Robotique

Robots humanoïdes : AgiBot prend la tête des livraisons mondiales, la Chine impose sa cadence

Selon IDC, relayé par Gasgoo, AgiBot a livré plus de 8 600 humanoïdes au premier semestre. Un chiffre qui consacre l'avance chinoise, tandis que Volkswagen, ABB et SoftBank cherchent à structurer la riposte.

Robots humanoïdes : AgiBot prend la tête des livraisons mondiales, la Chine impose sa cadence

Plus de 8 600 robots humanoïdes livrés en six mois : c'est le chiffre que le cabinet IDC attribue à AgiBot pour le premier semestre, d'après un compte rendu du média chinois Gasgoo. Il place cette entreprise de Shanghai en tête des livraisons mondiales de machines à forme humaine. Un chiffre, certes, mais surtout un signal : l'industrie humanoïde sort des démonstrations vidéo pour entrer dans une phase de production en série, et c'est la Chine qui donne le tempo.

Ce que dit le classement

Le résumé relayé par Gasgoo, qui reprend l'étude d'IDC, est sobre : AgiBot domine les livraisons mondiales d'humanoïdes au premier semestre, avec plus de 8 600 unités. Nous n'avons pas pu consulter le rapport complet d'IDC ; il convient donc de rester prudent sur la méthodologie, en particulier sur ce que le cabinet range sous le terme « humanoïde » et sur la manière dont il distingue une livraison d'une commande ou d'un déploiement effectif.

Cette précaution compte. Le secteur souffre d'un flou statistique persistant : certains constructeurs comptent des robots à roues dotés d'un tronc et de bras, d'autres uniquement des machines bipèdes. Selon la définition retenue, le classement peut changer. Reste que l'ordre de grandeur, plusieurs milliers d'unités en six mois, tranche avec les séries de quelques dizaines ou centaines de prototypes qui prévalaient il y a encore deux ans.

Pourquoi la Chine est en avance

AgiBot n'est pas un cas isolé. Dans les repères d'actualité de cette semaine, le sud-est asiatique et la Chine reviennent sans cesse. Le média BusinessToday Malaysia rapporte que Nova MSC a décroché en Chine une commande de robots humanoïdes de 16 millions de ringgits, soit environ 5 millions d'euros. Le montant reste modeste à l'échelle industrielle, mais il illustre un phénomène : la Chine n'est plus seulement un lieu de fabrication, c'est aussi un marché où se concluent des contrats.

Plusieurs facteurs expliquent cette avance. D'abord, une chaîne d'approvisionnement locale très dense : moteurs, réducteurs, capteurs et batteries se trouvent à courte distance des lignes d'assemblage, ce qui abaisse les coûts et accélère les cycles d'itération. Ensuite, un soutien public explicite à la robotique incarnée, que Pékin range parmi les technologies stratégiques. Enfin, une demande portée par des usages très variés : usines, centres de démonstration, éducation, divertissement, recherche.

Le média The Daily Scrum News pose d'ailleurs la question qui accompagne cette montée en puissance : l'emploi peut-il suivre le rythme des robots ? Le débat, en Chine comme ailleurs, n'est pas tranché. Les humanoïdes livrés aujourd'hui sont encore, dans leur grande majorité, des machines de démonstration, de formation ou d'expérimentation, plutôt que des travailleurs de remplacement à grande échelle.

L'industrie occidentale cherche sa réponse

Face à cette cadence, les grands groupes occidentaux et japonais avancent autrement : moins de volume, davantage d'alliances et de pilotes industriels.

Le média Interesting Engineering rapporte ainsi que UBTECH, autre acteur chinois, et Volkswagen s'associent pour tester des humanoïdes dans des usines automobiles. L'information est révélatrice : même un constructeur européen de premier plan passe par un fournisseur chinois pour ses essais. L'automobile reste le terrain d'expérimentation privilégié, car elle combine des environnements structurés, des tâches répétitives et des budgets d'investissement conséquents.

En Europe, c'est un autre type d'annonce qui se dessine. Selon le quotidien économique espagnol Expansión, ABB Robotics et SoftBank ouvriront un grand centre de robotique à Sabadell, près de Barcelone. Les installations, de 15 000 mètres carrés, doivent être inaugurées en 2028. Elles s'inscrivent dans la stratégie de l'entreprise dirigée par Masayoshi Son visant à amener l'intelligence artificielle dans le monde physique, avec des technologies d'Arm et d'OpenAI. Le calendrier est parlant : 2028, c'est dans plusieurs années, alors que les livraisons chinoises se comptent déjà en milliers.

Le goulot d'étranglement : les données

La vraie bataille ne se joue peut-être pas sur le matériel, mais sur l'apprentissage. Un robot généraliste a besoin de comprendre comment les humains bougent, manipulent, saisissent. Le quotidien The Globe and Mail y consacre deux textes. Le premier explique que les modèles d'IA appelés à diriger des robots polyvalents ont besoin d'énormes quantités de vidéos pour saisir les mouvements humains. Le second décrit des jeunes pousses qui embauchent des travailleurs à la pièce, peu payés, pour s'enregistrer en train d'accomplir des tâches manuelles afin d'entraîner ces machines.

Ce détail change la lecture du marché. Si la collecte de données humaines devient une industrie à part entière, les entreprises qui disposent de flottes déjà déployées, donc de données réelles issues du terrain, acquièrent un avantage cumulatif. En livrant des milliers d'unités, un acteur comme AgiBot ne vend pas seulement des machines : il construit un réservoir d'expériences qui peut nourrir ses prochains modèles. C'est l'argument stratégique derrière la course aux volumes.

Entre promesses et usages inattendus

Tout le secteur ne tourne pas autour de l'usine. Le média Forbes publie un texte du spécialiste de défense David Hambling selon lequel des robots humanoïdes de combat, comme le Phantom Mk1 de Foundation, existent déjà et pourraient se retrouver sur le champ de bataille en quelques mois plutôt qu'en quelques années. C'est l'analyse d'un auteur, non un fait établi, mais elle rappelle que la frontière entre usage civil et usage militaire reste mince.

À l'autre bout du spectre, le spectacle : Digital Journal indique que la société ARC organise à Singapour le premier combat de robots humanoïdes de taille réelle, avec des artistes martiaux professionnels qui pilotent les machines en temps réel sur scène. Ici, les robots ne sont pas autonomes, ils sont téléopérés, ce qui rappelle que beaucoup de démonstrations spectaculaires reposent encore sur un humain aux commandes.

Ce qu'il faut retenir

Le chiffre d'IDC doit être lu avec ses limites : une définition du périmètre à vérifier, et des « livraisons » qui ne disent rien de l'usage réel des machines. Mais la direction est nette.

Premièrement, l'avance chinoise en volume est désormais mesurée, et non plus seulement supposée. Deuxièmement, les groupes industriels étrangers, Volkswagen en tête, testent déjà ces robots, quitte à s'appuyer sur des fournisseurs chinois. Troisièmement, la prochaine étape décisive se joue sur les données et les modèles d'IA, pas sur la mécanique seule : c'est là que les alliances annoncées en Europe, avec Arm et OpenAI notamment, tenteront de rattraper le terrain.

La question qui reste ouverte est celle du passage du pilote à la production utile. Tant que les humanoïdes livrés par milliers ne démontrent pas un gain mesurable sur de vraies chaînes de travail, le classement d'IDC témoigne surtout d'une capacité à fabriquer. Les prochains trimestres diront si cette capacité se transforme en usage durable.