Économie

SoftBank se tourne vers le Golfe pour financer ses ambitions de 100 milliards $ dans l'IA

Selon le Financial Times, SoftBank chercherait dans les capitaux du Golfe de quoi financer un programme d'investissement de 100 milliards $ dans l'intelligence artificielle. Le signal en dit long sur le coût de la course à l'IA.

SoftBank se tourne vers le Golfe pour financer ses ambitions de 100 milliards $ dans l'IA

Le Financial Times rapporte, dans son infolettre FirstFT, que le groupe japonais SoftBank se tourne vers le Golfe pour boucler un financement de 100 milliards $ destiné à l'intelligence artificielle. L'information tient en peu de mots, mais elle touche à l'une des questions centrales de l'économie mondiale actuelle : qui paiera, et à quelles conditions, l'infrastructure matérielle de l'IA.

Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore

Il faut d'abord être précis sur l'étendue de l'information disponible. Le titre du Financial Times indique que SoftBank cherche un financement de 100 milliards $ dans l'IA et qu'elle se tourne vers le Golfe pour l'obtenir. Le résumé de l'infolettre, lui, ne détaille pas le dossier, puisqu'il se contente de mentionner deux autres sujets du jour, sans lien avec celui-ci : l'exécution publique annoncée d'un ancien major de l'armée aux États-Unis et le lancement par SpaceX d'un service de téléphonie mobile grand public.

En l'état, nous ne disposons donc ni de l'identité des investisseurs sollicités, ni de la structure du montage, ni du calendrier, ni du destinataire final des fonds. Les articles complets du quotidien britannique, souvent réservés aux abonnés, contiennent sans doute ces précisions. Nous ne les reproduisons pas ici, faute de pouvoir les vérifier. Le reste de cet article relève donc de l'analyse du contexte, et non de la révélation de faits nouveaux.

Pourquoi le Golfe

Que SoftBank frappe à la porte des capitaux du Golfe n'a rien d'une surprise historique. Le groupe fondé par Masayoshi Son a déjà fait appel à des fonds souverains de la région par le passé, notamment avec le Vision Fund lancé en 2017, qui avait compté parmi ses principaux apporteurs le fonds public d'investissement saoudien. Le schéma est donc connu : un groupe japonais très endetté, mais doté d'un flair spéculatif et d'un carnet d'adresses mondial, qui s'adosse à des liquidités issues des hydrocarbures.

La logique est facile à saisir. Les États du Golfe cherchent depuis des années à convertir une rente pétrolière en puissance technologique et en influence durable. L'IA, avec ses besoins colossaux en puces, en centres de données et en électricité, est devenue le terrain de jeu privilégié de cette stratégie. Pour ces États, financer un acteur comme SoftBank offre un accès indirect à des actifs et à des partenariats technologiques difficiles à acquérir autrement.

Une course à l'IA qui coûte de plus en plus cher

Le chiffre de 100 milliards $ n'a de sens que replacé dans l'échelle de la course actuelle. Entraîner et faire fonctionner les modèles d'IA les plus avancés suppose des investissements d'infrastructure qui se comptent désormais en dizaines, voire en centaines de milliards de dollars, répartis entre les puces spécialisées, les bâtiments, le refroidissement et l'approvisionnement en énergie. Ces dépenses dépassent la capacité d'autofinancement de la plupart des entreprises, y compris les plus riches.

C'est ce qui explique le recours à des capitaux externes de grande taille. Ni les marchés obligataires traditionnels ni les banques ne peuvent aisément absorber seuls des besoins de cet ordre sans tension sur les conditions de crédit. Les fonds souverains, qui disposent de liquidités patientes et d'horizons de placement longs, apparaissent alors comme des partenaires naturels.

Les enjeux de pouvoir derrière l'argent

Un financement de cette ampleur n'est jamais neutre. Il pose plusieurs questions que le dossier, dans l'état des informations disponibles, ne permet pas de trancher, mais qu'il est légitime de formuler.

La première est celle de la gouvernance : quelle part de contrôle, d'information ou d'influence les bailleurs de fonds du Golfe obtiendraient-ils sur les projets financés ? La deuxième concerne la géopolitique de la technologie. Les États-Unis surveillent de près les flux de capitaux qui touchent aux technologies avancées, notamment les puces, et les restrictions à l'exportation ont déjà redessiné la carte des approvisionnements. Tout montage qui associe des capitaux étrangers à des infrastructures d'IA stratégiques attire donc l'attention des régulateurs. La troisième est celle de la dépendance : plus l'industrie de l'IA repose sur quelques grands financeurs, plus elle s'expose à leurs priorités et à leurs retournements.

Un pari à haut risque pour SoftBank

Pour SoftBank elle-même, l'opération s'inscrit dans une histoire faite d'audaces et de revers. Le groupe a connu des cycles marqués de paris spectaculaires, suivis de dépréciations lourdes lorsque certaines valorisations technologiques se sont effondrées. S'engager à nouveau dans un programme de cette taille revient à parier sur la poursuite de la demande pour l'IA et sur la capacité de ces investissements à générer, à terme, des revenus à la hauteur des sommes engagées.

C'est le débat de fond qui traverse aujourd'hui les marchés : les montants engagés dans l'infrastructure d'IA seront-ils rentabilisés, ou assiste-t-on à une phase d'excès semblable à d'autres bulles technologiques ? L'appel à des capitaux du Golfe n'apporte pas de réponse, mais il rappelle que le risque est désormais réparti entre un cercle élargi d'acteurs, y compris des États.

Ce qu'il faudra surveiller

Plusieurs éléments permettront de mesurer la portée réelle de l'information du Financial Times. D'abord, la confirmation officielle, ou non, des discussions par SoftBank et par ses interlocuteurs du Golfe. Ensuite, la nature précise du montage : prise de participation, dette, société commune ou véhicule dédié. Enfin, la réaction des autorités de régulation, en particulier américaines, face à un rapprochement qui touche à des technologies jugées sensibles.

D'ici là, le message principal demeure. L'IA est en train de passer du statut de pari technologique à celui d'enjeu de finance lourde, où la capacité à mobiliser des centaines de milliards de dollars compte presque autant que la qualité des algorithmes. Que l'un des investisseurs les plus emblématiques du secteur doive, selon le Financial Times, chercher une part de cette somme dans le Golfe en dit long sur le coût réel de la course.