Culture

Jafar Panahi condamné à cinq ans de prison en Iran : un cinéaste toujours puni pour ses films

Selon elDiario.es, la justice iranienne a condamné par défaut le cinéaste Jafar Panahi, Palme d'or 2025, à cinq ans de prison, à la confiscation de ses biens et à une interdiction de quitter le pays.

Jafar Panahi condamné à cinq ans de prison en Iran : un cinéaste toujours puni pour ses films

La justice iranienne a de nouveau frappé l'un des cinéastes les plus connus du pays. Selon le quotidien espagnol elDiario.es, Jafar Panahi, lauréat de la Palme d'or du Festival de Cannes, a été condamné par défaut à cinq ans de prison et à la confiscation de ses biens. Le régime lui interdit en outre d'utiliser les réseaux sociaux pendant deux ans et de quitter le territoire, après qu'il a déjà passé quinze ans sans pouvoir voyager.

Une précision s'impose d'emblée : à l'heure où nous écrivons, cette information repose pour l'essentiel sur le compte rendu d'elDiario.es, dont nous n'avons pu consulter que le début. Les détails du jugement, le tribunal saisi, les chefs d'accusation précis et la date de la décision doivent donc être confirmés par d'autres sources, idéalement par les avocats du cinéaste ou par des médias présents sur place.

Ce que rapporte elDiario.es

D'après le média espagnol, la condamnation a été prononcée en l'absence de l'intéressé, ce qui signifie qu'il n'a pas pu se défendre devant la cour. Elle comporte quatre volets : cinq ans d'emprisonnement, la saisie de ses biens, deux ans d'interdiction d'utiliser les réseaux sociaux et une interdiction de sortie du pays.

Ce dernier point mérite d'être relevé. Le journal souligne que Jafar Panahi a déjà vécu quinze ans sans pouvoir quitter l'Iran. La nouvelle interdiction prolonge donc une situation que le cinéaste connaît depuis le début des années 2010, tout en y ajoutant une peine de prison et une sanction financière.

Le texte d'elDiario.es évoque aussi, en introduction de l'article, un contexte plus large : celui d'une guerre en Iran qui pèse sur l'actualité du cinéma à l'approche de la saison des Oscars. Nous ne disposons pas des éléments qui permettraient de décrire ce contexte avec précision, et nous préférons ne pas extrapoler.

Un cinéaste habitué des démêlés avec le pouvoir

Cette condamnation s'inscrit dans une longue série. Jafar Panahi, figure de la Nouvelle Vague iranienne, a été arrêté en 2010 et condamné l'année suivante à six ans de prison et à vingt ans d'interdiction de réaliser des films, de donner des entretiens et de quitter le pays. Il avait malgré tout continué à tourner, clandestinement, à Téhéran, dans des voitures ou des appartements, avec des moyens minimaux.

Il a été de nouveau emprisonné en 2022, puis libéré après une grève de la faim. Ses films, dont Taxi Téhéran et Trois visages, ont été salués dans les grands festivals internationaux, souvent sans qu'il puisse s'y rendre. Plusieurs fois, un siège vide a été réservé à son nom lors de cérémonies, devenu l'un des symboles de la censure iranienne dans le monde du cinéma.

La Palme d'or évoquée par elDiario.es a consacré ce parcours. Le prix a placé le cinéaste au sommet de la reconnaissance internationale, à un moment où son statut dans son propre pays restait celui d'un artiste surveillé et sanctionné.

Pourquoi cette décision compte

Sur le plan juridique, une condamnation par défaut est un signal particulier. Elle laisse entendre que le cinéaste se trouvait hors d'Iran ou en tout cas absent de la procédure. La confiscation des biens, elle, vise à frapper l'artiste dans sa vie matérielle et à décourager un éventuel retour. Quant à l'interdiction des réseaux sociaux, elle cible l'un des rares canaux par lesquels les créateurs iraniens font entendre leur voix à l'extérieur du pays.

Sur le plan culturel, l'affaire illustre un rapport de force ancien entre l'État iranien et ses cinéastes. D'un côté, le cinéma iranien est un fleuron reconnu des festivals depuis des décennies. De l'autre, les autorités sanctionnent régulièrement ceux dont l'œuvre est jugée critique. Jafar Panahi concentre cette contradiction : il est à la fois l'un des ambassadeurs les plus visibles de la culture iranienne à l'étranger et l'un des artistes les plus durement traités chez lui.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs éléments restent à établir. Le premier est le statut exact de la peine : on ignore, à partir de ce que nous avons pu lire, si un appel est possible et dans quels délais. Le deuxième est la réaction des institutions du cinéma, des festivals et des organisations de défense de la liberté d'expression, qui se sont mobilisées par le passé en faveur du cinéaste. Le troisième tient à la situation personnelle de Jafar Panahi : l'absence de précisions sur son lieu de résidence actuel empêche de mesurer l'effet concret de la condamnation.

Une autre question concerne la suite de son travail. Le cinéaste a prouvé qu'il pouvait créer sous contrainte, mais la saisie de ses biens et l'interdiction d'accès aux réseaux compliquent à la fois la production et la diffusion de ses futurs films.

Un dossier à suivre de près

En l'état, ce que l'on peut affirmer avec prudence tient en peu de mots : un artiste mondialement reconnu est de nouveau visé par la justice de son pays, et la sanction combine privation de liberté, atteinte à ses biens et restriction de sa parole publique. Le reste dépendra des confirmations à venir et des réactions internationales. Nous mettrons cet article à jour dès que des sources complémentaires, y compris iraniennes et issues de l'entourage du cinéaste, permettront de préciser le contenu et la portée de la décision.