Bas-Saint-Laurent

Sols contaminés dans le Bas-Saint-Laurent : des milliers de résidents vivent près de terrains pollués sans le savoir

Selon un reportage du Journal Le Soir, des dizaines de milliers de Bas-Laurentiens habiteraient près de terrains fortement pollués. Ce que l'on sait, ce que l'on ignore, et les questions à poser.

Sols contaminés dans le Bas-Saint-Laurent : des milliers de résidents vivent près de terrains pollués sans le savoir

Le chiffre est de nature à faire sursauter : des dizaines de milliers de résidents du Bas-Saint-Laurent vivraient, sans le savoir, à proximité de terrains fortement pollués. C'est ce qu'annonce le Journal Le Soir, qui a publié le 6 octobre un reportage signé Bruno St-Pierre sous le titre « Des sols contaminés au cœur du Bas-Saint-Laurent ».

Une précision s'impose d'emblée, par souci d'honnêteté envers vous. Au moment de rédiger ce texte, nous n'avons pu consulter que le titre et le résumé du reportage, non son contenu complet. Nous ne disposons donc ni de la méthode employée, ni de la liste des sites visés, ni des niveaux de contamination mesurés. Ce qui suit distingue ce qui est annoncé, ce qui relève du cadre général connu et ce qui reste à établir.

Ce qu'annonce le reportage

Selon le résumé publié par le Journal Le Soir, la pollution concernerait des terrains « fortement » contaminés, situés près de lieux d'habitation, et une large partie de la population concernée l'ignorerait. L'expression « sans le savoir » est au cœur du propos : le problème ne serait pas seulement environnemental, mais aussi un problème d'information.

Le reportage ne dit pas, dans les éléments dont nous disposons, quelles municipalités sont touchées, ni quelle distance sépare les domiciles des terrains en cause. Or ces deux données changent tout. Vivre à 50 mètres d'un ancien dépôt de carburant n'est pas comparable à habiter à deux kilomètres d'un site industriel fermé, et la présence d'un contaminant dans le sol ne signifie pas automatiquement une exposition pour les voisins.

Pourquoi la contamination des sols est un enjeu discret

Contrairement à un déversement spectaculaire ou à une fumée visible, un sol contaminé ne se remarque presque jamais. Les polluants les plus courants dans les anciens sites urbains ou industriels sont les hydrocarbures pétroliers, les métaux lourds, certains solvants et les résidus de traitement du bois. Ils peuvent rester dans le sol pendant des décennies.

Le risque pour la santé dépend de ce que les spécialistes appellent les voies d'exposition. Un sol pollué sous une dalle de béton, loin de toute nappe d'eau potable, pose un risque limité. En revanche, une contamination qui atteint l'eau souterraine, un puits résidentiel ou un potager change la donne. Il en va de même lorsque des vapeurs s'infiltrent dans les sous-sols. C'est pourquoi les évaluations sérieuses ne se contentent pas de cartographier la pollution : elles analysent aussi qui pourrait y être exposé et comment.

À cela s'ajoute une réalité propre aux régions comme l'Est-du-Québec : d'anciens usages commerciaux ou industriels, comme les stations-service, les garages, les scieries ou les ateliers, ont souvent laissé des traces dans des secteurs depuis devenus résidentiels. Les registres publics de terrains contaminés existent précisément pour documenter ce passé, mais leur consultation reste peu familière du grand public.

La question de l'information du public

Le cœur du reportage, tel que résumé, porte sur l'ignorance des citoyens. C'est une question de transparence autant que de santé publique. Plusieurs interrogations méritent d'être posées aux autorités concernées, et nous espérons que la suite des travaux journalistiques y répondra.

Premièrement, les propriétaires et locataires sont-ils informés lorsqu'un terrain voisin est inscrit comme contaminé ? Les mécanismes de divulgation lors d'une vente immobilière suffisent-ils ? Deuxièmement, qui assume la responsabilité de la réhabilitation lorsque l'ancien exploitant a disparu ou est insolvable ? Troisièmement, quel est l'échéancier des travaux de décontamination, et selon quels critères les sites sont-ils priorisés ?

Ces questions ne sont pas propres à une région. Partout où l'on a transformé d'anciens terrains industriels en quartiers résidentiels, les mêmes tensions apparaissent entre le coût de la décontamination, la pression de l'étalement urbain et le droit des résidents à connaître leur environnement.

Un contexte politique qui pourrait peser

Le reportage paraît quelques jours après les élections provinciales du 5 octobre, qui ont porté le Parti québécois au pouvoir, selon les informations relayées par Radio-Canada et la Fédération québécoise des municipalités. Dans leurs réactions, plusieurs acteurs régionaux ont insisté sur des attentes concrètes envers le nouveau gouvernement. La FQM, par exemple, a souhaité un allègement du fardeau administratif des municipalités et une accélération des investissements dans les infrastructures.

Il serait toutefois abusif d'établir un lien direct entre ces demandes et le dossier des sols contaminés : rien, dans les éléments à notre disposition, n'indique que les terrains en cause relèvent d'un programme ou d'une décision gouvernementale en particulier. Ce que l'on peut dire, c'est que la gestion des terrains contaminés suppose à la fois des fonds, une expertise technique et une coordination entre paliers de gouvernement, trois éléments sur lesquels les municipalités rurales disposent généralement de moyens limités.

Ce qu'il faut vérifier avant de conclure

Face à un titre aussi frappant, la prudence est de mise. Un chiffre de « dizaines de milliers » de résidents concernés peut refléter des réalités très différentes selon la définition retenue : habiter dans un rayon de quelques centaines de mètres d'un terrain inscrit au registre ne signifie pas être exposé à un danger. Le qualificatif « fortement pollués » mérite lui aussi d'être précisé : il correspond généralement à des seuils réglementaires bien définis, qu'il faut connaître pour juger de la gravité réelle.

Pour les personnes qui s'inquiètent, quelques gestes simples existent. Il est possible de consulter les registres publics de terrains contaminés tenus par le ministère de l'Environnement, de se renseigner auprès de sa municipalité sur l'historique d'un terrain avant un achat, et de faire analyser l'eau d'un puits privé, ce que recommandent de toute façon les autorités de santé publique à intervalles réguliers.

La suite du dossier

Le reportage du Journal Le Soir ouvre une discussion nécessaire, mais il ne suffit pas à lui seul à dresser un portrait complet de la situation. Les prochaines étapes logiques seraient la publication de la liste des sites visés, les réponses des autorités environnementales et de santé publique, et un état des lieux des travaux de réhabilitation en cours ou prévus.

En attendant, une chose est acquise : la question n'est pas seulement de savoir où se trouvent les sols pollués, mais de s'assurer que ceux qui vivent à côté le savent. Nous suivrons le dossier et mettrons cet article à jour dès que des données vérifiables seront accessibles.