d'une enquête déontologique est établie. Elle ne constitue pas, en elle-même, une conclusion sur la conduite des policiers.

Que fait le Commissaire à la déontologie policière?

Pour bien saisir la portée de cette annonce, il faut distinguer trois types de démarches, souvent confondues dans l'espace public.

L'enquête criminelle vise à déterminer si une infraction a été commise. L'enquête indépendante, lorsqu'une personne est blessée ou meurt à la suite d'une intervention policière, est confiée à un organisme externe au corps de police concerné. L'enquête déontologique, elle, porte sur un autre terrain : elle examine si un policier a respecté les normes de conduite que lui impose le Code de déontologie, par exemple en matière de respect des droits, de diligence ou de comportement professionnel.

Le Commissaire à la déontologie policière est l'organisme qui reçoit les plaintes du public et qui peut aussi agir de sa propre initiative. Lorsqu'il décrète une enquête, il ne s'agit pas d'un procès : l'objectif est de recueillir les faits et de décider s'il y a lieu de citer un policier devant le Comité de déontologie policière, un tribunal administratif spécialisé, qui peut ensuite imposer des sanctions allant de la réprimande à la destitution. Je précise ici le fonctionnement général du régime, sans attribuer au dossier de Maëlyne Lugez de détails que l'avis ne contient pas.

Pourquoi cette enquête compte

Le moment de l'annonce retient l'attention. Une enquête déontologique décrétée près de deux ans après les faits indique que l'examen de l'intervention policière suit un cheminement distinct, et souvent plus lent, que celui des autres processus. Cela n'a rien d'inhabituel : les volets criminel, coroner et déontologique ne se déroulent pas toujours en parallèle, et l'un peut attendre que l'autre soit achevé.

Pour les proches d'une personne disparue, l'enjeu dépasse la procédure. La question qui se pose à l'ouverture d'une telle enquête est simple et douloureuse : les premières heures et les premiers jours de la recherche ont-ils été menés avec toute la diligence voulue? C'est précisément ce type de question que la déontologie policière est conçue pour examiner, et il faudra attendre les conclusions du Commissaire pour savoir si elle a matière à des suites.

Pour la population, l'intérêt est aussi plus large. La manière dont une police traite un signalement de disparition, évalue le risque et déploie ses ressources influe sur la confiance du public envers l'institution. Qu'un organisme indépendant puisse vérifier ces choix, sans que le corps de police ne s'auto-évalue, fait partie des garde-fous du système.

Ce qui reste à éclaircir

Plusieurs points demeurent sans réponse à partir de l'information publiée :

  • l'objet précis de l'enquête, c'est-à-dire les gestes ou omissions éventuels qui seront examinés;
  • le nombre de policiers visés et leur rôle dans l'intervention;
  • la durée prévisible de l'enquête et le moment où ses conclusions seront connues;
  • la position du Service de police de la Ville de Lévis, qui n'est pas rapportée dans le texte dont nous disposons.

Ces zones d'ombre sont normales à ce stade, mais elles rappellent la prudence qui s'impose. Une enquête déontologique peut mener à des citations devant le Comité de déontologie, comme elle peut se conclure sans suite. Présumer de l'une ou l'autre issue serait prématuré.

Et maintenant?

La suite dépendra du travail du Commissaire. Si son enquête conclut à des éléments suffisants, il pourra citer les policiers concernés devant le Comité de déontologie policière, où les faits seront débattus publiquement et où les agents pourront se défendre. Dans le cas contraire, l'enquête pourrait se terminer sans citation, ce qui n'empêcherait pas le dossier de demeurer sensible pour les proches et pour la communauté.

Dans l'intervalle, la décision du Commissaire de se saisir du dossier rappelle un principe simple : la manière dont une police intervient lors d'une disparition peut faire l'objet d'un examen indépendant, et ce, même longtemps après les faits. Nous suivrons le dossier et mettrons cet article à jour à mesure que de nouveaux éléments seront rendus publics par les autorités.