Laval a longtemps été considérée comme un territoire disputé, où les affiliations partisanes changeaient au gré des vagues électorales. Le 5 octobre, la région a pourtant parlé d'une seule voix : les six circonscriptions lavalloises ont toutes élu un député libéral. C'est dans ce contexte que le Parti libéral du Québec (PLQ) a tenu, le 22 octobre, son premier caucus postélectoral dans la région, un choix de lieu qui n'a rien d'anodin, selon ce que rapporte Média Laval.
Un caucus tenu sur le terrain de la victoire
Selon Média Laval, les nouveaux élus lavallois y ont affirmé leur intention de porter à l'Assemblée nationale quatre dossiers prioritaires : la Cité-de-la-Santé, le Collège Montmorency, le logement et le transport collectif. Cette liste n'a rien d'exotique. Elle reprend, presque point par point, les préoccupations qui reviennent depuis des années dans la région, de l'engorgement des services de santé à la pression sur le marché locatif.
Tenir un caucus à Laval, c'est aussi envoyer un message. Un parti qui réunit ses députés dans la région qui vient de lui donner un balayage signale qu'il entend rendre la pareille, ou à tout le moins qu'il sait où se trouve une partie de sa base. Pour l'opposition officielle, c'est un geste de reconnaissance autant qu'un geste de mobilisation.
Un poids politique nouveau pour la région
Le Courrier Laval précise que le chef libéral, Charles Milliard, a dévoilé la composition de son cabinet fantôme, qui regroupe l'ensemble de ses 39 députés, assermentés en début de semaine. Parmi les six parlementaires élus à Laval, trois y occuperont une double fonction, dont la doyenne du caucus régional, la députée des Mille-Îles, Virginie [...]. Le texte de l'hebdomadaire est tronqué à cet endroit, et le nom complet n'est pas reproduit ici faute de vérification.
L'information mérite pourtant qu'on s'y arrête. Dans un caucus de 39 élus, avoir la moitié de ses députés lavallois dotés d'un rôle de critique ou de porte-parole, en plus de leurs fonctions de circonscription, donne à la région une visibilité réelle au sein de l'opposition. Reste que le poids d'un parti d'opposition se mesure autrement que celui d'un parti au pouvoir : on peut interpeller, proposer, dénoncer, mais on ne décide pas du budget.
Les quatre dossiers, un à un
La Cité-de-la-Santé. Le principal établissement hospitalier de la région est un sujet récurrent des discussions politiques lavalloises. Une région de plus de 400 000 habitants dépend largement de ses installations pour les soins de courte durée, et les attentes y sont fortes. Les députés libéraux en ont fait un cheval de bataille, mais, en l'absence de précisions dans les sources consultées, on ignore à ce stade quelles demandes concrètes seront déposées : agrandissement, ressources humaines, urgences, ou autre chose.
Le Collège Montmorency. L'établissement collégial est un pilier du réseau de l'enseignement supérieur dans la région. Son inclusion parmi les priorités indique que les élus veulent défendre la formation sur place, un enjeu d'autant plus sensible que Laval cherche à retenir ses jeunes et à répondre aux besoins de main-d'œuvre de ses entreprises. Là encore, les détails des demandes restent à connaître.
Le logement. C'est le dossier où les choses bougent le plus concrètement sur le terrain. Le Courrier Laval rapporte que le conseil municipal a entériné ce mois-ci un accord de conciliation entre la Ville de Laval et le propriétaire d'un semi-détaché situé à l'angle des 80e et 81e Avenue, dans le secteur Val-Martin. Selon l'hebdomadaire, cet accord paverait la voie à la phase III du projet de requalification de cet ensemble immobilier construit dans les années 1950, et tout serait en place pour accueillir 140 nouveaux HLM. Voilà un exemple de projet où la collaboration entre paliers de gouvernement sera déterminante : le financement et la planification du logement social ne dépendent pas de la seule Ville.
Le transport collectif. Ce dernier dossier se vit au quotidien. Le Courrier Laval note, par exemple, que le ministère des Transports et de la Mobilité durable procédera à des fermetures de nuit de l'autoroute 440 (Jean-Noël-Lavoie), du 26 au 29 octobre, pour réparer une dalle sur la chaussée. Ces travaux rappellent à quel point la mobilité dans l'île Jésus dépend d'un réseau routier sollicité en permanence. Du côté des solutions de rechange, l'hebdomadaire indique que la Ville et Communauto ont annoncé, le 22 octobre, l'arrivée du service d'autopartage en trace directe FLEX dans Pont-Viau, à proximité de la station de métro Cartier. C'est un petit pas, mais il illustre la volonté de diversifier l'offre de déplacement.
Ce que peut un député d'opposition
Il faut garder une certaine lucidité. Six sièges sur six donnent de la crédibilité politique, pas de levier budgétaire. Les députés libéraux lavallois peuvent poser des questions en chambre, déposer des motions, relayer les demandes des organismes locaux, des élus municipaux et des citoyens. Ils peuvent aussi faire pression, par la visibilité médiatique, sur le gouvernement en place. Mais les grandes décisions touchant la santé, l'éducation collégiale, le logement social et le financement du transport collectif relèvent de l'exécutif.
Cette réalité n'enlève rien à l'utilité de la démarche. Dans un système parlementaire, l'opposition joue un rôle de vigie, et une région qui parle d'une seule voix y est plus audible. Elle expose toutefois ses élus à un risque : celui d'être jugés, aux prochaines élections, sur des résultats qu'ils n'auront pas eu le pouvoir de produire seuls.
Un vote qui ne dit pas tout
Un balayage de six circonscriptions est un fait politique marquant, mais il demande de la prudence dans l'interprétation. Un résultat électoral exprime un choix ponctuel, influencé par la conjoncture, les candidatures et le contexte provincial. Les sources consultées ne permettent pas de décomposer les motifs du vote lavallois, ni d'évaluer l'ampleur des marges dans chaque circonscription. Il serait hasardeux d'en tirer des conclusions sur une fidélité durable de l'électorat.
Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est que les attentes sont désormais claires. Les élus ont eux-mêmes énuméré leurs priorités, ce qui permettra à la population de mesurer, dans les mois à venir, ce qui a été défendu, obtenu ou laissé de côté.
La suite : surveiller les gestes concrets
Pour la suite, plusieurs indicateurs seront à suivre. Les interventions des députés lavallois à l'Assemblée nationale sur la Cité-de-la-Santé et le Collège Montmorency diront si les priorités annoncées se traduisent en demandes précises. L'avancement du projet de requalification de Val-Martin, avec ses 140 HLM, offrira un test concret de la capacité des différents paliers à livrer du logement social. Enfin, l'évolution des déplacements, des fermetures de l'autoroute 440 aux nouvelles formules d'autopartage, montrera si le transport collectif et alternatif progresse réellement dans la région.
Un caucus est d'abord un moment symbolique. Ce qui comptera, pour les Lavalloises et les Lavallois, c'est ce qui en sortira : des dossiers défendus avec constance, des réponses du gouvernement et, idéalement, des résultats visibles sur le terrain.
