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Hong Kong attire 18 nouvelles entreprises stratégiques et 10 milliards de dollars hongkongais d'investissements promis

Solana, Johnson & Johnson et seize autres sociétés ont signé jeudi des ententes avec Hong Kong, pour plus de 10 milliards de dollars de Hong Kong d'investissements. La métropole mise sur l'IA, la santé et la fabrication de pointe.

Hong Kong attire 18 nouvelles entreprises stratégiques et 10 milliards de dollars hongkongais d'investissements promis

Une nouvelle fournée d'entreprises à Hong Kong

Hong Kong poursuit sa campagne de séduction auprès des entreprises jugées stratégiques. Selon le South China Morning Post, dix-huit sociétés actives dans l'intelligence artificielle, les technologies de la santé et la fabrication de pointe ont signé des ententes jeudi pour s'établir ou étendre leurs activités dans la métropole. Ces projets représentent plus de 10 milliards de dollars de Hong Kong, soit environ 1,28 milliard de dollars américains, en investissements promis.

Parmi les noms cités par le quotidien figurent Solana, entreprise de technologies financières inscrite au Nasdaq, et le géant de la santé Johnson & Johnson. Les ententes ont été conclues avec le Bureau pour l'attraction d'entreprises stratégiques, l'organisme du gouvernement hongkongais chargé de convaincre des sociétés ciblées de s'implanter sur place.

Le chiffre mérite d'être mis en perspective : 1,28 milliard de dollars américains répartis sur dix-huit entreprises, cela représente en moyenne environ 70 millions de dollars américains par projet. C'est significatif pour une ville de la taille de Hong Kong, mais ce n'est pas un séisme financier à l'échelle mondiale. L'intérêt de l'annonce tient moins au montant qu'à la stratégie qu'elle illustre.

Le pari d'une économie à rebâtir

Pendant des décennies, Hong Kong a bâti sa prospérité sur trois piliers : sa place financière, son rôle de plaque tournante du commerce et son statut de porte d'entrée vers la Chine continentale. Ces atouts sont aujourd'hui contestés. La concurrence de Singapour dans la finance, la rivalité sino-américaine, la recomposition des chaînes d'approvisionnement et les débats persistants sur le climat des affaires depuis les bouleversements politiques de 2019 et 2020 ont poussé les autorités à diversifier leur modèle.

La démarche actuelle s'inscrit dans cette logique. Plutôt que d'attendre que les capitaux viennent d'eux-mêmes, les autorités ciblent des secteurs précis et négocient directement avec des entreprises. Le Bureau d'attraction d'entreprises stratégiques fonctionne comme un guichet sur mesure : il identifie des sociétés, leur propose un accompagnement et cherche à les amener à y installer des activités concrètes, comme des centres de recherche, des sièges régionaux ou des unités de production.

Les trois secteurs retenus ne sont pas choisis au hasard. L'intelligence artificielle est devenue le terrain de compétition numéro un entre les grandes économies. Les technologies de la santé s'appuient sur un écosystème universitaire local réputé et sur la proximité de bassins de patients et de données considérables dans le sud de la Chine. La fabrication de pointe, enfin, permet à la ville de se rattacher aux grandes zones industrielles voisines tout en occupant les segments à forte valeur ajoutée.

Pourquoi des entreprises américaines y trouvent leur compte

La présence de Johnson & Johnson et d'une société cotée au Nasdaq dans cette liste attire l'attention, car elle suggère que Hong Kong conserve un pouvoir d'attraction auprès d'acteurs occidentaux malgré les tensions géopolitiques. Les raisons plausibles tiennent à la fiscalité, au régime juridique de common law, à la libre circulation des capitaux et à la position géographique de la ville, à quelques heures de vol des grands marchés asiatiques.

Pour une entreprise de santé, s'établir à Hong Kong peut aussi offrir un point d'appui pour accéder au marché chinois sans y être entièrement exposée. Pour une société de technologies financières, la ville reste l'un des rares endroits d'Asie où l'on peut combiner un cadre réglementaire reconnu internationalement et la proximité du continent.

