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Sénégal : le budget rectificatif enterré, Diomaye Faye face à la tentation de la dissolution

L'Assemblée dominée par le Pastef d'Ousmane Sonko a rejeté le budget rectificatif 2026 de son ancien allié Bassirou Diomaye Faye. Le FMI et la dette en toile de fond, la dissolution devient possible dès fin novembre.

Sénégal : le budget rectificatif enterré, Diomaye Faye face à la tentation de la dissolution

Le tandem qui avait porté le Sénégal vers l'alternance en 2024 n'existe plus, et la rupture se joue désormais dans l'hémicycle. Mardi 3 novembre, les députés ont enterré le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, un texte que le gouvernement présentait comme indispensable pour obtenir l'appui du Fonds monétaire international (FMI). Derrière la technique budgétaire, c'est la survie politique de l'exécutif qui est en cause.

Un rejet sans débat, par une manœuvre de procédure

Le vote n'a pas pris la forme d'un examen article par article. Selon l'agence APA et le Journal du Sénégal, 109 des 132 députés votants ont adopté une « question préalable » présentée par un élu de la majorité, Amadou Bâ, contre 20 voix opposées et trois abstentions. Cette procédure dispense l'Assemblée de poursuivre la délibération, ce qui entraîne le rejet du texte sans discussion générale.

Le dénouement était attendu. D'après le Journal du Sénégal, la Commission des finances avait déjà écarté le projet les 23 et 30 octobre, et le gouvernement avait obtenu entre-temps, le 27 octobre, un renvoi en commission pour tenter de trouver un terrain d'entente. Sans résultat. France 24 résume la séquence comme une nouvelle victoire d'Ousmane Sonko sur le président Bassirou Diomaye Faye.

Le ministre de l'Économie et des Finances, Cheikh Diba, a lancé en séance, selon l'AFP reprise par France 24 : « Ce n'est pas bon de jouer. » Il a reproché aux députés de ne brandir que le « prétexte » de la sincérité budgétaire.

Ce que contenait le texte

Déposé le 18 septembre, le projet révisait en profondeur les équilibres du budget. Selon le Journal du Sénégal, les recettes devaient passer de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de francs CFA, et les dépenses de 7 433,9 à 7 583,9 milliards. Le déficit atteignait ainsi 7,6 % du produit intérieur brut, contre 5,4 % dans la loi de finances initiale.

Le texte prévoyait aussi une hausse de 540,3 milliards de francs CFA des subventions énergétiques, ainsi qu'une réduction de 555 milliards des crédits d'investissement. Selon un document parlementaire cité par l'AFP, la révision tenait compte de la flambée des prix des hydrocarbures liée aux tensions au Moyen-Orient, de recettes fiscales inférieures aux prévisions et d'un service de la dette en hausse.

Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, a défendu cette logique dans une conférence de presse rapportée par Le Quotidien : le budget avait été bâti sur un baril à 69 dollars, alors que les cours dépassent désormais 100 dollars. Le gouvernement dit avoir choisi d'absorber le choc plutôt que de le répercuter sur les consommateurs.

Pourquoi le Pastef a dit non

Le Pastef ne se présente pas comme opposé à toute révision. Dans un communiqué cité par Sika Finance, le groupe parlementaire affirme que sa position « ne remet pas en cause la nécessité de réviser le budget ». Il conteste les coupes dans la santé, l'éducation, l'hydraulique ou les infrastructures, et demande que l'ajustement porte sur les dépenses non essentielles. Son président de groupe, Ayib Daffé, a invoqué un manque de « sincérité budgétaire », d'après Boursorama.

D'autres griefs reviennent : la transparence des crédits spéciaux, souvent appelés fonds secrets, et la publication d'audits sur la dette. Le Premier ministre soutient que ces crédits pèsent moins de 1 % du budget. Il rappelle aussi, selon Pulse.sn, que la LFR découle d'une loi de finances initiale portée à l'époque par Ousmane Sonko lorsqu'il dirigeait le gouvernement.

Une lecture plus politique circule dans le camp Sonko. La députée Maïmouna Bousso a affirmé, selon Senego, que le rejet avait « épargné au gouvernement une motion de censure » et qu'il revenait désormais au chef de l'État de prendre ses responsabilités.

Le FMI, enjeu extérieur de la crise

Le dossier dépasse le cadre parlementaire. Le Sénégal est dans l'attente d'un programme du FMI de 36 mois, d'environ 2,2 milliards de dollars, sur lequel un accord technique a été annoncé le 1er septembre. Il reste soumis à l'approbation de la direction puis du conseil d'administration du Fonds, rappelle WebManagerCenter. Ce conseil ne s'est toujours pas prononcé, souligne France 24.