Cela dit, il faut rester prudent. Une entente signée est une promesse, pas un investissement réalisé. Les montants annoncés sont des engagements sur plusieurs années, et l'écart entre l'annonce et la concrétisation est un classique des campagnes d'attraction d'investissements, partout dans le monde. Le suivi des emplois créés, des capitaux effectivement déployés et du maintien des activités dans le temps sera le véritable test.

Une compétition régionale et mondiale

Hong Kong n'est pas seule à courtiser les multinationales, et le contexte régional invite à la comparaison. Le magazine The Economist relève que les entreprises multinationales perdent confiance en l'Indonésie, pays aux ressources abondantes et à la population immense, mais dont l'appareil gouvernemental décourage les investisseurs. Cet exemple illustre une règle simple : l'attrait d'un marché ne suffit pas, la prévisibilité des règles compte tout autant. Hong Kong, avec un marché local modeste, joue précisément sur cette carte de la stabilité réglementaire et de l'accès aux capitaux.

L'autre ligne de force est celle de l'intelligence artificielle. The Economist s'interroge aussi sur les conséquences du remplacement de travailleurs par l'IA, en soulignant que le travail a une valeur qui dépasse le salaire. Ce débat toile de fond n'est pas étranger à la démarche hongkongaise : les gouvernements veulent attirer les entreprises d'IA pour les emplois qualifiés et le prestige technologique, tout en sachant que cette même technologie transforme le marché du travail. La question de savoir combien d'emplois locaux ces projets créeront réellement reste ouverte.

Le secteur illustre aussi la force financière que l'IA génère. Quartz rapporte que Spotify anticipe pour le quatrième trimestre un résultat d'exploitation de 820 millions d'euros et 316 millions d'abonnés payants, des chiffres supérieurs aux attentes de Wall Street, soutenus par l'IA. L'exemple montre que l'enthousiasme des marchés pour les entreprises capables de tirer profit de cette technologie nourrit la course à l'implantation, et que les places financières cherchent à s'y associer.

Les vulnérabilités qui subsistent

L'annonce se déroule dans un contexte où Hong Kong doit aussi gérer des dossiers internes sensibles. Le South China Morning Post indique par exemple que des inspections sur la sécurité des ascenseurs ont confirmé l'absence de cadres de portes coupe-feu dans 338 immeubles desservis par une même entreprise, Taizoom Elevator, sans problème équivalent constaté chez les autres entrepreneurs. L'affaire n'a pas de lien direct avec l'attraction d'investissements, mais elle rappelle que la réputation d'une place d'affaires repose aussi sur la qualité de ses infrastructures et la rigueur de ses contrôles.

Plus largement, la ville doit composer avec un contexte énergétique et économique mondial incertain. Le Financial Times rapporte que le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, estime que des énergies renouvelables « rapides » et « bon marché » pourraient ramener le climat au centre de l'agenda mondial, alors que les perturbations énergétiques se prolongent. Pour une métropole dense, dépendante des importations d'énergie et exposée aux aléas climatiques, la transition énergétique n'est pas un sujet abstrait : elle conditionne le coût d'exploitation des centres de données et des usines que les nouveaux venus comptent installer.

Ce qu'il faut retenir

L'annonce de jeudi est d'abord un signal politique. Hong Kong affirme qu'elle reste ouverte aux grandes entreprises étrangères et qu'elle entend se repositionner sur des secteurs d'avenir plutôt que de vivre sur ses acquis. Le montant, 10 milliards de dollars de Hong Kong, est honorable sans être spectaculaire, et sa portée réelle dépendra de la mise en œuvre.

Trois indicateurs permettront de juger de la réussite de la stratégie : la part des engagements réellement décaissés, le nombre d'emplois qualifiés créés localement, et la capacité de la ville à retenir ces entreprises quand les conditions géopolitiques se tendront. Dans la course mondiale à l'IA et aux technologies de la santé, Hong Kong joue gros, et chaque nouvelle vague de signatures sera scrutée comme un test de sa crédibilité.