Ce programme doit remplacer celui de 1,8 milliard de dollars gelé après la révélation, par les nouvelles autorités, d'une « dette cachée » : des engagements mal déclarés sous l'administration précédente. Le FMI estime le montant concerné à plus de 11 milliards de dollars. La dette publique est évaluée à 132 % du PIB fin 2024, et le pays n'a plus de programme actif depuis 22 mois, selon les sources spécialisées citées plus haut.

Le rejet de la LFR n'annule pas l'accord, mais il fragilise un des signaux de discipline budgétaire attendus par Washington. Le gouvernement a averti, dans un communiqué du 31 octobre, qu'une incertitude prolongée risquait de compromettre la mobilisation des financements de 2026 et de tendre la trésorerie de l'État. Il a évoqué des conséquences sur l'électricité, le paiement des dettes dues aux entreprises et des rappels de salaires d'enseignants, selon l'AFP. Un programme approuvé pourrait par ailleurs faciliter des financements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, relève WebManagerCenter.

Une cohabitation née d'une rupture

Le contexte institutionnel est inhabituel. Ousmane Sonko a quitté la primature le 22 mai 2026 et préside désormais l'Assemblée nationale. Selon l'agence APA, son parti n'a pas intégré le nouveau gouvernement mais conserve sa majorité parlementaire. De son côté, le président Faye a lancé le 25 juillet un nouveau parti, Kiiraay – Les Patriotes républicains, issu de la coalition « Diomaye Président ».

Le chef de l'État dirige donc un gouvernement qui ne dispose pas de la majorité à l'Assemblée. Le Pastef y détient 130 sièges sur 165, d'après Afrik-Inform.

La dissolution, une arme à retardement

L'article 87 de la Constitution autorise le président à dissoudre l'Assemblée après avoir recueilli l'avis du Premier ministre et du président de l'Assemblée, mais pas durant les deux premières années de la législature. Les députés actuels ayant été élus le 17 novembre 2024, la voie s'ouvre juridiquement à la fin de ce mois, rappelle Sunuker. Plusieurs analystes cités par Abidjan TV évoquent une dissolution possible dès le 2 décembre, pour provoquer des législatives anticipées et tenter d'obtenir une nouvelle majorité.

Le président n'a rien tranché publiquement. Interrogé à New York par France 24 et RFI, il a indiqué n'avoir arrêté aucune date, d'après Senego. Il a toutefois saisi le Conseil constitutionnel pour avis sur un éventuel jumelage des élections législatives et locales.

Le précédent joue en sa faveur, et peut-être contre lui. En septembre 2024, M. Faye avait déjà dissous une Assemblée dominée par le camp de son prédécesseur Macky Sall, après le rejet d'un projet de réforme constitutionnelle, rappelle Jeune Afrique. Les législatives du 17 novembre 2024 avaient alors donné au Pastef la majorité écrasante qu'il détient aujourd'hui. Cette fois, le président affronterait des électeurs face à un parti qui était son propre camp, et dont la base militante n'a pas disparu.

Les autres issues, et leurs risques

La dissolution n'est pas la seule carte. Avant le vote, Pulse.sn évoquait l'article 86, alinéa 6, qui permet d'adopter un texte sans vote en engageant la responsabilité du gouvernement. Mais le Pastef disposerait alors des voix pour répliquer par une motion de censure et faire tomber l'exécutif. Le Premier ministre avait lui-même écarté ce scénario à ce stade, tout en promettant d'utiliser « tous les outils institutionnels » en cas de blocage durable.

Il reste la voie du compromis : un nouveau texte, amendé pour répondre aux exigences du Pastef sur les investissements et la transparence, sans casser la trajectoire demandée par le FMI. Rien n'indique pour l'instant que les deux camps y soient prêts.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances structurent la suite : la décision du conseil d'administration du FMI, qui dépend aussi des garanties de financement apportées par les partenaires du pays ; la fenêtre constitutionnelle de la fin novembre ; et la capacité de l'État à honorer ses engagements courants sans budget rectifié. Le pays est confronté à des marges de manœuvre réduites et à un accès difficile aux marchés financiers, rappelle l'agence APA.

Pour Bassirou Diomaye Faye, le calcul est délicat. Dissoudre, c'est tenter de reprendre la main par les urnes, mais au risque d'une campagne dominée par l'austérité, la dette et un programme du FMI que ses adversaires présentent comme un plan d'ajustement. Ne pas dissoudre, c'est gouverner sous la menace permanente d'un Parlement hostile. Dans les deux cas, le texte rejeté mardi aura servi de révélateur : la question n'est plus seulement celle du budget, mais de savoir qui, à Dakar, détient la légitimité de décider.